Acte I, scène u
« Un cœur nouveau venu des universités ; « Si vous avez besoin de lois et de rubriques, « Je sais le code entier avec les Authentiques^ « Le Digeste nouveau, le vieux, l'iu-forliat, « Ce qu^en a dit Jason, Balde, Accunse, Âlciat. » Qu'un si riche discours nous rend considéiables 1 Qu'on amollit par là de cœurs inexorables ! Qu'un homme à paragraphe est un joli galant l On s'introduit bien mieux à titre de vaillant : Tout le secret ne gît qu'en un peu de grimace ; À mentir à propos, jurer de bonne grâce, * , Étaler force mots qu'elles n'entendent pas ;
Faire sonner Lamboy, Jean de Vert et Galas;
Nommer quelques châteaux de qui les noms barbarèr
Plus ils blessent Foreille, et plus leur semblent rares;
Avoir toujours en bouche angles, lignes, fossés,
Vedette, contrescarpe, et travaux avancés :
Sans ordre et sans raison, n'importe; on les étonne;
On leur fait admirer les baies qu'on leur donne :
Et tel à la faveur d'un semblable débit,
Passe pour homme illustre, et se met en crédit*.
, Des scènes entières sont écrites de ce ton, et comme enlevées d'assaut. Il faudrait citer, par exemple, le récit de la sérénade et le conte du mariage simulé. Ce sont des morceaux achevés. En maint autre passage, on croirait lire du Regnard, et du meilleur. Il y circule comme un souffle de fantaisie joyeuse. C'est Corneille émancipé de ses contraintes, déridant à plaisir son front sévère, oubliant la majesté tragique, et tout heureux de se mettre pour ainsi dire en vacances. On goûtera mieux ces mérites, si Ton se rappelle que la première pièce de Molière*, VÉtourdi^ parut treize ans après le Menteur^ en 1653. Aussi nous semble-V-il juste de considérer comme un initiateur de la comédie le poète dont Molière, suivant une tradition % aurait pu dire : « Oui, je dois beaucoup au MenteiMr. Mes idées étaient confuses, et cet ouvrage vint les fixer. Le dialogue me fit voir comment pari oient les honnêtes gens. La grâce et l'esprit de Dorante m'apprirent qu'il falloit toujours