‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 126 sur 244 · LES SERMONS DEVANT LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

LES SERMONS DEVANT LA CRITIQUE

d'Amyot, rajeunissaient saint François de Sales, mutilaient Corneille, et faisaient toilette à Mme de Sévigné. 11 eut au moins le courage de résister, même au risque d'un procès, à la sottise de son libraire qui lui reprochait sa conscience comme un < manque de discernement >, et à l'impertinence de t'abbé Maury, l'orateur à la mode, qui l'accusa de < ramasser le linge sale de Boasuet ». Auteur d'un assez éloquent Essai sur t'eloquence de la chaire, ce dernier aurait voulu qu'on fit ( des triages, des retranchements >, qu'on effaçât ce qu'il appelait • des tours incorrects, des négligences, des chutes >. 11 est vrai que plus tard, en 1810, le cardinal Maury, dans ses Ré/texions sw Us fermons de Bosstiet, (it tapage d'une admiration trop bruyante pour être sincère. Ce personnage connaissait l'art des palinodies.

Le« Beratow* et l« critique. BAparatlon lardlTe, — Dom Déforis a d'autant plus de droits h. notre gratitude qu'il ne fut point alors récompensé par la reconnaissance publique; car l'esprit du siècle n'était pas favorable auï maîtres de )a chaire. Les mondains accueillirent cette restitution avec froideur ou indifférence. Dans l'Église même, on craignit de faire tort k Bourdaloue, en applaudissant Bossuct. Des préventions s'élevèrent aussi contre un religieux suspect de Jansénisme, et dom Déforis fut même dénoncé comme hérétique devant l'assemblée du clergé. L'orlhodoxie littéraire, plus ombrageuse encore, jeta les hauts cris devant des audaces qui la scandalisaient. Le hon RoUin n'y reconsut pas c la pureté du goût >. Associant deux mots incompatibles, La Harpe déclara que < Bossuet était médiocre dans le sermon >. L'oracle ayant parlé, la foule s'inclina. D'Alembert seul vit clair, lorsqu'il admira dans ces « dessins heurtés et rapides les traits hardis d'une touche libre et flère, et la première sève de l'enthousiasme créaleur ». Mais le préjugé des prétendus connaisseurs fut si tenace et si contagieux — sans compter Dussaux qui, malgré son admiration classique pour les Oraieons funèbret, appelle les Sermons des matériaux informes, souvent infectés de la rouille d'un temps où l'éloquence était encore sauvage, et notre littérature à demi barbare—, que Chateaubriand lui-même, dans son Génie du Chrittianisme, compare les sermons de Bossuet à « ces fleuves dont

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l'eau est d'abord trouble et limoneuse, et qui oDt besoin. de s'éloigner de leur source pour devenir aussi limpides qu'ils sont profonds et majestueux >. Un retour d'opinion ne se produisit qu'en 1816, sous l'inlluence de la. révolution littéraire qui allait régénérer l'histoire et aifranchir la crilique. Or le signal de cette justice tardive vint d'abord de l'Université, t toujours si dévouée h la gloire de Bossuet, selon la remarque de H. Gandar, alors même qu'elle n'accepte pas toutes ses maximes >. Tandis que H. Villemaia prenait l'initiative de cette réparation, deux de ses disciples, HM. Patin et Saint- Marc Girardin, célébraient l'éloquence des sermons dans un concours où ils se partagèrent la couronne académique. Depuis lors, d'autres critiques, au premier rang desquels M. D. Nisard, ont fait ressortir & l'envi l'intérêt et tous les mérites littéraires des Sermons, sans épuiser le sujet, ni fatiguer la curiosité des lettrés.

Les sermons et l'érafitUn. L'abbé VailbmM ■■■ Flo^oet, Lacbat, Gandar. — La cause étant gagnée par les critiques littéraires, les savants pouvaient se mettre à l'œuvre pour confirmer la victoire par la restauration d'un texte auquel devaient s'appliquer les procédés d'une méthode scientifique. Telle avait été la prétention des éditeurs de Versailles ' ; mais, en dépit de leurs belles promesses, ils jetèrent à peine les yeux sur la minute originale. Reproduisant la version de dom Déforis, ils se bornèrent à donner des titres à quelques discours, à résumer les sommaires, à vérifier les renvois, et à émonder au bas des pages le luxe des variantes.

