SA LANGUE : SAVEUR GAULOISE
l'étang Toisin >. Son financier est * tout cousu d'or >, Ailleurs Junon compare la queue du paon à la * boutique d'un lapidaire >. Lorsqu'il représente son amoureux entre deux veuves, t l'une encore verte, et l'autre un peu bien mûre >, il dit tout bourgeoisement qu'il < lire sur le grxson >, mais qu'il t a du comptant, et partant de quoi choisir ». Dans tel autre passage, il montre la goutte • plantant le piquet * sur l'orteil d'un pauvre diable, tandis que l'araignée < se campe sur un lambris, comme si de ces lieux elle eiit fait bail à vie t. Bref, son vers abonde en expressions narquoises qui lui échappent, même quand l'occasionj semble l'inviter h la gravité, par exemple lorsqu'il traduit ainsi le beau vers de Lucrèce : Cur non ut plenus vitœ, contiitia reteàh?
Je voudrais qu'a cet Sge
On sortit de la vie ainsi que d'un lunqiiet. Remerciant son hdte, et qu'on fit ion paquet.
A plus forte raison a-t-il tout un glossaire de formes archaïques où se conserve le goût du terroir et la marque du bon vieux temps, entre autres ckartres, déduit, boquillon, drille, iiesie, ehevance, lippée. Plus d'un oublié, plus d'un trépassé trouve ainsi dans ses fables un accueil hospitalier ; en dépit des puristes et des précieux, il ressuscite, en j introduisant, comme à l'Académie, des mots de sa connaissance, cette langue pittoresque, incisive, véhémente, Une ou gracieuse que Fénelon voulait restaurer, et que La Bruyère jugea digne d'une oraison funèbre. 11 invente au besoin des épithètes homériques : < Le chat Grippe-Fromage, Ronge-Maille le rat, le milan Porle-Sonnette >. 11 agrandit les choses par d'éloquentes hyperboles; d'un richard il dit qu'il < pleut dans son escarcelle > ; des pèlerins alléchés par la vue d'une huitre, i qu'ils l'avalent des yeux >. Ailleurs c'est i le louper du croquant qui s'envole >. 11 montre Perreltc c quittant d'un œil marri sa fortune ainsi répandue ». En un mot, partout le trait qui porte, l'image qui saute aux yeux. Hais comment résumer en quelques pages les mérites de ce style inventif, dont le caractère dominant est avant tout l'inspiration rencontrant le trait définitif, le plus vrai, le plus simple, celui qui égale toujours le mot à l'idée, k la sensation et au
sentimentî Pour abréger, bornons-nous h dire qu'en lisant
La Fontaine, on croit l'entendre causer.
Son rythme) sa prosodie. — Oui, l'homme fait oublier l'écrivain, tant sont libres et naïves les évolutions d'un esprit assez mobile, assez délié pour associer, presque au même instant, la noblesse et la familiarité, la malice et l'attend ri s sèment, l'ironie et l'enthousiasme. En voici un exemple :
C'est du séjour des dieux que les abeilles viennent. Les premières, dit-on, s'en ailèreul loger
Au mont Hymelte, et se gorger Des trésors qu'en ces lieux les zéphyrs entretiennent. Quand on eut du palais de ces filles du ciel Enlevé l'ambroisie en leurs chambres encloses.
Ou, pour dire en français la chose,
Api'Ès que les ruches sans miel N'eurent plus que la cire, on fil mainte bougie.
(Livre IX, fable m.)
Aux contrastes de cette voix qui monte, baisse, s'infléchit, se brise, éclate ou s'atténue selon l'à-propos qui en varie les accents, il fallait une prosodie nouvelle, affranchie, non de ces lois intimes qui sont la véritable beauté du vers, mais de Ces règles facultatives qui ne sauraient indistinctement s'imposer k tous les genres. La Fontaine le sentit; et voilà pourquoi, par une audace à la fois savante et instinctive, il improvisa son rylhme comme son dictionnaire, mais sans fracas ni bruyante préface '. Car il ne prétendait point au périlleux honneur d'être un chef d'école; il ne songeait qu'à se mettre à l'aise dans le modeste domaine que n'avaient point encore régenté les aristarques. Profitant donc des franchises que lui valait l'obscurité provisoire de la fable, il put, sans craindre la férule, se donner toutes les heureuses licences dont il avait besoin. Pour plier sa facture aux exigences des motifs les plus divers, que de combinaisons ingénieuses et imprévues! Au lieu de s'assujettir à la rigide monotonie de l'alexandrin qui eût compromis l'agilité de sa démarche, il entremêle les mesures et les rimes, de manière à reproduire tous les mouvements inlérieurs, par celte har-
XV/l'ilMe, ch. 111 (Parie, Hachette, 1893).'
SON bïthme; sa prosodie : lenteurs de la lime. 239 moaie naturelle qui établit un accord parfait eatre les idées et les mots, les émotions et l'allure de la phrase, entre le fond et la forme. De là, l'élasticité de ces vers qui s'allongent ou se raccourcissent, courent ou s'attardent, se groupent ou se divisent, se coupent ou s'enchaînent, suivant les nécessités d'une logique délicate qui détermine les ondulations de la période ou plutôt de la strophe, comme les accidents d'un terrain décident de la penle et du cours sinueux d'un fleuve. De l'ensemble et des détails résulte toujours une convenance suprême qui captive l'oreille, en même temps qu'elle maîtrise l'intelligence. Il faudrait commenter ceci par des citations '; mais, faute d'espace, répétons du moins que ces miracles de dextérité ne sont point des recettes enseignées par un docteur. Car chez La Fontaine, l'exécution ne se distingue jamais de la conception : on dirait l'union de Y&me et du corps. S'il a, chemin faisant, des distractions qui font fuir et dévier sa pensée, si son vers, qui coule comme un ruisseau, s'égare quelquefois et semble sommeiller, cela même devient chez lui trait de caractère et grâce piquante.
I,'«rU«t«p>Ueat. Les loiil«ara d« la Haie. — Aussi seraiton tenté de croire, & première vue, que cette perfection est chez
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