‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 115 sur 244 · LES SATIRES : INFLUENCE DE PASCAL · texte numérisé non relu

LES SATIRES : INFLUENCE DE PASCAL

dureot exercer sur le caractère et le talent de Boileau. ChrétieD gallican, un peu janséniste, sans toutefois être sombre, ami d'Ârnauld et de Lamoignon, il ét&it en plein, par son lempérament et son éducation, dans le courant qui dérive des Petites Letlrei. Il en goûtait au vif non seulement la foi fervente et les tendances théologiques, maïs le lour plaisant, la dialectique piquante et la sobriété virile. Aussi Voltaire ne s'est-il pas trompé en disanl : • Pascal fut le premier des satiriques français, car Despréaux n'est que le second ». L'enjoûment du Lutrin n'est souvent qu'un souvenir des Provinciales, et il faut voir dans certaine lettre de Mme de Sévignè à sa fille (15 janvier 1690) la très comique scène où Botleau jelfe Pascal à la tête d'un jésuite son interlocuteur.

Avec les leçons des anciens et surtout d'Horace, tels furent les exemples et les doctrines qui contribuèrent à l'avènemenl d'un maître, dont la vocation se décida vers 1657, et qui dut à son patrimoine bien ménagé (30 000 livres) une indépendance t^ans laquelle il lui ent été malaisé de se vouer à la satire ; car bien des servitudes l'auraient encbainé si des embarras d'arf^nt l'avaient réduit k mendier use pension ou à subir un patronage onéreux.

Ses premiers essais furent composés vers 1660, à l'Sge de vingt-quatre ans. Hais durant six années il se contenta de les lire ài ses amis et de les faire circuler, sous le manteau, dans quelques cercles privilégiés. De nombreuses copies, plus ou moins fidèles, répandirent peu à peu son nom, jusqu'au jour où il résolut de publier, en 1666, une édition qui contenait sept satires et le Discours au Roi. Elle était précédée d'une préface qui rappelle par son ironie celle des Précieuses ridicules. Une deuxième édition suivit en 1667. Enfin, en 1668, les satires Vlll et IX vinrent s'y ajouter. 11 pouvait dès lors affronter k visage découvert les périls d'une célébrité qui lui avait fait beaucoup d'ennemis.

En passant une rapide revue des différentes pièces qui constituent son monument, nous les diviserons en trois gi-oupes, qui comprennent : le premier ses préludes, le second les satires morales, le troisième les satires littéraires.

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rélBdes. Le pmHc de la CIW. — Dans ses débuts au vif l'auteur de profession, l'arbitre de la Cité, s'injuge des illustres qu'étalaient en vente ses voisins les de la Galerie du Palais. C'est bien le jeune homme oisin de la Basoche, occupé à railler les sots, à peindre isques de son quartier, à nommer tout haut les masques onnaissance. H n'aborde l'homme et la vie, ni par le it comme Racine, ni par l'observation philosophique La Fontaine et Molière, mais en littérateur agréable, versitlcation habile, exacte et scrupuleuse, a souci ler avec élégance certains détails particuliers au citadin 'imeur. Bien qu'il ait déjà le front sourcilleux, et une maturité précoce, il est pourtant le moins X des censeurs, et se montre à nous tel qu'il fut plus os son Hdtetlerie d'Auteuil, payant avec entrain de sa e, capable même d'espiègleries, pleiu de bons mots et ;hes reparties, parlant avec feu sur tout sujet qui lui cœur. « On devrait, disait-il, ordonner le vin de Chamceux qui n'ont pas d'esprit, comme on ordonne le lait h ceux qui n'ont pas de santé. Le premier de ces serait plus sûr que l'autre. * Dans le cercle de ses mortels amis, il fut le boute^u-train, celui qui causait h cœur joie : Racine s'observait davantage; Molière jlait; La Fontaine dormait quelquefois; et ne parlons ïhapelle, qui buvait toujours ou peu s'en faut. ; 1, 1 860. Jn vénal el Balle«i>. — Quelque inexpérience ibie dans sa première satire (te Départ du poète), imitacelle où Juvénal met en scène le philosophe Umbritius contre la corruption de Rome, qu'il va quitter avec

utemporain de Domitien avait le droit de maudire ainsi ies Césars; mais, au XVii» siècle, à l'aurore d'un grand n comprend mal les anathèmes infligés à Paris. On ne re qu'une réminiscence classique et un exercice d'école tte colère d'emprunt que Boileati prête au traducteur

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de la Rhétorique d'Arîstolc, & un nommé Cassandre, qu'il déguise sous le pseudonyme de Damon. 11 est vrai que dès lors sa vocation de critique se dessine, et que la satire morale tourne heureusement en une satire littéraire sur la misère où Paris laisse les gens de letlres. Quant au rôle du poète misérable et méconnu, il en affuble le gras et joyeux Saint-Amand, ce qui ne sied guère au personnage. Bien que la tirade paraisse longue et un peu confuse, elle étincelle de traits heureux qui font flèche dans la mémoire. On augure bien des promesses qu'implique ce vers :

J'appelle un chat un chat, et Rollet ud fripon.

