‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 176 sur 193 · C'est le titre d'âne comédie de Mme de Oirardin · texte numérisé non relu

C'est le titre d'âne comédie de Mme de Oirardin

i. C'est ainsi qae Tartuffe accompagne l'exempt chet Orgoo»

magea sur Arsinoé de la quarantaine imposée par des en* nemis dont le duc de Grammont disait alors : « Toute la pruderie est déchaînée *? »

Éliante. 8«k raison, sa bonté. — Les travers d'une coquette et les ridicules d'une prude font ici d'autant plus Valoir les mérites de la « sincère Éliante », dont la douceur, le naturel, la raison et la franchise discrète nous charment par un contraste qui rappelle Henriette, la fille de Ghrysale. C'est la même solidité, la même bonne foi, la même aisance, mais plus posée, plus mûrie par Texpérience et la réflexion. En elle aussi nous aimons le tact, la réserve, le don instinctif de s'accommoder à tous et de ne se préférer à personne, Tart d'écouter et de se taire, l'aménité d'un esprit délicat et modeste qui se laisse voir sans se mettre en vue, et ne s'exerce jamais aux dépens du prochain. Loin d'encourager les médisances, elle corrige et atténue celles qu'applaudit le cercle frivole où elle glisse à propos, tout en s'effaçant, le mot judicieux qui conseiUe les ménagements. Prompte à tempérer les excès d'humeur que blâme son silence ou que pacifie sa bienveillance, elle sait, à l'occasion, donner à l'entretien ce tour général qui prévient de périlleux écarts, ou garder la parole pour faire cesser une gène pénible, et amortir des chocs trop brusques. Mais, sans détailler ces nuances, résumons-les en disant qu'EUante est banne : car toutes ses qualités, ce mot les cojitient. Bien qu'elle ait du penchant pour Âlceste, ne s'oublie-t-elle pas au point de défendre auprès de lui Gélimène par générosité toute désintéressée? Aussi mériterait-elle sa récompense ; je ne serais pas même étonné que, plus tard, elle réussit à guérir son (àier Misanthrope, sinon par l'amour, du moins par l'amitié ^.

Phillnte) l'optimiste. L'ami. — Philinte, lui aussi,

1. An dix-septième siècle, le mot de prude n'était pas tonjonrs pris dans nn icanyais sens. — Ajoatons que le rôle d'Arsinoé venant contrôler la conscience de Gélimène n*ent rien dinTraisemblable, dans nn temps oà Ton rencontrait peaucoup de directears laïques.

1, Chez filiante, la marque du temps est le goût de la dissertation de métaphysique galante : témoin le passage snr les illusions de l'amour. Les pré* citases de noble parage aimaient alors à trooTer de fines distinctions snr ces

MOLIÈRE. ' kAl

est uÏQ modéré, ZDais par scepticisme plus que par charité. Gel optimiste à outrance s'empresse trop de « rendre offre pour offre, ou serments pour serments » ; et sous la tolérance de son a flegme philosophe » qui « ne s'échauffe de rien 3t», mais prend tout doucement les hommes comme ilËt sont, se cache une insouciance plus misanthropique peutêtre que le courroux d'Alceste. Sa morale, qui semble se réduire aux dehors civils de la bienséance et aux lois caprideuses de l'usage, n'est donc point un modèle proposé par Molière. L'intention de son rôle serait plutôt d'impatienter Tami qu'il contredit, de le mettre hors des gonds, de le provoquer ainsi à forcer ses propres sentiments, et par là même à devenir comique. Nous nous garderons pourtant de donner raison aux diatribes de Fabre d'Églantine qui diffame ce galant homme par ses déclamations *. Car si Philinte a le tort de prodiguer ses complaisances, il garde le droit de se moquer des originaux auxquels il fait bon visage, sans en être jamais dupe. Dans la scène du sonnet, les éloges dont il gratifie Oronte ne sont pas seulement dictés par l'habitude où il est de ne jamais heurter les gens de iront, mais aussi par une politesse bienveillante qui, prévoyant lés rudesses d'Alceste, voudrait prévenir le péril d'une situation fausse. Ajoutons que, s'il ferme les yeux sur les défauts des indifférents, il ne se tait pas sur ceux d'Alceste auquel il est vraiment dévoué. Car il l'avertit des ridicules qu'il se donne, et des malheurs qu'il se prépare. Il cherche à le décider en faveur d'Êliante, et s'emploie pour arrêter les suites d'une querelle qu'il n'a pu

menas problèmes de psychologie, sur les sympathies soadaines, oa les mouyements secrets des cœars. On en voit des traces non-sealement dans les mémoires intimes, mais josqne dans le théâtre de Corneille :

