‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 4)Chapitre 335 sur 344 · SA VIE ET SES ŒUVRES : TABLEAU CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES ŒUVRES : TABLEAU CHRONOLOGIQUE

procure l'élude dans loulcs les situations de la vie ». Le poète de quinze ans obtient une mention et l'appui précieux de quelques immortels, notamment du comte François de Neufchâtcau. Son frère Abel l'introduit dans un petit cénacle de jeunes littérateurs en gésine d'un volume de nouvelles, auquel il contribue en écrivant en quinze jours Bug-Jargal. Puis aux Jeux floraux, par les trois pièces des Vierges de Verdun, du Rétablissement de la statue de Henri IV, de Moisa sur le Nil, il remporte un triple triomphe et s'entend appeler « l'enfant sublime » par ce même Chateaubriand dont la gloire lui dictait, à quatorze ans, sur son journal intime, celle exclamation : « Je veux être Chateaubriand ou rien ».

Cependant son père voulait en faire un polytechnicien, et l'avait mis à cet effet dans la classe de mathématiques spéciales du lycée Louis-le-Grand. Or, au lieu de vaquer à la géométrie analytique, c'est, nous l'avons vu, le laurier académique que cultivait le jeune Victor. Ne s'avisailil pas de fonder un journal, le Conservateur littéraire'? Du coup le père, délibérément hostile à cette vocation littéraire, jusqu'au jour où il attachera lui-même la croix d'honneur sur la poitrine de son fils (1825), lui coupe les vivres, et le nourrisson des Muses, réduit à vivre de 700 francs par an, fait connaissance avec cette misère en paletot qu'il a peinte d'après nature, dans ses Misérables, el dont son Marins sera le sympathique héros. Joignons-y, pour mémoire, une querelle de café avec un garde du corps qui lui avait pris, à la cavalière, un journal des mains et lui allongea un coup d'épée au bras gauche.

Enfin le poète sort des chemins de traverse. Son premier recueil de poésies — parues déjà, en partie, dans la Muse Française et le Conservateur littéraire — est édité, grâce à la bourse de son frère Abel, sous le litre d'Odes et poésies diverses (1822), et lui vaut une pension du roi, sur sa cassette, de 1 000 francs, ce qui lui permet, en octobre de la même année, d'épouser celle qu'il aime, Adèle Foucher.

Dès lors le torrent de ses productions va couler. Ce sont d'abord : en 1824 un deuxième volume d'Odes; en 1825, une réédition de Bug-Jargal et le roman de Han d'Islande; en 1826, Odes et Ballades; en 1827, l'injouable drame de Cromwcll et sa

préface; en 1828 le drame d'Amy Robsart joué et sifflé à l'Odéon et non édité; en 1829, les Orientales, le Dernier jour cTun condamné et le drame de Marion Delorme qu'il écrit d'un trait, lit à ses amis du cénacle, dont il modifie le dénoûment sur le conseil de Mérimée, que la censure interdit et qui sera joué le 11 août 1831, à la Porte-Saint-Martin; puis Hernani, dont la représentation au Théàlre-Français, le 25 février 1830, est une des dates mémorables de l'histoire de notre théâtre; en 1831, le roman de Notre-Dame de Paris, les Feuilles d'automne; en 1832, le Roi s'amuse, dont les représentations sont arrêtées par ordre du roi, après la première, et qui attendra cinquante ans la seconde; en 1833, les drames de Lucrèce Borgia et de Marie Tudor; en 1834, le roman de Claude Gueux; en 1835, le drame d'Angelo, tyran de Padoue. les Chants du crépuscule; en 1836, l'opéra de la Esmeralda, découpé dans Notre-Dame de Paris; en 1837, les Voix intérieures; en 1838, le drame de Ruy Blas; en 1840, Les Rayons et les Ombres, et une étude sur Mirabeau qu'on trouve dans Littérature et philosophie mêlées.

Le 2 juin 1841, après trois échecs subis en 1836, 1839 et 1840, il était reçu à l'Académie française, comme successeur de Népomucène Lemercier, l'auteur de ce fameux drame de Pinto, déjà romantique, mais qui s'était écrié un jour :

Avec impunité les Hugo font des vers!

De l'Académie Victor Hugo s'achemina vers la pairie, qu'il ne sollicita pourtant pas, et vers la politique, qui le tentait. Il s'y jeta à la suite d'une crise morale qu'amenèrent d'une part un échec retentissant et qui semblait clore l'ère des triomphes du théâtre romantique, celui de sa trilogie dramatique des Burgraves au Théâtre-Français, en 1843, alors que la Lucrèce pseudo-classique de Ponsard triomphait à l'Odéon, et d'autre part, la même année, la mort tragique de sa fille Léopoldine et de son gendre Charles Vacquerie, qui firent naufrage dans une promenade en Seine, à Villequier.

Pair de France, en 1845, il prononce des discours contre les lois d'exil, pour le rappel des Bonaparte ; oscille dans ses opinions et ses votes : fonde, le !•='■ août 1848, iÉvénement, avec Auguste Vacquerie et Paul Meurice; évolue enfin, à la Législa-

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