‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 162 sur 193 · n y atteste la puissante facture de son vers · texte numérisé non relu

n y atteste la puissante facture de son vers

4. Cette pièce fut accompagnée des Fâcheux^ représentés dans cette fête de Vaux, où Fouquet faillit être arrêté.

5. VÊcole dei femmes suivit de près le mariage de Mollèrei qui éponsa, le

le Misanthrope (4 juin 1666), le Médecin malgré lui^ le Tartuffe (5 août 1667)*, Amphitryon (16 janvier 1638), V Avare (9 septembre 1668), le Bourgeois gentilhomme (1670) et Us Femmes savantes (1672)'.

Vae d'ensemble sur son théAtre. — Chacune de Ces pièces a son histoire ; mais un résumé pourrait-il effleurer l'analyse, même sommaire, de ce répertoire illustre, en dehors duquel nous laissons pourtant bien des exploits qui suffiraient à une autre renommée *? Disons seulement que, pendant les quinze années qui précédèrent sa mort, la verve de Molière ne cessa pas de déborder à flots pressés pour suffire avec une libéralité vraiment merveilleuse aux exigences les plus diverses, aux ordres du roi comme aux plaisirs du public, aux intérêts de sa troupe comme à ceux de sa gloire. Attaqué par mainte cabale, assailli par l'envie, très recherché des grands, devenu pour Louis XIV la res-r source habituelle de ses fêtes, sollicité par mille obligations, troublé par ses soucis domestiques, Molière, valet de chambre de Sa Majesté, directeur de théâtre et coi;nédien infatigable, n'en fut pas moins, partout et toujours, prêt à répondre à tous les appels, sans renoncer jamais à ses heures d'initiative personnelle et d'inspiration indépendante. Entre la dette payée en toute hâte aux divertissements de Versailles ou de Ghambord, et ses cordiales avances à la jovialité bourgeoise il trouvait du loisir pour des

30 féyrier lStf2, Armande Béjart, &gée de dix-eept ans. Il en avait quarante. La Critique est une comédie d'un genre toat neuf. Le poàte y répond aux injustes attaqnes de ses détracteurs, et y donne, avec d'excellents précepte^ de goût, un modèle de polémique littéraire. «

1. Dès 1664, à l'époque où Racine, âgé de vingt-cinq ans, débutait par Iti Frères ennemis^ le Tartuffe était à peu près terminé. Le 5 août, trois actes parurent devant le roi, aux fêtes ^e Versailles, et le prince de Condé fit jouer tonte la pièce au Raincy. Mais elle ne put être publique que le 5 août 1667. La clameur fut si grande qu'elle dut disparaître par ordre du parlement. L'interdit ne fut levé que le 5 février 1669, à la faveur de la trêve imposée aux partis religieux par unjbref du pape Clément IX.

2. Dans Us Pemnéss savantes^ Cotin et Ménage seraient déguisés sous let noms de Trissolin et Vadius.

3; La Princesse d^Elide, le Mariage forcét V Amour médecin^ le Ballet des muses, itélicerte^ le Sictit'en, Georges Dandiny I668t if. de Pourceaugnac, 1669, les Amants magnifiqtuSf 1669, Psyché^ Scapin, la Comtesse d'Esoarbagnasi le Ma* lade imaginaire» ;

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œuvres destinées au lointain avenir*. Des diversions mnltiples et impérieuses ne l'empêchaient pas tout aussitôt de songer aux juges les plus difficiles, à Boileau, à luimême, au genre humain ; et, dans cette prodigieuse fécondité, sa raison de pins en plus ferme, son observation de plus en plus profonde ne connurent ni les incertitudes d'un début, ni les fatigues d'un déclin. Car ses premiers croquis sont aussi étonnants que ses tableaux les plus achevés. Original jusque dans ses imitations, il a Tair, quand il emprunte, de reprendre son bien, et il fait oublier les sources auxquelles il puise. La farce même, il Télève jusqu'à lui : ses bouffonneries île sont-elles pas traversées par des éclairs d'intuition qui les rapprochent de la haute comédie dont il est le père? Mais si PomrceaugnaCy le Bourgeois gentilhomme et le Malade imaginaire, avec leurs pixrs ébats et leur délirante ébriété, novs rappellent le rire inextinguible des dieux homériques, le lyrisme exhilarant d'Aristophane . ou de Rabelais, et les étincelantes fantaisies de Shakapeare^ il demeure avant tout peintre de la nature humaine dans le sens le plus large et le plus libre.