Quand les ordres dn ciel nous ont faits Tan pour Taatre, Lyse, c'est an amoar bientôt fait que le nôtre : Sa main entre les cœurs, par an secret pouvoir, Sème rintelligenoe avant que de se voir....

. {Suite du Menteur, IV.)

1. II lança un pamphlet outrageant contre VOptimistê de Collin d'Harleviile. n y a dans cette pièce un personnage, nommé Plainville, d*un caractère vraiment heureux, et dont l'humeur accommodante n'est qu'une des formes de la bonté.

désarmer. Tous ces services, il les rend sans fisiste à un ami maussade qu'il reprend sans aigreur, et dont il ménage les faiblesses sans les flatter jamais. Voilà donc ce qui le recommande à notre estime, et même à nos sympathies.

lies personnageB seeondalree s Oronte* Aeaate^ CiltSBdre. Les besvx-esprlts ei les msrqvls. Vérité des miBvrs. — Quant aux personnages dont nous tracerons seulement le profil, ne les regardons pas comme simples figures d^ fantaisie. En un temps où la dispute des Jobistes et des Uranistes fut aussi retentissante que celle du Cid^; lorsque les plus grands seigneurs, se piquant de bel-esprit, croyaieot exceller par droit de naissance dans un art où la qualité les dispensait de talent, Oronte est peint d'après nature. Mlle de Scudéry ne louait-elle pas Montausier de « savoir écrire en vers aussi bien qu*en prose? » Un abbé de cour, Fléchier, ne s'attribuait-il point les mêmes avantages dans un portrait où il se regarde coquettement, comme en un miroir'? Chez La Rochefoucauld, cette préoccupation n'est pa0 moins vive. Alceste lui-même ne blâme pas tant la manie de faire des vers que celle de les imprimer. — Nous en dirons autant a des affables donneurs d'embrassades frivoles. » Cette fureur porte sa date ', tout aussi bien que la

t. Un lonnet sans défaut vaut seul un long poème.

Boileau.)

3. Voir nos Extraits dn clasêiquet français ; cours supérieurs, proie, p. (37. « On ne peut rien ajouter à ce qu'il écrit sans y mettre du superflu, et rien en 6ter sans y retrancher quelque chose de nécessaire. •

3. Dans la première scène des FAclieux^ Éraste ne sait comment m d bar ^anser d'un marquis prompt aux embrassades :

Mon importun et lui, courant à l'embrassade. Ont surpris les passants de leur brusque incartade, Et, tandis que tous deux ètoient précipités Dans les convulsions de leurs civilités, Je me suis doucement esquivé....

Dans la Mère eoqutite de Quinanltf I, S, 1664, nous lisons i

Estimei-vons beaucoup Tair dont vous affectes D'estropier les gens par vos civilités, Ces compliments de mains, ces rodes embrassades, Ces saints qui font peur, ces bons jours à gourmsdes?

Le ridicule persistera plus tard. Car Lesage en pa»le encore dans G il Bios.

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Taçon dont se dénoue le débat littéraire qui devient une question d'honneur portée devant la chambre des mare- "^liaux^.

