‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 4)Chapitre 332 sur 344 · LES NOUVELLES MEDITATIONS · texte numérisé non relu

LES NOUVELLES MEDITATIONS

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent. :

Coulez, coulez pour eux; Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent j

Oubliez les heureux....

0 lac! rochers muets! grottes! forêt obscure! Vous que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir, Gardez de cette nuit, gardez, belle nature. Au moins le souvenir!

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages. Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux. Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages. Qui pendent sur tes eaux;

Qu'il soit dans le zéphir qui frémit et qui passe. Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés, Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface De ses molles clartés!

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire. Que les parfums légers de ton air embaumé. Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire. Tout dise « Ils ont aimé! »

Puis c'étaient les mélodies enchanteresses de ces élégies si suaves, le Soir, le Vallon, rAiitom^ie, puis VHomme, les Chants lyriques de Saûl, et la belle élévation spiritualisle de Vîmmortalité, etc....

Les Méditations firent saluer en leur auteur le Messie promis du romantisme : en fait, par leur inspiration — sinon par leur forme, qui n'avait rien de révolutionnaire, ce qui ajouta au succès, — elle ouvraient une ère nouvelle pour la poésie française, et elles doivent rester une des grandes dates de l'histoire littéraire de ce siècle.

« La niort de Socrate » et « les I^onvcUes méditations », etc.... — Du poème un peu diffus de la Mort de Socrate on pourrait dire ce que Joubert s'appliquait à lui-même : plus platonicien que Platon {Platonc platonior) ; et Socrate eût eu une belle occasion de répéter son mot d'après la lecture du Phèdre : « Que de choses ce jeune homme-là me fait dire auxquelles je n'ai jamais songé! », devant des vers comme les suivants '

Peut-être qu'en elTct, dans l'immense étendue Dans tout ce qui se meut une àme est répandue;

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Que ces astres brillants sur nos têles semés Sont des soleils vivants et des feux allumés; Que l'océan frappant sa rive épouvantée Avec ses flots grondants roule une âme irritée;

El qu'enfin dans le ciel, sur la terre, en tout lieu Tout est intelligent, tout vit, tout est un dieu.

tes Nouvelles Méditations, qui suivirent de près ce petit poème, ne parurent pas assez « nouvelles » et le cénacle romantique les jugea avec sévérité, à huis clos. Et pourtant il y SiVSiiile Crucifix, le rival en beauté du Lac, que d'aucuns lui préfèrent même et dont le fantôme d'Elvire aussi avait été la muse :

Toi que j'ai recueilli sur sa bouche expirante Avec son dernier souffle et son dernier adieu. Symbole deux fois saint, don d'une main mourante. Image de mon Dieu!...

Les saints flambeaux jetaient une dernière flamme; Le prêtre murmurait ces doux chants de la mort, Pareils aux chants plaintifs que murmure une femme A l'enfant qui s'endort.

De son pieux espoir son front gardait la trace. Et sur ses traits, frappés d'une auguste beauté, La douleur fugitive avait empreint sa grâce, La mort sa majesté....

Il y avait aussi le grave et mélancolique Passé, les Étoiles d'une si riche ampleur, la touchante élégie du Poète mourant, et surtout le si éloquent Bonaparte et les Préludes, cette « sonate en poésie » où il formulait ses deux thèmes favoris — à savoir la menace toujours présente de la mort, et l'amour, divine essence de la vie et peut-être de l'immortalité, — dans ces deux strophes notamment qui sont caractéristiques de sa manière :

Tout naît, tout passe, tout arrive Au terme ignoré de son sort :

A l'Océan l'onde plaintive, Aux vents la feuille fugitive, L'aurore au soir, l'homme à la mort.

Embrassons-nous, mon bien suprême.

Et, sans rien reprocher aux dieux, Un jour, de la terre où l'on aime, Évanouissons-nous de même En un soupir mélodieux.

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