‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 114 sur 244 · LA SATIRE EN FRANCE AVANT BOILEAU · texte numérisé non relu

LA SATIRE EN FRANCE AVANT BOILEAU

iavoloDtaires d'un homme passionné qui s'échauffe en causant, et aboDde alors en comparaisons expressives ou en métaphores heureuses, dont les hardiesses rendent la pensée palpable et visible. Par ce tour d'imagiDation, il est le Montai^e ou le Honluc de notre poésie. Par sa force comique, il laisse pressentir Molière. Hais, outre qu'il fut un moraliste sans morale, la furie endiablée de sa diction admet trop d'aventures et de hasards.

N'oublions pas dans ce dénombrement, tout rapide qu'il est, la Satire Ménippée, qui couvrit les ligueurs de ridicule, acheva le triomphe moral d'Henri IV, et fut, suivant le mot de C. Labitle, une bataille d'tmry data l'ordre des intelligences. Notons encore, & l'honneur du genre, à travers son histoire en France : Vaoquelin de la Fresnaie, grand imitateur des maîtres italien» du genre, comme Hegnier; les Promttcialet; certaines fables de La Fontaine; La Bruyère; les Lettre* perianes; les contes de Voltaire; les mémoires de Beaumarchais; les ïambes d'André ChéQÎer;les satires de son frère Marie-Joseph; celles de Gilbert; les diatribes de Barthélémy; les ïambes d'Auguste Barbier; et les Cfidtiments de Victor Hugo.

Bollean et l'École de U ralaon, n m anbl rinaneHce die DesrartcBÉ 1.'Aertt hnrlenqne, iSTt. L'«rt et ■• adeMce. — Mais, entre tous, Régnier fut, dans notre littérature, le principal devancier de Boileau, qui lui dut, n'en doutons pas, de fortes impressions, comme en témoignent les éloges qu'il lui donna plusieurs fois, tout en les tempérant par trop de réserves. Pourtant, s'il admira ce précurseur, on ne saurait l'appeler son disciple ; car entre eux il y a la distance de deux écoles rivales, l'une qui relève de Ronsard, l'autre qui continue Malherbe, celle qui s'essaie h faire aller de pair la sensibilité, l'imagination et la raison, et celle qui, se déliant du caprice comme d'un piège, ne prend guère conseil que de la raison.

Ce dernier mot nous avertit qu'après avoir été trop longtemps un jeu et un art d'agrément, la poésie allait devenir avec Boileau l'interprète de la vérités S'il y contribua plus que tout autre, il en partage l'honneur avec Descartes et Pascal, dont l'influence est notable dans ses œuvres. Oui, en un temps oiî le cartésianisme était la lumière des intelligences les plus

libres, Boileau fut un de ses zélés partisans, et l'esprit du Diteoun de la méthode anime la conscience même d'un boonèle homme, qui ne cessa jamais de justifier cette profession de foi :

Avant donc que d'écrire, apprenez i. penser.

N'oublions pas qu'en 1671 la philosophie do Desc&rtes était menacée d'une proscription solennelle, lorsque l'Arrêt burl&que de Despréaux empêcha le Parlement el l'Université, coupables déjà de tant de sottises, d'en commettre une autre encore. Plus tard il traitera l'art comme une science, car il demandera au poète des qualités qui conviennent aussi au savant, la patience, l'exactitude, la clarté, la justesse et, par-dessus tout, le bon Sens, c'est-à-dire la faculté qui va droit aux idées, même eo courant le risque d'être trop indifférente à l'imagination ou k la sensibilité. De là tant de vers qui en appellent à la raison, au bon sens, et leur subordonnent délibérément la sensibilité et l'imagination :

Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime.... Aimez donc la raison, que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre, et leurs prix....

La raUoH, pour raarclier, n'a Bouvent qu'une voie

Au mépris du bon sens, le burlesque elTroTitè

Trompa les yeux d'abord, ptut par la nouveauté....

h& raison outragée enfin ouvrit les yeui....

.11 faut, même en clianaons, du boit sens et de l'art..,.

Mais nous, que la raison k ses régies engage....

Mais la scène demande une eiacte raison....

Que l'action marchant où la raison la guide

Ne se perde jamais dans une scÈne vide,.,.

Aui dépens du bon sens garder de plaisanter..,.

J'aime sur le théâtre un agréable auteur,

Qui, sans se diffamer aux jeui du spectateur.

Plaît par la raison seule, et jamais ne la choque....

Et sa faible raison, de clarté dépourvue,

Pense que rien n'échappe à sa débile vue....

El, souple à la raison, corrigez sans murmure....

Avant que la raison, s'expllquant par. la voix,

Eitt instruit les humains, eût enseigné les lois.

Inflaenee de Paacal mut BoUeaa. — Indépeadamce 4e f«rtiMe. — Les édilloNs des Satires, 186S1-SSB. — A Ce rationalisme liltcraii'e s'ajoute l'action profonde que les Provinciale):

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