Ce souci des mœurs s'accuse également dans les traits dirigés contre les marquis. Notons d'abord que Voltaire se trompe en affirmant qu'ils furent introduits par Quinault sur notre scène. Car la Mère coqutUe (1665) est postérieure à PÉcole des femmes et à f impromptu de Versailles, où ils ont été créés d'emblée par Molière, qui en fit les plaisants du jour. Ge type qui était une caricature dans les Prè^ cieuses ridicules^ une rapide ébauche dans les Fâcheux^ et le principal rôle dans la Critique^ est dans le Misanthrope plus, élégant et plus contenu. Acaste, à la fine taille, et Glitandre aux belles dents, n'y sont point des Turlupin et des Mascarille. Avec leur perruque blonde, leur rhingrave, leur ongle long au petit doigt ^, leur ton de fausset, leur intempérance de gestes, leurs ajustements tapageurs qu'ils promènent à la galerie, aux Tuileries, au Mail, au théâtre et au cours La Reine, ce sont des poupées à la mode, comme le dit Furetière en son Roman bourgeois. Leurs prétentions valent leur costume : quand ils vont à la comédie, ils prennent des airs de connaisseurs, crient à tort et à travers, causent entre eux avec de bruyants éclats, insultent le parterre, et font im brouhaha qui trouble le public comme les acteurs. Dans les salons ou les ruelles, ils aiment à parler bas aux dames, sans discrétion ni respect, ou bien affichent leurs jurons, leur jargon, leurs phrases convenues, ou même leurs calembours. Ces petits-maîtres fanfarons se vantent aussi de savoir pousser galamment une affaire d'honneur. Bref ^c' est U fatuité dans la sottise*.

1. Les maréchaax formaient nn tribunal d'honneur auquel était réservée la connaissance des affaires entre gentilshommes ou officiers. Il prescrivait à Tagressenr des réparations capables de satisfaire l'offensé.

2. Scarron dit da prince de Tarente : « H s'étoit laissé croître Tongle du petit doigt de la gauche jusqu'à une grandeur étonnante, ce qu'il trouvoit le pins galant du monde. ■

3. Les marquis de Molière ont des ancêtres et des deseendants. Ils représentent la jeunesse dorée^ qui fut désignée par des noms différents, suivant les régimes. sons François !•', elle apparut pour la première fois; les fashionables d'alors

Cette vérité de couleur se retrouve encore en des scènes qui ne peuvent être interprétées qn^ par la connaissance intime de la société contemporaine. C'est ainsi que les médisances de Célimène convenaient bien à une époque dont Mlle de Montpensier disait : « Portraits à foison se font voir à notre horizon*. » Dans ce genre, qu'elle contribua plus que ton autre à mettre en vogue, c'était à qui ferait briller son esprit. L'art fut tantôt d'y tourner en qualités jusqu'aux défauts ', tantôt de se peindre soi-même par des nuances où la modestie n'était que de Tamour-propre, parfois de montrer une malignité qui ne blessât pas la politesse. Les dix volumes du Grand Cyrus furent une sorte de galerie psychologique dont les allusions ne commencèrent à ennuyer les lecteurs qu'au jour où ils cessèrent d'en être les héros. Sans parler ici de Bussy-Rabutin^ de SaintrÊvremond *, et de Mme de Gourcelles qui s'amusèrent à ces jeux piquants, on a pu dire que le livre des Caractères répondit à la curio* site d'un monde amoureux de lui-même et friand de fines indiscrétions. Aussi La Bruyère écrivait-il en sa préface : a Je rends au public ce qu'il m'a prêté. »

Mais il est superflu de démontrer que Molière, ici comme ailleurs, fait un tableau fidèle de la cour et de la ville. Terminons plutôt en admirant l'art avec lequel il intéresse tous les âges aux vérités générales que recouvrent

s'appelërent mugtMlf. Soas Charles IX et Henri III, on vit régner les mtjynoiw, le doux Saint-Mégrin, le beao Caylas, l'élégant Schomberg. Loais XIV ent ses marqui»^ remplacés, sons Louis XV, par les routa (Richelieu, Tilly, Lauzun); sous Louis XVI, par les fréluqueta ou les btawc^ jeunes gens de la bourgeoisie qui copiaient les façons des gentilshommes. Avec la Révolution, toute él6gance disparut; mais la Convention eut pourtant ses mutcadins^ qui, en Tan III, dispersèrent à coups de canne le club des Jacobins. Quant au Directoire, il se signala par ses incroyables (dont les plus fameux furent Garât et Carie Vernet). Sous le Consulat, ils se transformèrent en pêtitê-mattrea et eo merveilleux; sous la Restauration, en élégante .ayec le due de Guiche, et en dandye avec le comte d'Orsay. Enfin, il y eut plus tard, après I8S0, les liont; en 1850, les gandins.„y et depuis...; mais, arrètons-noos.

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