PRÉFACE
S'il y eut un livre d'usage universel pour tous les degrés de l'enseignement, ce fut, sans contredit, le recueil intitulé Théâtre classique; car, depuis le commencement du siècle, il a été le pain quotidien des écoliers. Les programmes avaient beau changer de fond en comble, il était inamovible : il survivait à toutes les criSaâ/' ^ -»•.•«
Il en résulta? qilla*, &ïs le monde' scolaire, Corneille et Racine n'existè^ei^ 'p<fU:r âîtfsi dire pas en dehors du Cidy des Horahes étâé-'Pàlyeuctey de Britannicus, d'Esther et d'-4/^a<!«r'-î]faaiift ^â^'^felière, il se réduisit tout entier au Misanthrope: '* "
Aussi avons-nous applaudi à la décision par laquelle le Conseil supérieur de llnstruction publique en a fini avec cette routine qui encourageait l'ignorance, sous un faux air de tradition. Le Théâtre complet de nos deux plus grands poètes tragiques devra donc figurer désormais dans le nouveau plan d'études, à côté des Femmes Savantes^ de VAvare et du tartuffe.
Or, c'est pour satisfaire à ces légitimes exigences que nous publions ce volume consacré spécialement à Corneille^ Racine et Molière.
Nous croyons qu'il rendra service à la jeunesse]; car chaque maître sait par expérience que beaucoup d*élèves, même parmi les meilleurs, sont fort embar-
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rassés, lorsqu'on les invite à dire leur sentiment, de vive voix ou par écrit, sur les pièces les plus populaires, sur celles dont ils récitent couramment les plus beaux passages. D'ordinaire, ils s*en tiennent alors soit à des lieux communs appris par cœur, soit au bégaiement d*une analyse diffuse, servile et inanimée.
A plus forte raison demeurent-ils interdits et muets devant les œuvres dramatiques dont ils ne connaissent guère que les titres, de loin, et par ouï-dire.
En supposant même qu*ils approchent directement ces textes» il faut bien reconnaître que le sens critique s*éveille très tardivement à un âge où opèrent surtout les facultés passives. Aussi le zèle' des mieux doués a-t-il besoin d'être secondé par un guide exercé qui signale les bons» endroits, iodiqu^j les points de vue, habitue rœH^^é» re^afdei^^n ;; Util mot apprenne à des intelligences novices Uart Sii -rare et si difficile de lire avec cette réflej^fi.. c^Air/oyà^te qui transforme en idées nettes des..iji«Unj;^ts Y^gttes. ou confus.
Voilà ce que* touè j^uV lés - jmrs les maîtres de rUniversité; mais la parole est fugitive; et, outre que le temps peut manquer pour un cercle d'études fort étendues, leurs leçons risquent de ne pas produire tous leurs fruits si elles ne sont point réunies par un lien qui les assemble, et les fixe sous des regards souvent distraits.
Sans doute, dans les principales Histoires de notre littérature, il y a d'excellentes appréciations sur le génie de Corneille, de Racine et de Molière ^ Mais, épars en des livres destinés au grand public, ces aperçus généraux ne peuvent sufQre aux nécessités
1. Est-il besoin de signaler MM. Sainte-Beuve et Nisard, dont tout critique est Tobligô ?
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de renseignement et des examens qui en sont la sanction *. La Harpe seul a traité du Théâtre français avec suite et développement. Mais, si on peut le consul- 1er encore avec un certain profit, cet arbitre d'un autre âge n'a point dit le dernier mot sur des sujets où il mêla ses préventions de poète médiocre, ses amitiés ou ses haines, des préjugés de secte, et les lacunes de son goût personnel ou de ses doctrines. Il y a donc lieu de réviser ses arrêts, d'en modifier le» considérants, de les rajeunir, de les compléter, d'e« casser quelques-uns, et de les approprier tous aux conditions d'une curiosité plus délicate, ou plus scienâfique.
Telle est l'intention de ce travail et des recherches nouvelles qu'il met à la portée de tous les esprits*
Éclairer l'étude littéraire des textes par un portrait biographique et psychologique d'où ressort la physionomie de l'homme et du poète; — expliquer chaque nàoûument par Vexamen du milieu qui l'encadre, des conditions sociales, des mœurs et des sentiments qui l'expliquent; — ancilyser, sans aridité ni longueur, l'économie de la pièce, la conduite do l'action et son mécanisme; — esquisser les traits essentiels des caractères et les beautés des scènes décisives; — apprécier les nuances* du stxjle; et, dans cette enquête, concilier toujours le respect de la tradition avec les franchises d'un goût libéral qui ne gâte son plaisir par aucune superstition, aucun parti pris : telle est la méthode à laquelle nous avons demandé l'intérêt d'un travail qui voulait rester pratique^ sans négliger l'agrément et le souci vigilant de la forme.
1. Noire ouvrage conviendra aux lycées déjeunes filles; il peut aussi être utile aux candidats qui se préparent à l'École Normale, à la licence et à ragrcgntion.