SA PREMIERE MANIERE
logucs, épitaphes, etc.); — les Hymnes, dont VHymne de France parut dès 1549 et fut la première publication de Ronsard; — des églogues ou bergeries, des mascarades et des élégies; — les quatre premiers livres de la Franciade, 1572; — le Bocage royal (où Bocage signifie Mélanges et traduit littéralement le latin Silvœ) ; — les Discours, au nombi^e de onze, publiés à partir de 1563; — les Sonnets à divers, et deux livres de Sonnets pour Hélène ; — un recueil, intitulé d'abord Poèmes, d'où se détachèrent, outre les églogues, élégies et mascarades, les Gayetez, épigrammes et épitaphes; — et enfin divers opuscules en prose, parmi lesquels V Abrégé d'art poétique cité plus haut, ses préfaces et les Discours moraux prononcés dans l'Académie de Henri III qui avait succédé à VAcadémie de poésie et de musique fondée par Baïf, sous la patronage de Charles IX.
Sa première manière : l'imitation de Pindare et d'Horace, d'Homère et de Virgile. — Trois inspirations différentes prédominent tour à tour dans les poésies de Ronsard et correspondent assez exactement à trois périodes de sa vie. D'abord au sortir de sa docte retraite, il rivalise avec Pindare et Homère; puis, favori de la cour, il s'en tient à l'imitation badine d'Anacréon, d'Horace et des petits lyriques; enfin ses débats avec les calvinistes, le déclin de l'âge et la faveur dictent au poète olympien des accents tout personnels.
L'érudition et le goût nous ont appris aujourd'hui que Pindare est inimitable; mais Ronsard a une excuse pour avoir tenté de l'imiter, c'est qu'il ne l'entendait pas et ne pouvait pas l'entendre. Médiocre helléniste, selon le témoignage de Binet, il ne put entrevoir les cimes de la poésie pindarique qu'à travers les brouillards de la traduction latine ; et certes, ni Dorât ni Baïf n'étaient capables de les lui dissiper. Pour se convaincre qu'il ne sent bien ni le mouvement ni la couleur du texte, il suffira de comparer le début de sa vingt-deuxième ode du livre premier et celui de la première Pythique de Pindare. Dans ses quatorze odes pindariques, il a beau distribuer ses couplets en strophes, antistrophes et épodes, s'imposer des difficultés rythmiques considérables, et les vaincre, il ne rend pas sensible à notre oreille le mérite delà difficulté vaincue et nous fait sourire par la puérilité de cette imitation, si ignorante au fond
des lois secrètes et de la flexibilité harmonieuse du modèle.
Comme on l'eût puni en lui prouvant que les alexandrins chétifs de Marot sur Cerisoles valaient mieux, à tout prendre, que ses laborieuses et immodestes strophes, antistrophes et épodes sur le même sujet! De ses odes pindariques, il en est une pourtant — la dixième du premier livre, celle à Michel de L'Hôpital, dite Ode sur les Muses — que les contemporains portaient aux nues et qui reste la plus lisible.
Il est juste de faire remarquer d'ailleurs et contrairement à l'opinion commune, qu'après cette tentative pour imiter les vers repliez de Pindare, Ronsard s'en tint le plus souvent, dans ses odes, à lïmitation d'Horace, bien qu'il eût commencé par mépriser à la fois ses conseils et les railleries de Rabelais contre ceux qui, pareils à l'écolier limousin, cuident pindariser . W avait déclaré fièrement que l'abeille de Mâtine
Estant fils d'un libertin Caffranchi) Easse et lente avait l'audace
c'est pourtant à une prudence analogue qu'il dut ses meilleures inspirations, et non, comme il le crut,
Pour avoir joint es deux harpeurs divins.
Il n'a pas joint davantage Virgile à Homère pour réaliser la prophétie de Dorât et devenir VHomère de la France, selon l'ambition de toute sa vie. Quelques imitations de VIliade et de VOdyssée, relevées par M. Gandar, ne sauraient prévaloir contre ce fait que le plan, les détails mêmes et quelques-uns des défauts de la Franciade, comme la multiplicité des épisodes, sont calqués sur VÉnéide. Ici encore, tout en sachant gré à Ronsard d'un respect pour Homère qui n'était pas commun de son temps, nous soupçonnons fort qu'il ne l'a vu, comme son précurseur Le Maire de Belges, qu'à travers le latin de Valla. Néanmoins il y a de beaux vers dans la Franciade, et même un passage du second livre, le duel de Francion et de Phovère, a quelques mâles beautés.
En somme, tout lecteur lettré des essais homériques et pindariques de Ronsard sera frappé de leur importance pour l'his-