II. — ÉTUDE LITTÉRAIRE
l'A- propos de eette plèee ; Allaslons sojettes à eontroTorse. — Avant d'entrer au cœur de Tœuvre, indiquons les allusions qui, dans l'esprit de Racine ou de^ ses auditeurs, prêtèrent -à' des beautés durables l'intérêt piquant de l'à-propos. Il est en effet certain, que, dans cette idylle enchanteresse, chacun se plut à chercher des intentions rapides et discrètes qui du reste, vraies ou supposées, ne troublaient point la simplicité d'une peinture avant tout fidèle au texte sacré.
C'est du moins ce que confirment les témoignages contemporains. « La modestie de Mme de Maintenon, dit sa nièce, ne put l'empêcher de trouver dans le caractère d'Es^ ther, et dans quelques circonstances de ce sujet, des choses flatteuses pour elle. La Yasthi avoitses applications, Aman avoit de grands traits de ressemblance. » Moins tenue è^ la réserve, Mme de Lafayette renchérit encore sur ce thème^ quand elle écrit : « La comédie représentoit en quelque sorte la chute de Mme de Montespan, et l'élévation de Mme de Maintenon. Toute la différence fut qu'Esther étoit un peu plus jeune, et moins précieuse en fait de piété. L'application qu'on lui faisoit du caractère d'Esther et de celui de Yasthi à Mme de Montespan, fit qu'elle ne fut pas fâchée de rendre public un divertissement qui n'avoit été fait que pour la communauté. » On joua donc à l'allégorie, on alla jusqu'à voir aussi dans les conseils tolérants donnés au roi de Perse des insinuations clémentes qui n'eus* sent pas manqué de courage, au lendemain des persécutions.
Ce vers : Et le roi trop crédule a signé cet édit, ne parutil pas à quelques-uns censurer la révocation de l'édit de Nantes ? D'autres s'avisèrent même de découvrir le grand Arnauld dans l'inflexible Mardochée, dont il était dit :
L'insolent, devant moi, ne se courba jainsiis
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Comment lés mécontents de Port-Royal n'auraient-ils pas aussi reconnu les intrigues et les hostilités dont ils étaient victimes dans ces traits dirigés contre Taveuglement des rois que Ton trompe?
Je prévins donc contre eux l'esprit d'Assuéras; J'inventai des couleurs, j'armai la calomnie,
Je les peignis puissants, riches, séditieux ; Leur Dieu même ennemi de tous les autres dieux.
Bref, la malignité publique s'en donnait à cœur joie. Mais nous ne pousserons pas pius loin cette analyse. Bornons-nous à indiquer par où le commentaire dépassait les vues de Racine, et dans quelle mesure on doit l'accepter. . Tout d'abord, on admettra mal aisément .que le souvenir d'une favorite et de son règne ait pu jamais être un heureux moyen de plaire à Mme de Maintenon et à Louis XIV. Nous ne croirons pas davantage à un dessein de satire contre Louvois^. C'eût été faire une cour bien maladroite que de reprocher au souverain d'avoir confié une partie de son pouvoir à des mains impitoyables, et de flétrir une politique qu'il approuvait, ou même qu'il commandait. Représenter comme digne du gibet un ministre encore si puissant et maintenu dans son poste, c'eût été pure folie. Pap conséquent, écartons ces prétendues audaces. Si Louis XIY fit alors un retour, sur ses fautes, l'histoire sainte en fut seule responsable; car Racine ne songea point à lui présenter un miroir qui ne l'embellissait pas.
Allaslons Incontestables. — Mais ce que l'on ne saurait contester, c'est le désir de toucher par l'endroit leplussensensible celle qui disait : « Puisse Saint>Gyr durer autant que la France, et la France autant que le monde ! Rien ne m'est plus cher que mes enfants de Saint-Gyr ; j'en aime tout jusqu'à leur poussière. » Oui, sur Mme de Maintenon rejaillirent les louanges qui revenaient si légitimement à la
n sait qa'il me doit toat, et que pour sa grandear J'ai foalé sons laa pieds, remords, crainte pudeur.
fondatrice de Saînt-Cyr. Ne pouvait-elle pas dîre de ses » jeunes et tendres fleurs » T
Je mets à les former mon étude et mes soins ;
Et c'est là que, fuyant Torgueil du diadème,
Lasse des vains honneurs, et me cherchant moi-môme,
Aux pieds de rÉternel je viens m'humilier,
Et goûter le plaisir de me faire oublier.
C'est bien à son adresse qu'allaient ayssi ces vers :
Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours, et jamais ne me lasse : De Taimable vertu doux et puissants attraits!... Oui, vos moindres discours ont des grâces secrètes*.
Lorsqu'Assuérus encourageait la timide Esther par ce mot délicat : Suisse pas votre frère? on devina qu'il exprimait et voilait tout ensemble ce que le terme à! époux aurait eu de trop déclaré. Le parallèle était si transparent que, trois ans après, Despréaux le renouvela ainsi :
J'en sais une chérie et du monde et de Dieu, Humble dans la grandeur, sage dans la fortune. Qui gémit, comme Esther, de sa gloire importune, Que le vice lui-même est contraint d'estimer. Et qud, sur ce tableau, d'abord tu vas nommer'.
Souvenir de Port-Royal. — Quant à Port-Royal, je ne m'étonne pas que ses maîtres opprimés aient vu dans la pièce de leur ancien ^içciple des leçons applicables à leurs infortunes. Us y étaient invités par le secoA^ vers du prologue :
Je descends dans ce lieu par la Grâce habité.
Ces bannis, ces victimes d'une spoliation, n'avaient-ils pas assez souffert pour s'écrier, eux aussi :
Dieu d'Israôl, dissipe enfin cette ombre :
Des larmes de tes saints quand seras-tu touché?
t. Mme de Sévigné dit qa'elle ■ fit connoUre à Louis XIV an pays tout nouveau, le commerce de l'amitié et de la conversation, sans chicane et sans contrainte > . U fat à l'aise dans cette passion d'automne. Ce fut pour cette ^me trop passionnée ane douce retraite qui lui rappelait le passé, moins les remords.