En effet, bien que sa figure apparaisse et ressorte, plus que toute. autre, dans le cadre particulier du siècle qui offrit des modèles à ses pinceaux, son œuvre s'étend et se prolonge fort au delà.

Tandis qu'il met en scène toutes les classes, toutes les conditions delà société, lacour, la ville, la province, bouigeois, nobles, paysans, marchands, médecins, hommes de loi, valets et maîtres, le moraliste représente au vif tous

I. Pour* Louis XIV, son bienfaiteur, il est toujours à son poste. L* Amour médecin est fait, appris, et représenté en cinq jonrs. La Princesse d'Êlide n'a que le premier acte en vers; le reste suit en prose; et, comme le dit spiritujBlIement an contemporain, la comédie n^a eu le tempe cette foie que de chatU' eer un seul brodequin. Si Milicerte n'est pas fini, quinze jours suffisent aux Fâcheux. Que dire du Mariage forcée du Sicilien, de Georges Dandin^ de Pourceaugna^f et de tous ces impromptus, faits de verve, avec intermèdes et ballets, au pas de course ? Les intérêts de sa troupe furent tout aussi pres- . sants. N'a-t-il pas dépéché Don Juan, parce que les comédiens de rhdtel de Bourgogne, et ceux de Mademoiselle, avaient déjà le leur, et que la statue qui marche ne cessait de faire merveille ? Au lendemain du Misanthrope pa. raissait le Médecin malgré lui\ et le surlendemain, il organisait pour Saint- Germain MélicerU ol la Pastorale comique.

les caractères, tous les ridicules, tous les vices, pédants, fâcheux, fanfarons, fripons, dupeurs et dupés, bel ' esprit^ faux savoir, avarice, prodigalité, coquetterie, égoïsme, entêtement, malveillance, vanité, sottise, jalousie, libertinage, irréligion, hypocrisie, en un mot son temps, et avec lui rhumanite tout entière.

Si la fécondité de l'invention est un des signes du génie dramatique, nul n'a donc possédé plu^ souverainement cette magie créatrice qui sait communiquer la vie à tout un monde de personnages dont la physionomie est si distincte qu'une fois connus, ils s'imposent définitivement à la mémoire. Les siens sont tout ensemble et des individus qui ont leur date dans l'histoire des mœurs, et des types qui ne périront jamais. C'est que Molière fut éminemment' doué de cette vertu singulière que Ton pourrait appeler le don des métamorphoses. Il eut le privilège de s'oublier luimême, pour devenir tour à tour chacun des acteurs qu'il fait parler, agir et sentir de mille façons pathétiques ou divertissantes. Dans cette foule bruyante qu'il évoque autour de nous, il se perd, il disparaît; ou du moins, s'il se montre ' furtivement sous le masque, nous ne voyons dans TAri^te qui censure les folies humaines que le philosophe qui, tout en raillant nos misères, ne cesse pas, malgré sa misanthropie mélancolique, d'aimer et de plaindre ses semblables. Oui, il est encore là, dans l'ombre, nous découvrant la cordialité d'une âme généreuse, éclairée, tolérante, sincère, naturelle avant tout, et digne de n'avoir jamais eu d'autres ennemis que les envieux, et les vicieux. Car son cœur valut son imagination ; et, si le comique est la forme de son génie, le bon sens, la raison la plus pure en est le Fond et la substance.

Cette bonne foi, co désintéressement qui nous dérobent l'auteur sous la vérité des caractères, voilà le principal secret de sa poétique, comme il le déclare par la bouche de Dorante' :

« Vous êtes dé plaisantes gens avec vos règles dont vous embarrasse^ les ignorants, et nous étourdissez tous les jours !

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