‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 100 sur 244 · LE DISCIPLE DHORACE : SA LANGUE · texte numérisé non relu

LE DISCIPLE DHORACE : SA LANGUE

vère malin, lout imbu de l'esprit d'où naquirent les fabliaux, il en a re^u l'héritage plus directement que Marot lui-même. Le signe en est un tour d'imagination preste et leste, un vers alerte et souple, l'art d'effleurer les ridicules innocemment et sans éclat, cette délicatesse qui 'atténue toutes les sensations, ce coloris discret qui se joue parmi les nuances, ce sourire qui lutine autour des objets et laisse deviner au lecteur la fmesse d'une arrière -pensée comique, enfln ce don merveilleux de philosopher à la dérobée, sous forme de badinage, du coin de l'œil, avec bonne humeur et sans intention méchante.

S« laMgne t saveur gsololtie, franchise populaire, expressive fftialliarIM. — Cette parenté se trahit dans La langue même qu'il emploie. Car sa verte saveur rappelle Villon, Rabelais et Régnier, non sans tempéi'er pourtant, la crudité de leur franchise. Mais, en s'accommodant è. la politesse contemporaine, les termes dont il se sert gardent l'accent de leur origine : tout voisins de la source d'où ils jaillirent, ils ont une physionomie indigène où se manifestent les instincts qui les avaient jadis suscités spontanément. Ils sont si vivants, qu'ils semblent éclos, à l'heure même, sur les lèvres du poète, et produits pour la première fois par l'impression ou le contact de la réalité présente. De là vient qu'au lieu d'avoir la sécheresse des chiffres, ou d'être une monnaie usée par la circulation, ils parlent aui yeux par les images les plus saillantes. C'est que La Fontaine ne recule jamais devant ce mot propre qui donne aux choses tout leur relief. Est-il question d'un marchand, il n'hésite point à nommer ■ les facteurs, les associés, les ballots et le fret > ; il ne déguise pas sous des périphrases la vente t du tabac, du sucre, de la porcelaine et de la cannelle • . Met-il en scène un singe qui s'amuse à faire des ricochets avec les fouis de son maître, il entre dans le détail du trésor, appelle chaque pièce par son titre, énumère les ( pistoles, les doublons, les jacobus, les ducalons et les nobles à la rose >. Au lieu de voiler par des circonlocutions les objets que dédaignaient alors les gens de cour, il dit bravement : ■ une bique, un loquet, un cotillon, un jupon > ; il peint i le tripotage des mères et des nourrissons > ; il nous fait entendre les * pétarades * du cheval; il ne craint pas même l'odeur du fumier :

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el risque le vocabulaire TÎUageois sans le moindre scrupule de fausse noblesse. C'est ainsi qu'il écrit encore :

Ailleurs nous rencontrons hère, goujat, i-acaille, etc. Mais le français de Paris, celui de la cour, et le plus fin, associe chez lui ses délicatesses aux naïvetés locales et k la rusticité expressive des dialectes provinciaux. Le ton familier de cet idiome populaire que Malherbe, aussi lui, prisait fort, agrée tellement à son humeur, que cette -habitude le suit parfois jusque dans les rencontres oii le sujet comporte un lour plus relevé. Voyez comme il fait la leçon à ses princes, i qui vont s'échauder en des provinces, pour le profit de quelque roi •. Eût-il affaire h un de ces dieux dont il rajeunit l'antiquité, à Borée, par exemple, il dira sans façon :

Notre souffleur à gage S'enfle comme un twHon, le de démon.

Du reste les dieux mythologiques de ce poète si naïvement païen sont tous très vivants. 11 prend avec eux d'amusantes libertés. 11 les a réduits aux proportions de sa fable, et s'est fait t un petit Olympe qui ressemble plus à une laupinée qu'à une montagne >. Ils sont devenus gaulois, débonnaires, bons vivants. Jupiter s'y transforme en Jupin, mais sans malséante intention de parodie. L'Aurore « au voile de safran, aux doigts de rose », apparait encore sur t le thym et la rosée; mais c'est Jannot Lapin qui lui fait la cour ■. Atropos elffeptune recueillent des droits de péage sur les vaisseaux marchands. Les Amours t volent en bande, délogent ou reviennent au colombier ». Les grenouilles vont coasser dans le Slyx après leur mort.

De là procèdent encore les proverbes et les métaphores plébéiennes dont il foisonne. Ses rais ne trouvent à manger • que le quart de leur eoûl >. Son cormoran < foruie sa cuisine sur

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