II. — ÉTUDE LITTÉRAIRE
P««ipée, l« ^iMAipal feétras, «•! fnTlftlMe. — C'était une conception hardie jusqu'à la témérité que de fonder
à Richelieu. Elle Tul jouée par la troupe du Marais. Pompée u'est tué qu'au cinquième acte ; le plan est donc tout différent. I. Dana ce vers de Corneille:
0 vous, à ma douleur objet terrible et tendre t
Voltaire recoaoalt ces deux vera de Garnier :
0 douce et chère cendre ! ô cendre déplorable I Qu'avecqne youb ne anis-je, ô femme misérable I
Ailleun, on Ut:
César plora aa mort -» Il plora mort celui Qu'il n'eût Toulu souffrir être yif comme lui.
Or, 00 peut signaler la même pensée dans ces vers de Coraéille:
O soupirs t 6 respect I 6 qu'il est doui de plaindre Le sort d'un ennemi, quand il n'est plus à craindre 1
9. CMnpoaée dans le même hiver que le MmUeur^ la Mort de Pompée fut probablement représentée en i64l, au théâtre du Marais, puis au Palais-Royal, parla troupe de Molière qui, en 1663, joua le rôle de César, comme le prouve un passage de Vhnipr&wpêu de l'hôtel de Condé. Un marquis dit, en parlant de Molière :
Il est vrai qu'il recite avecque beaucoup d'art. Témoin dedans Pompée^ alors qu'il fait César.
L'édition pHnceps parut en 1644, atec dédicace au cardinal de Maznrin, et deux pièces de vers où Corneille le remercie d'une gratification. «
un drame sur la mémoire d'un héros illisible qui n'en deTient pas moin^i l'âme de l'action ; car il la remplit tout entière de sa présence, comme s'il vivait encore, et agissait sous nos yeux. Oui, l'ombre du grand Pompée semble ici planer sur chaque scène ^ Au premier acte, nous assistons au conseil d'État qui décidera de sa mort ; au cinquième, nous voyons entre les mains de Gomélie l'urne qui contient ses cendres. C'est la seule apparition qui nous montre le vAicu de Pharsale ; et cependant, tous les incidents de la pièce se rattachent à l'assassinat dont nous ne sommes pas même les témoins *. Non seulement il survit dans la mâle figure de sa veuve, dans l'expression touchante et fière de son deuil, dans les serments de sa vengeance conjugale ; mais il inspire des regrets à Gléopâtre, et à César même qui honore de ses larmes l'infortune de son ennemi. C'est pour l'apaisement de ses mânes que périt Tinfôme Ptolémée, et des menaces d'éclatantes représailles terminent par la perspective d'une revanche cette oraison funèbre dont la mélancolie égale la majesté.
L'acttoa manque de centre. — L'intérêt n'est donc point ici dans l'intrigue amoureuse qu'imposait à Corneille le tour d'esprit contemporain, mais dans les sentiments de pitié qu'excite en nous le spectacle d'une catastrophe digne d'une étemel souvenir. Toutefois, il faut bien le dire : si le cadre est grandiose, on hésite à voir une tragédie dans ce tableau dont les épisodes manquent de lien et de centre. Nous cherchons le sujet, sans être sûrs de le rencontrer. Est-ce la mort de Pompée ? Non : car ce meurtre a lieu dès le commencement du second acte. Est-ce la vengeance de cette mort? On pourrait le croire. Mais cependant, si Ptolémée succombe, c'est pour avoir voulu faire subir à César le même sort qu'à Pompée. Il est donc puni de cette perfidie plus que de l'autre, et il périt dans un combat où le sort des armes favorise encore le maître
1. Comme dit Lucain, deyant nous se dresse l'ombre d'un grand nom : stat'maffni nomtnts umbra.
2. Sophocle a rait de la sépulture d'Ajax l'intérêt de sa tragédie >\*Ajax^ au moias dans les darnièrea scènes.
du monde. Aussi l'attention est-elle indécise parmi des événements d*inëgale importance qui la sollicitent sans la retenir. La rivalité du triste roi d'Egypte et de sa sœur, les rendez-vous galants de César et de Cléopâtre, le péril couru par le vengeur de Pompée sont autant de digressions qui déconcertent la curiosité. Le seul personnage capable de nous passionner étant supprimé presque dès le lever du rideau, nous n'avons plus affaire qu'à des coquins dont la bassesse et la lâéheté nous révoltent, ou à des héros dont les proportions colossales échappent trop aux conditions de la natare humaine pour ne pas mêler à notre admiration une sorto de stupeur. Il en résulte une inquiétude qui refroidit la sympathie. Mais, en dépit da ces défauts qui sont déjà le symptôme d'un déclin, l'ensemble se soutient par des beautés supérieures qui défient toute comparaison.
Le Céaar de Lacain, et eelal de Corneille. L*hSstoire tdéallsiée. Le goût de la g^alanterle. — Malgré SOn périlleux engouement pour Lucain, Corneille n'a pas voulu dénigrer César, et l'abaisser jusqu'à n'être, comme dans la Pharsale^ qu'un scélérat hypocrite. Il lui a laissé la gloire de la clémence, et ne lui a pas envié cette magnanimité qui sied si bien au pouvoir souverain, même quand elle ne serait qu'un calcul. Cette alliance de nobles sentiments et de bon sens pratique éclate avec autant de force que d'autorité dans la réponse qu il fait aux adulations de Ptolémée. Écoutez ces généreux accents :
Et le trône et le roi se seroient ennoblis
A soutenir la main qyi les a rétablis.
Vous eussiez pu tomber, mais tout couvert de gloire :
Votre chute eût valu la plus haute victoire;!
Et, si votre destin n'eût pu vous en sauver,
César eût pris plaisir à vous en relever.
Vous n'avez pu former une si noble envie.
Mais quel d^oit aviez-vous sur celte illustre vie ?
Que vous devoil son sang pour y tremper vos mains ,
VoHS qui deviez respect au moindre des Romains?
Ai-je vaincu pour vous dans les champs de Pharsale * ?