‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 139 sur 193 · Citons quelques traits de caractère. Il dit à Iphigénie · texte numérisé non relu

Citons quelques traits de caractère. Il dit à Iphigénie

Vous allez à l'autel, et moi j'y cours, madame

A ma juste fureur tout sera légitime ; Le prêtre deviendra ma première victime. Le bûcher par mes mains détruit et renversé Dans le sang des bourreaux nagera dispersé ; Et si, dans les horreurs de ce carnage extrême, Votre père frappé tombe, et périt lui-même, Alors, de vos respects reconnoissant les fruits, N'accusez point les coups que vous aurez conduits....

(Acte V, scèoe ii.)

Ailleurs il répond par des sarcasmes au zèle religieux d'Ulysse. Il se moque des oracles, et des dieux :

Pourquoi nous tourmenter de leurs ordres suprêmes 1

Ne songeons qu'à nous rendre immortels comme eux-mêmes.

Il propose d'aller prendre Troie, à lui seul, avec Patrocle :

Et, quand moi seul enfln il faudroit l'assiéger. Patrocle et mor, seigneur, nous irons vous venger.

blable par des ruses ingénieuses qui éludent les écueils, tournent les difficultés, préviennent les objections, et mas^ quant les parties vulnérables où la critique pourrait avoir prise. Dans cette tragédie, il a su plus que jamais se rendre les imaginations complaisantes. Un de ses secrets a été le pathétique des sentiments et la magie du style ; car, en niême temps qu'il nous attendrit, il nous enchante par un langage dont la couleur épique s'associe à l'agissante rapidité du drame. Bien que les mœurs soient presque contemporaines, on se croit pourtant dépaysé par la poésie qui se mêle aux détails, même les plus familiers. Ce qui serait faux en toute autre occasion devient donc une convenance suprême dans un sujet légendaire qu'enveloppe comme la limpide lumière de î'At tique.

PIIËDRB

L — Faits historiques.

lia eabaie de l'Hôtel de Boniiioa. — C'est encore Euripide que nous retrouvons avec Phèdre qui parut pour la première fois, soit à Versailles devant Louis XIV et Mme de Montespan, soit plutôt à l'Hôtel de Bourgogne ^, le vendredi, 1" janvier de l'année 1677, quelques jours avant la pièce de Pradon jouée au théâtre Guénégaud, le dimanche suivant, par les comédiens du roi. Malgré les mérites de Racine et de la Ghampmeslë à laquelle il avait appris son rôle vers par vers, l'accueil fait à l'un et à l'autre ne répondit point à l'attente publique^. Quoi qu'il en coûte

1. Dans un de ses manuscrits inédits, Brossette raconte que la pièce parut h Versailles; et, dans son commentaire de l'Épitre VU deBoileau, il affirme avec le Mereure qu^elIe fut représentée au théâtre de Bourgogne.

2. Le 4 octobre 1676, Bayle écrivait à Minutoli, professeur à Genève: « M. da Racine travaille à la tragédie d'IIippolyle, dont on attend un grand succès. »

de raconter les causes d'une disgrâce qui fut la lionte de la société lettrée, en un siècle si réputé pour la délicatesse de son. goût, il faut bien cependant nous résigner à résumer ici les incidents d'un complot où ne figura plus seulement la tourbe des envieux, mais une élite de femmes distinguées et de grands seigneurs ^

Cette conspiration fut ourdie, comme on sait, à l'Hôtel de Bouillon, où une duchesse, nièce de Mazarin, régnait sur une cour de beaux esprits, parmi lesquels se rencontrèrent plus d'une fois Molière, La Fontaine, et même le yieux Corneille. Hardie, impérieuse, spirituelle, redoutable à qui avait le malheur de lui déplaire, très vive à la riposte, se piquant de faire elle-mèfhe des vers, de donner le ton aux élégances, d'inspirer les talents, et de dicter des arrêts, elle s'était érigée en juge des renommées; et il fallait compter avec ce lri))unal'. Son frère, Philippe Mancini, duc de Nevers, mêlait aussi des prétentions de Mécène à sa vanité de métromane; encensé par la coterie des Boyer, des Segrais et des Benserade, collaborateur anonyme du pamphlet composé par Saint-Sorlin contre Boileau', il partageait les préventions d'un groupe hostile à Racine ; déjà même on Tavait vu patronner d'une épître

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