‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 103 sur 244 · XI · texte numérisé non relu

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lui vertu native. Sans doute il posséda, par privilège, ce je ne sais quoi qui est le principal en poésie; mais on se tromperait fort en supposant qu'il ne connut point le travail. Ne confesset-il pas, en tête de Pysché, que la prose lui coûte autant que tes vent Dans une de ses dernières pièces, adressées au duc de Bourgogne, il se plaint de fabriquer à fttree de temps ces œuvres qui ne dénoncent aucun elfort. On a retrouvé sa première ébauche de la fable intitulée le Renard, les Mouches et le Hérisson; or les deoï textes n'ont de commun que deux vers. Si on lui compare Ésope, Phèdre ou Pilpay traitant les mêmes sujets, on voit que ses moindres changements recouvrent un calcul, et obéissent b. des principes. Très défiant de lui-même et des inégalités de la verve, il chargeait ses manuscrits de ratures, et ne se tassait pas de les recopier, toujours avec de nouvelles corrections. It est donc certain qu'il appartient à l'école de la longue patience, comme Racine et Boileau, et qu'on se tromperait du tout au tout en répétant avec Lebrun-Pindare :

Il ignore la froide lime D'un travail long et médité.

Hais ces lenteurs de la lime ne se devinent point, car elles se dérobent sous un air d'abandon qui est cette grdce dont il a dit :

Et la grice plus belle encor que la beauté.

1! semble même qu'il n'y ait pas pour lui de distance ou d'intervalle enU'e le rêve et l'image qui le lixe. A lui aussi s'applique le vers de Régnier sur lui-même ;

Les nonchalances sont ses plus grands artifices.

C'est comme l'involontaire épanchement d'un génie qui s'ignore. Nous en conclurons que le goût le plus exquis ramène les meilleurs à rinTaillible sûreté de l'instinct. Chez La Fontaine, l'art n'est que la nature prise sur le fait. VoiU ce qui lui assure la gloire d'être à jamais, avec Molière, le plus populaire de nos grands poètes, et le plus grand de nos poètes populaires.

La nior»le de l'espérienre. SKiease Impartial» et lol^ rante. — S'il a mérité ce rang que nul ne lui conteste ou ne

LA. MORALE DE L'EXI-ERIENCE. 2*1

lui dispute, c'est que sa fable n'a pas seulement l'attrait du récit, mais l'intérêt d'une ample comédie qui nows apprend à noua mieux connaître, nous et nos semblables. Dans le couleur . il y a donc un observateur qui nous Instruit en nous charmant. Moraliste dramatique et non dogmatique, moins soucieux de guérir les i-idicules et de les attaquer avec des bras d'Hercule, que de les peindre pour son plaisir et pour le nAtrc, La Fontaine n'est ni un médecin qui propose des remèdes, ni un mentor qui prétend nous servir de guide. Aussi ne réserve-t-ll point un poste d'honneur au précepte et à la maxime. L'un et l'autre ont l'air de n'intervenir qu'accidentellement, si l'occasion s'eu présente. En mainte rencontre, la leçon reste à l'état latent, et circule sourdement dans l'action d'où la dégage un lecteur avisé : ou bien, lorsqu'elle est exprimée, ce n'est plus d'une façon impersonnelle; mais elle se transforme en un tour éloquent, et devient une émotion soudaine. C'est alors tantdt un regret, tantôt un souhait, ailleurs un cri de l'âme ou un simple sourire, presque toujours uij de ces mouvements spontanés qui partent de nous à notre insu. Il advient même qu'avouant son embarras, le narrateur dit Ingénument :

Quelle morale puis-je inférer de ce faitf Sans cela, toute fable est un ceuvre impartait. J'en crois voir quelques traits, mais leur ombre m'abuse. (Livre XII, Table u.)

Et pourtant, bien que La Fontaine n'ait point l'intention de nous édifier ou de nous instruire, ses apologues offrent réponse & toute question, petite ou grande et, comme le remarque Saint-Marc Girardin, on peut en tirer à volonté une moralité familière et médiocre, ou élevée et généreuse : tout dépend du questionneur. Seulement ne lui demandons que la science da la vie, c'est-à-dire la bonne foi d'une expérience impartiale qui, sans condamner et sans absoudre nos travers, les représente fidèlement, ne conseille guère que la prudence, et réduit pour nous la sagesse à n'être ni dupeurs ni dupés. Ce n'est pas que La Fontaine ait le parti pris de La Rochefoucauld, et se plaise à découvrir, jusque dans nos vertus, des instincts égoïstes pul' lulant comme des animalcules dans une goutte d'eau vue au Atddis i.irriRAiHtSi a. — IB

microscope. Ce pessiinisme serait tout à Tait contraire k son tempérament. Hais il n'a pas non plus l'optimisme qui s'aveugle ; car sa clairvoyance égale sa sincérité. Aussi ne nous cachet-il pas qu'il arrive souvent aux faibles d'être opprimés sans espoir de revanche, aux moutons d'être croqués par les loups, et aux battus de payer l'amende. C'est, en général, aux renards qu'il donne les rôles avantageux; si le tour est bien Joué, il semble même oublier le guet-a^ens, et ne plaint pas trop les victimes. Que de vérités amërcs ne pourrait-on pas recueillir ici, chemin faisant!

Voilà le train du monde et de ans sectateurs. On s'y sert du bienfait contre les bieuraiteura....

(Livre I, fable m.) Le fabricateur souverain Nous créa besaciers tous de m^mc manière. Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui : Il Bt pour nos défauts la poche de derrlËre, Et celle de devant pour les défauts d'autrui....

(Livre I, fable vu.) — Chacun tourne en réalité.

Autant qu'il peut, ses propres songes ; L'homme est de glace aux vérités, 11 est de feu pour les meusonges.

(Livre IX, fable vi.)

Ailleurs, après avoir mis en scène une chauve-souris qui dit tantôt :

n'ajoule-l-il point :

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