L'abbé Le Vasseur les avait présentés l'un à l'autre
3. Ce fut à celte occasion que se refroidit l'amitié de Molière et de Racine, qui eut le tort de confier la représentation de sa pièce à une troupe rivale, dans le temps où Molière la faisait jouer sur son théâtre.
4. Déjà, sa tante, la sœur Sainte-Tliècle, lai avait témoigné sa tristepst: dans une lettre d'une sévérité maternelle et touchante.
RACINE. lc,7
voués prît pour lui Tinjure, et ne tarda pas k riposter avec autant d'esprit que d'ingratitude ^ Ce fut une faute dont il se repentit plus tard ; T amour-propre aurait dû céder à la reconnaissance ; mais il avait le premier mouvement irrésistible, et ce ne sera pas sans peine que Boileau coupera court à des représailles dont la vivacité trahissait un cœuir trop irritable.
Aiidromaqae (ISOV) I avéïieiiieiit d'an nouvel Idéal tragique. — Entre cette rupture, et la réconciliation qui répara ces torts, s'écoulèrent dix années illustrées par maint chef-d'œuvre. Cette glorieuse période s'ouvrit en novembre 1667, par Andromaque, dont le triomphe, un instant contesté, ne tarda pas à égaler celui du Gid auprès d'une génération qui voulait avoir, elle aussi, son théâtre et son poète. Ghimène n'eût pas plus d'admirateurs que cette épouse et cette mère qui nous enchante par les habiletés innocentes de sa coquetterie vertueuse. Dès lors, Racine se voit définitivement adopté par la jeune cour' qui se plaît à l'opposer à Gomeille, dont la défaite n'a plus guère d autre consolation que la fidélité chevaleresque de Mme de Sévigné. Gar elle met son point d honneur à s'écrier encore : « Vive notre vieil ami I Pardonnons-lui de méchants vers en faveur de divines et sublimes beautés. Racine fait des comédies pour la Ghampmeslé, non pour les siècles à venir*. » Saint-Ëvremond, lui non plus, ne voulut pas se rei)dre*; mais il eut beau rompre des lances, ÏAgésilas (hélas!) ne put lutter même contre Alexandre (1665). A plus forte raison Attila succomba-t-il devant ilnc^romague, comme Pukhérie devant Bajazet (1672).
l.Dans ses Lettres à l'aatear desHérénet imaginairei, il fit rire aaz dépens de celui qn'il appelait aatrefois « son cher papa •, d'Antoine Le Maistre.
3. Le parti de la vieille cour, les Nevera et les Bouillon, resta fidèle aux soa> venirsde sa jeunesse.
3. Elle avoue pourtant qu'elle a « pleuré six larmes t à Andromaqw; et « plus de vingt • à Bajazet. — Sous la fougue de sa tendresse jalouse, se trahissent les craintes que lui cause une rivalité victorieuse. Elle parle bien « des vers transportants • de Corneille, mais n'y voit que les souvenirs de « «a défwite verve > .
4. II en est réduit à reconnaître qu' c Andromaque a bien l'air des bellet choses v, et que c'est une pièce « fort au-dessus du médiocre ••
19a nAClNfî.
C'est donc un nouveau règne qui commence : un héroïsme réduit à des proportions plus, humaines, l'analyse des sentiments, la peinture de la passion et de toutes ses nuances, Tharmonie d'une perfection soutenue, l'équilibre d'un génie toujours égal à tous les sujets, tels sont les traits principaux d'un art singulièrement approprié au goût d'une société polie, et aux séductions d' une cour qui vit le cœur de Louis XIV aller de Mlle de la Yallière à Mme de Maintenon. Si Racine n'a pas la même puissance que Corneille, sa noblesse élégante et aisée nous conduit, sans secousse ni chute, jusqu'à un sublime moins élevé sans doute, mais plus naturel et plus accessible. Car ses facultés obéissent à une raison toujpurs lumineuse; il possède la retenue dans la force, et ne cesse de se développer par un progrès constant qui lui permet d'exceller en tout ce que tente la souplesse de son inven« tion.
Parmi les surprises qui l'attestent, n'oublions pas les Plaideurs (1668) ^, cette comédie, ou plutôt cette satire dialoguée qui transforma les Guêpes ^ par une imitation pleine d'originalité. Bien que dépourvu d'intrigue, ce badinage n'a-t-il pas l'étincelante gaieté du détail, la verve de la plaisanterie, et l'entrain gaulois de tant de vers si naturels qu'ils sont restés proverbes ? Il y a là tout un coin inaperçu, dans lequel nous retrouvons le lecteur de Rabelais, de Marot, de Scarron, et celui qui tenait sa place , iiiter pocula^ entre Chapelle et La Fontaine. L'enjouement lui réussissait donc aussi bien que le pathétique ; ses épigrammes , ses lettres à Nicole, et sa préface àe\Br%tannicus témoignèrent même trop vivement qu'il aurait pu rivaliser avec Aristophane.
\ne d'ensemble sur son théâtre. ^ Mais son génie si tendre malgré d'âpres saillies préféra la peinture des faiblesses qu'il connaissait par expérience. Sans caractériser
1. Un chanoine régulier lai avait disputé son prieuré de l'Épia ay. Un procès s'ensuivit, auquel personne n'entendit rien. Racine ennuyé se désistai et sa vengea de ses juges par la satire des Plaideurs,
2 Les Guive8 sont ans comédie d'Aristophane.
toutes ses tragédijes^, groupons-les, suivant les affinités qui les rapprochent.
Les unes ont été puisées aux sources grecques ; or ses prédilections s'adressèrent surtout à Euripide, qui, par son intelligence de la passion, flattait chez Racine les secrètes complaisances de sa curiosité psychologique. Telles furent Andromaque 9 Iphigénie (1674;, et Phèdre (1677). Tout en s*inspirant de ses modèles, il accommodait ses emprunts à la délicatesse du sentiment chrétien, et aux habitudes raffinées de son siècle. Car les anciens ne se doutaient guère que Tamour pût suffire à l'intérêt d'un drame. Dans VHippolyte, Phèdre elle -même n'est que la victime d'une vengeance divine qui la livre en proie à un délire voisin de la folie. La femme païenne jouait un rôle trop effacé, trop dis» cret ou trop austère, pour tenir sur le théâtre un personnage principal. Or, chez Racine, les héroïnes ont une importance souveraine, qui correspond aux mœurs dont il avait le spectacle sous les yeux.
La seconde classe de ses œuvres comprend des sujets historiques : Britannicus (1669), énergique tableau qui représente la Rome des Césars, au moment où le monstre se déclare dans Néron; Bérénice* (1670), cette élégie dont les allusions transparentes rappelaient à Louis XIY plus d'un souvenir personnel; Bajazet (1672), nouveauté hardie qui, pour la première fois, affronte une aventure moderne* ; Mithridate (1673), où Corneille est égalé par la majesté de quelques scènes politiques, et surpassé par la grâce incomparable de Monime, ce type idéal de Tamour contenu*.