‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 4)Chapitre 46 sur 344 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

Sa vie et sa personne inégalement connues. — La vie et

la personne de Geoffroy de Villehardouin nous sont surtout connues par sa chronique, c'est-à-dire très inégalement. Après l'avoir lue, il semble qu'on n'ait plus rien à apprendre sur son esprit et sur son caractèi-e, mais l'extraordinaire roman d'aventures qui fut sa vie reste plein d'obscurités. Nous ne savons les dates de sa naissance et de sa mort qu'approximativement. Sur les causes premières de sa haute fortune et sur la manière dont il gouverna les fiefs qu'il s'était taillés à coups d'épée, en plein empire grec, il a fait un silence auquel nous suppléons mal.

Faits connus de sa vie. — Le héros historique d'un « roman d'aventures ». — Nous savons pourtant qu'il naquit au château de Villehardouin, à sept lieues de Troyes, entre lloO et 1164, qu'il était le cadet de sa famille, que sa femme s'appelait Jeanne, qu'il en avait eu deux filles et deux fils, que, dès 1191, il avait exercé la très haute charge de maréchal de Champagne, et qu'il était le confident et le conseiller de Thibaut III, dont il avait même porté l'hommage à Philippe Auguste, quand survint la quatrième croisade.

Dès la première heure, nous l'y voyons remplir et garder jusqu'au bout un rôle essentiel qu'il devait moins à sa nais- >ance qu'à ses qualités de politique et d'orateur. Au commen-

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cernent de 1201, il est à A'cnise, parmi les six délégués qui viennent demander des vaisseaux à la séi'énissime république, et, bien que le brillant poète Conon de Béthune soit un de ses compagnons, c'est lui qui, au nom de l'ambassade, harangue dans Saint-Marc < tout le peuple humblement » et emporte son suffrage. C'est lui encore qui, après la mort de Thibaut, chef désigné de la croisade, fera choisir pour nouveau chef Boniface, marquis de Montferrat. Puis, surveillant les manœuvres de ceux qui veulent scinder Tarmée, dépecier iost, il s'emploiera à courir après les dissidents, à les ramener à bord des vaisseaux vénitiens et à les conduire d'abord à Zara, puis à Constantinople, au gré des politiques dont il était l'agent. C'est lui enfin qui exposera à Isaac les conditions des croisés souscrites par son fils Alexis, et qui portera bravement le défi des barons au père et au fils restaurés et peu empressés à payer leur dette, d'ailleurs si onéreuse.

Pour prix de ses négociations, de ses harangues et de ses coups d'épée, il sera maréchal de Romanie, seigneur des villes de Trajanople, de Macra, et de l'abbaye de Véra. Il dirigera l'admirable retraite d'Andrinople à Rodosto, aura successivement la confiance des deux empereurs Baudouin et Henri, négociera leur réconcihation avec leur rival et son ancien seigneur Boniface, devenu roi de Thessalonique, amènera à Henri sa fiancée, la fille de Boniface, et verra joindre à ses fiefs la ville de Messinople (1207). Il continuera à les défendre, à la pointe de l'épée, contenant ses soldats avec le sang-froid éprouvé qui lui fait faire face au péril, sans diminuer sa joie d'y échapper, ou les enlevant d'un mot héroique comme celui que lui prête Henri de Valenciennes : « Ki por Diu morra en cette besoigne, s'ame {son âme) en ira toute llorie en Paradis ». rs'ous voyons par une lettre d'Innocent III qu'il vivait encore en 1212; mais il était mort en 1213, car, à cette date, son fils Erard porte le titre patrimonial de seigneur de Villehardouin. Dès le xiv<= siècle, sa descendance dii-ecte s'éteignit et bientôt aussi celle de son neveu Geoffroy. Ce dernier, hardi compagnon, avait suivi les traces de son oncle, s'était conquis en Morée un fief princier et avait fait flotter la gothique bannière des Villehardouins sur ces tours féodales qui hérissent encore la vallée classique de

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