C'est seulement en 1851 que l'abbé Vaillant (Étude sur les sermons de Bossuel, d'après les manuscrits. Pion) essaya de faire pour Bossuet, dans sa thèse de doctorat, ce que M. P. Faugèrc venait d'accomplir pour Pascal, sous les auspices de H. Cousin. Il prouvait du moins qu'eu examinant de près les allusioas historiques, les formes du style et le caractère de l'écriture, on pouvait assigner une date à la plupart des sermons. Or n'esl-il pas fort intéressant de suivre ainsi, avec le cours des

1. 1.A9 ternes Xt-XVU des Œiicre^ comiditel de Bossuet, qui contieDaeat les sermons, les panégyriques ol les oraisons, ]i parée a Ssin^Salpfce, fut ta promi^re qui \

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années, )e développemeat d'un génie qui ne cessa pas de se renouveler et de tendre vers la perfecUonî Voilà ce que l'auteur de cette thèse se proposait de démontrer; mais il mourut à la peine. Les voies étant frayées, d'autres s'y engagèrent. Après les curieuses monographies de M. Floquet, parut en effet l'édition de H. Lâchât, qui reprit et acheva l'œuvre inaugurée par l'abbé Vaillant dans sa thèse. 11 sut restituer dans leur intégrité des sermons que Dcforis avait déligurés par sa manie de les fondre ensemble. 11 sépara ce qui était distinct, et rétablit à leur vraie place bien des interpolations maJenconlreuses. On peut dire qu'une vingtaine de discours lui doivent d'être lus pour la première fois. C'est un titre considérable; mais il s'est trompé en substituant l'ordre liturgique h Tordre chronologique, comme l'avait déjà fait dom Déforis, qu'il a traité si ingratement. Quant au texte, il a été revu d'assez près sur les originaux, mais non sans des erreurs qui rendent nécessaires de nouvelles corrections. Aussi était-il possible de l'épurer encore, et de combler bien des lacunes regrettables.

C'est ce qu'atteste le livre excellent où M. Gandar {Bossucl orateur) suit pas à pas l'abbé Bossuet dans les débuts de sa carrière, fixe la date de ses plus anciens sermons ou panégyriques, en détermine les occasions, et nous offre un modèle de cette critique exacte qui concilie le sentiment de l'art avec la philologie et l'histoire. En même temps il éditait, dans toute la rigueur du mot, les premiers sermons prêches soit à Metz et à Dijon, soit dans les. églises de Paris et à la chapelle du Louvre. Guidés par sa méthode, d'autres iront peut-être plus avant, mais ne le feront pas oublier; car son nom mérite de rester désormais gravé au bas de la statue de Bossuet.

Les cadres d« sa prédlcatloM. — Est-ce à dire que ce concours de doctes recherches ait éclairé tous les problèmes dont nous désirons ta solution? Nullement; et M. Brunetière a pu écrire, sans qu'on ait le droit de le démentir : • 11 n'y a pas un sermon de Bossuet dont on puisse véritablement répondre >. Par exemple, il est certain que son orthographe ne saurait être respectée; car elle échappe à toule règle, et sa bizarrerie déjoue toutes les lois de l'usage. Ainsi on lit dans le Sermon sur la toi de JKeu (1653-1656) : Uipocondriaque ; aspec;

foies; depanse; parètra; apraadre; nous coaessoos; vous n&vigez; cadance; toute à l'heure; les hommes ayans perdus les principes ; Je ne me rons pas l'étomac ; adrettemenl les faire céder au tcns et aux occurances présentes ; exemple, la sciance du monde; il nous a laissées les paroles, conséquances ; — dans celui Sur Féminente dignité des pauvres dans l'Église (1659) : pleindre; ausmosDe; atandens; tandre; mistérieuse ; etc.; — dans celui pour la Toussaint (iâ69) : contant; anchre; navige; atantions; corp; pront; etc.; — dans celui Pour le jour de Pâques (1684): compaigne; adjouttons; l'oigneau; gouttant; je croi ; progez ; panle ; panchant ; ureiment {vraiment) ; os desseîchez; squelette; décharnée, etc. '. Sa ponctuation était encore plus étrange.

A plus forte raison le choix ne saurait-il être infaillible parmi les variantes qui trahissent les hésitations successives de sa plume. La difticulté de l'éditeur se complique ici de l'habitude qu'avait Bossuet de ne jamais se recopier quand il exerçait des reprises sur d'anciens sermons. 11 inlercalait simplement dans un nouveau manuscrit cinq ou six feuillets de l'ancien. Quant à l'ordre chronologique, il comporte encore bien des incertitudes, puisqu'il résulte d'hypothèses fondées sur l'écriture, la teinte du papier ou de l'encre, les tours de style, les circonstances de temps, de lieux et de personnes, la doctrine, les allusions faites aux événements heureux ou malheureux, aux victoires, aux défaites, aux traités de paix, aux calamités publiques.

L'accord ne s'est pas même produit sur les cadres généraux des campagnes oratoires où figura Bossue!. Ainsi, l'on a singulièrement grossi la liste des Carêmes ou des Avents qu'il prêcha, dans les chaires de Paris, durant les années d'apostolat qui s'écoulèrent de 1659 k 1670. Pour ce qui est des Carêmes, l'abbé Vaillant lui en attribue six. Plus généreux encore, M. Floquet en imagina deux autres. Or MM, Gandar et Brunetière ont de bonnes raisons pour estimer qu'il en faut rabattre, et que, selon toute vraisemblance, Bossuet fut uniquement chargé de quatre Carêmes, parmi lesquels deux seulement

I (Puis, Hacbetta. ISSU), M. Rdbel-

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