LE THÉOLOGIEN
de Condé (1687) ; ce qui n'empêcha pas sa verte vieillesse d'édifler les religieuses de son diocèse par les Méditations siir rÊeangile et les ÉlévatiOTis sur les myslires. Gardien de l'immuable unité, il écrivait en même temps sa très docte HUtoire des variatioiu (1688), où, sous le théologien dont la passion est tempérée par les ménagements de la charité, on aime l'histoire scrupuleuse, le peintre aussi impartial que possible, qui réserve ^a véhémentes sévérités pour les doctrines, mais justifie ces paroles adressées à un adversaire : t Je sais honorer en vous, outre la nature qui nous est commune, le baptême de Jésus- Christ que vos erreurs n'ont point effacé ». Par la simplicité de l'exposition, l'enchaînement lumineux des Taits, l'entrain et l'éclat du style, il échauffe une matière en apparence aride. Cette poussière des systèmes usés par la dispute, il l'anime si bien, que leurs abstractions deviennent pour nous comme les personnages d'un drame, où se meuvent et revivent les passions de l'homme, ses vices, ses vertus, ses talents et son génie, représentés par l'impétuosité belliqueuse et bouffonne de Luther, la douceur tendre et résignée de Hélanchthon, la tristesse flegmatique et sombre de Calvin. Dans le fond de la scène s'entrevoient aussi les peuples et les rois emportés dans la carrière sanglante des persécutions, des révoltes et des guerres civiles. Tandis que son imagination évoque ces tières peintures, les polémistes les plus savants ou les plus subtils, les Burnet, les Basnage, les Jurieu, sont pressés par sa dialectique comme dans un défilé sans issue. Un tel docteur méritait bien d'être choisi pour un essai de réconciliation, le jour où Leibniz conçut le généreux dessein d'opérer un accord désirable entre des croyances trop longtemps ennemies. Si celte tentative ne réussit pas, si dans ce débat la supériorité du savoir demeure indécise, du moins peut-on s'autoriser de la grave autorité de M. Patin, pour conclure que < l'avantage de la franchise semble appartenir à Bossuet qui se montra tonjonrs aussi inflexible sur le dogme que facile sur la disciphne ..
Mais, dans la querelle du quiétisme, il allait subir les gênes d'une situation fausse : car il avait en face de lui une doctrine neuve et mystérieuse, un antagoniste insaisissable, qui eut
l'art de mettre une app&reate clarté, et le charme de ses vertus comme de ses talents, dans les plus aventureux rafOnem en ts de ses mystiques ambitions. Plaignons donc les disgr&ces.de Fénelon ; respectons sa candeur relative, sa constance- et l'humilité glorieuse de sou obéissance; mais ne reprochons pas à Bossuet d'avoir fait ce qu'il crut son devoir, en combattant un péril dissimulé par tant de séductions qui protègent encore aujourd'hui le vaincu.
L'hoBUHC et révèiMe. — Jusque parmi ces orages il conserva cette sérénité que son grand esprit trouvait dans sa hauteur : car, . s'il est quelque chose de supérieur encore à son génie, c'est son caractère, si éminemment sacerdotal, où la simplicité, la droiture, le bon sens et la mesure s'allièrent toujours aut ardeurs les plus vives des questions alors les plus brûlantes. Ses actes et ses discours se confondent; les uns ajoutent aux autres la force des esemples. Jamais il n'eut souci de l'éloge, ni de l'opinion. Éclairer, diriger les âmes, fut toute sa vie, et c'est de lui que l'on peut répéter ce que Féneloa disait de l'orateur idéal : < 11 ne se sert de la parole que pour la pensée, et de la pensée que pour la vérité et la vertu *. Dans cette éloquence si substantielle rayonne donc la beauté morale. L'homme vaut l'écrivain, et tous deux peuvent être, comme tout ce qui est voisin de la perfection, une matière inépuisable de contemplation féconde.
Aussi une brève notice ne peut-elle qu'effleurer un sujet si riche. Terminons en rappelant qu'en 1695 Bossuet fut élu conservateur des privilèges de l'Université dans une assemblée générale réunie sous la présidence de RoUin, alors recteur; et qu'en 1697, Louis XIV le nommait son conseiller d'État, seule dignité que ce grand homme ait paru désirer, et la dernière que lui conféra le souverain. Atteint de la pierre en {741, il rendit son àme à Dieu le 12 avril 1704. Il avait demandé, dans son testament, à être enterré aux pieds de ses prédécesseurs, dans l'église de Meaux. Ce vœu fut accompli. Le 14 novembre 1654, on a retrouvé sa tombe, et ouvert son cercueil. Après un siècle et demi, on put reconnaître ses traits. Plus inaltérable encore aux injures du temps et aux révolutions du goût, sa gloire suscitera sans cesse des panégyristes convaincus, et