‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 80 sur 193 · Acte V, scène m · texte numérisé non relu

Acte V, scène m

racce:pte point ; et, pour que Titus cesse de lui disputer la main de Domitie, il révèle à son frère qu'elle lui a promis sa foi. C'est alors que, devant les deux prétendants, a lieu cettQ étrange scène d'explication où la jeune fille déclare de nouveau qu'elle préfère Domitian à Titus, mais non à l'Empire. Il y a là do quoi effrayer celui qui est l'objet de son choix. Aussi cherche-t-elle à te rassurer par la théorie que voici :

l.e cœur se rend bientôt quand Tâme est satisfaite. Nous le défendons mal de qui remplit nos vœux. Un moment dans le trône éteint tous autres feux ; £t donner tout ce cœur, souvent, ce n'est que faire D'un trésor invisible un don imaginaire. A Famour vraiment noble il sufû^ du dehors ; Il veut bien du dedans ignorer les ressorts.

Certes, les Ghimène et les Pauline ne se seraient pas reconnues dans cette métaphysique intéressée: elle ne rappelait que les maximes égoïstes de La Rochefoucauld, celle-ci par exemple : « Il n'y a point de passion où l'amour de soi-même règne si puissamment que dans l'amour. » Corneille ne la traduisait-il pas en ces vers :

L'amour-propre est la source en nous de tous les autres ; C'en est le sentiment qui forme tous les nôtres. Lui seul allume, éteint, ou change nos désirs. Les objets de nos vœux le sont de nos plaisirs.

Ces traits nous prouvent à quel point' se fourvoyait un génie aussi candide dans le ridicule que dans le sublime. Pourtant, soyons justes, et reconnaissons que le dénouement est supérieur à celui de Racine par la noblesse avec laquelle Bérénice, malgré Tassentiment du Sénat qui consent à son mariage, met la gloire de son amant au-dessus des ambitions de son cœur, et quitte volontairement la ville où elle pouvait régner avec le maître du monde :

Grâces au juste ciel, ma gloire en sûreté N'a plus èi redouter aucune indignité.

J'éprouve du Sénat l'amour de la justice, Et n'ai qu'à le vouloir pour être impératrice. Rome a sauvé ma gloire en me donnant sa voix.

Saùvons-Iui) vous et moi, la 'gloire de ses lois. Rendons-lui, vous et moi, cette reconnoissance D'en avoir, pour vous plaire, affoibli la puissance, De l'avoir imoiolée à vos plus doux souhaits ! On vous aime : faisons qu^on vous aime à jamais... C'est à force d'amour que je m*arrache au vôtre ;^ Et je serois à vous, si j'aimois comme une autre ^

Psyché , f 691. — Bien que la ^oix parût un peu rauque^ dans .Tite et Bérénice, le coeur de Corneille restait jeune encore, témoin Psyché composée avec la collaboration de Molière*. Cet opérà-ballet nous enchante encore par une grâce qui étonne chez un vieillard de soixante-quatre ans. On en jugera par ce couplet de Psyché disant à l'Amour :

Vous soupirez, sei^eur, ainsi que je soupire; Vos sens, comme les miens, paroissent interdits. C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire. Et cependant, c'est moi qui vous le dis^^

Quelle fraîcheur aussi dans cet autre passage :

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