Satire VI, i^eo. Parla eonpc-Barce. — A la même pièce appartenait d'ahord la VI° satire, où le poète décrit les Embœras de Paris. Bien que poussé au noir, le tableau n'en a pas moins l'exactitude d'un document historique; et le peintre ne calomnie point une ville ou il n'y avait alors ni propreté ni sécurité. 11 y eut donc lieu d'appeler la vigilance de Colbert sur des inconvénients qui compromettaient la santé ou la vie des habitants. Au reste le ministre ne fit pas la sourde oreille. 11 confia à son oncle Pussort la direction d'un conseil de voirie. Cinq mille fanaux éclairèrent les rues, où l'on assassinait impunément, à la nuit close. Le lieutenant de police La Beynie organisa une garde permanente h pied et à cheval. Toutes ces réformes et beaucoup d'autres justifièrent des doléances dont Tà-propos égale le mérite pittoresque.

Satire III; 1A8S i Mes>ler cl Ballean. Le DIscanrs «■ R«l, 18SB- — Intitulée le Repas ridkuie, la satire 111 est une scène de comédie renouvelée d'un motif qu'avaient déjà traité Horace (1. 1, sat. Vlll) et Régnier (sat. X), l'un qui raconte un l'epas donné par un certain Nasidienus, l'autre qui rajeunit ce sujet, en y ajoutant une querelle littéraire terminée par un combat. Boileau les imite l'un et l'autre, sans les surpasser. 11 est même inférieur à Begnier, dont le pinceau a su rendre si vigoureusement la physionomie du pédant et le chamaillis de la bagarre qui clôt la discussion. A défaut de ces ardentes couleurs, Despréanx a le dessin plus correct; il se distingue aussi dans l'art difQcile de dire les petites choses sans s'abaisser, et

de relever des mhiuties vulgaires par l'induslrie de sa facture. Signalons encore le Discours au Roi, première note, et, disons-le, un peu criarde, lancée par un courtisan novice dans le concert de louanges qui charma si longtemps les oreilles de Louis XIV. Ce panégyrique est du reste un prétexte aux épigrammes dont il crible de méchants auteurs. 11 se recommande surtout par un témoignage de sympathie donné h Molière et un encouragement au jeune prince qui, malgré son penchant fiecret, n'osait pas autoriser la représentation de Tartu/fe.

Les Bsllres ^oi-bIcb. Horace et B*ileaD, — L'ambiti«n de

Boileau fut d'être l'Horace français. Voilà pourquoi, ne se réduisant pas à la critique littéraire où il régnait souverainement, il tenta ces entreliens familiers où des sujets de morale sont traités par un observateur qui caractérise les travers passagers de ses contemporains ou tes faiblesses permanentes de la nature humaine. Pour y réussir, il faut de l'enjoûmenl, de la bonhomie, de la grâce, une ironie légère qui sourit même en grondant. Ce fut le génie d'Horace qui, toujours moraliste, même dans ses odes, insinue, sans régenter personne, tant de vérités enseignées par l'expérience, inspire le bon sens plus que l'héroïsme, parle volontiers à l'amour-propre le langage de l'intérêt bien entendu, juge les autres à sa mesure, ne nous propose jamais un idéal inaccessible, et rend toujours attrayantes les leçons de sa philosophie pratique. Or, il faut bien l'avouer, Boileau, plutôt spirituel que fin ou délicat, n'a pas étudié la vie assez directement : il disserte au lieu de causer; sa pensée est saine, son style correct, mais le charme fait défaut. Aussi ses satires morales ne nous semblent-elles pas les meilleures. Outre que certains sujets sont assez mesquins, elles toiiment facilement au lieu commun, ou du moins ne se distinguent que par l'exécution des détails et la vivacité de certains portraits.

Satire IV, 1 864. — C'est ce dernier mérite qui recommande la satire IV, adressée à l'abbé Le Vayer, Elle a pour sujet l'idée

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