‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 149 sur 193 · La nièce de M^e de Maiotenon · texte numérisé non relu

La nièce de M^e de Maiotenon

en effet comme une convenance morale qui profitait à la gloire du poëme. Et pourtant un jour vint où Ton comprit que la France, elle aussi, avait des droits sur lui. Le 8 mai j 1721, sous la liberté de la Régence peu gênée par de pieux scrupules, Esther parut au Théâtre-Français. On avait supprimé les chœurs! Dans un temps où beaucoup pensaient comme Voltaire, la candeur de cette élégie biblique devait déconcerter des juges plus que profanes. Aussi le succès fut^il médiocre. Loin de sa vraie patrie, elle languissait comme une fleur transplantée brusquement sous un ciel étranger. Si peu faite pour être goûtée par le scepticisme du dix-huilième siècle, cette tragédie se montra depuis, en 1803, à l'Opéra, avec Talma, qui jouait Assuérus. Une autre reprise, plus éclatante, fut celle du 18 février 1839. En ce jour solennisé par les Israélites, qui fêtent alors leur délivrance, Mlle Rachel fit revivre Esàier avec la dignité d'une reine, la grâce expressive de son génie, et le cœur d'une juive. Mais notre imagination aime encore plus volontiers à revoir ce divin tableau dans son cadre, à Saint- Cyr, où la tradition s'en conserva si pieusement. Car on raconte que, le Id novembre 1792, la dernière religieuse d^ cette maison qu'allait détruire la Terreur, Catherine de Villeneuve, mourait, à soixante et onze ans, en chantant d'une voix sépulcrale le chœur où les compagnes d'Esther déplorent les malheurs de Sion*.

f. Parmi les devanciers de Racine, citons André de Rivaudeau, qui en 1566 dédiait son Aman à Jeanne de Foix, reine de Navarre. La pièce était en cinq actes et en vers mêlés de chœars. U ne faat pas dédaigner non plus VAman de Pierre Mathieu, et d'Antoine de Montchrestien (1578), tons deux disciples de Oarnier. H y a là des éclairs de talent, dont Racine pnt profiter. To&tefois la ressemblance est plutôt danslear commun modèle. Le Livre iPEs' ther, — En 1622 parut aussi une tragédie allégorique, la Perfidie tPAmaUf pleine d^allusions à la catastrophe sanglante du maréchal d'Ancre. — Mais l'œuvre principale est celle de Pierre du Ryer (1643). Sagement conduite, elle est d'une facture ferme ^ apprise à l'école de Corneille. Le dialogue en est vigoureux, mais la grftce et Tonction y font défaut. Enfin en 1670 Jean Desma* rets tentait un poëme héroïque sur le même sujet. Son invention est romanesque et fausse.

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