BOSSUET PANÉGYRISTE
en dehors de laquelle les grandeur» terrestres ne sont qu'un pur néant.
A-MI «vite les «cnell* dn paaécTrIqne •fBelelt — Si
l'orajson funèbre eut ses détracteurs, c'est qu'on a souvent mis en doute son indépendance et sa sincérité. On lui reproche surtout de n'être qu'une louange officielle, qui, dédaigneuse des vertus roturières et vouée à la gloire des grands,' expose le prêtre à taire ou déguiser la vérité sous des flatteries indignes de son ministère. 11 est certain que ce danger est à craindre. On ne saurait le nier puisque Bossuet fut le premier à s'en défier. Quand il entra dans la carrière, ne disaiHl pas dans l'exorde de l'oraison dn père ^urgoing : ( Je vous avoue, chrétiens, que j'ai coutume de plaindre les prédicateurs lorsqu'ils font les panégyriques funèbres des princes.... Car la licence et l'anibition, compagnes [H^sque inséparables des grandes fortunes; car l'intérêt et l'injaslice, toujours mêlés trop avant dans les grandes affaires du monde, font qu'on chemine parmr Isa écuells ; et il arrive ordinairement que Dieu a si peu de piT{ dans de telles vies, qu'on a peine à y trouver quelques actiwg qui méritent d'être louées par ses ministres. i 11 rednitSsiti donc ces discours * oit l'on nepark qu'en tremblant, où il ftnt plutôt passer avec adresse que s'arrêter avec assurance, où la prudence et la discrétion tiennent toujours enconlrainie l'amour de ta vérité >. Parler ainsi, n'est-ce pas s'engager d'avance k ne jamais démentir celte dernière? Aussi, diaons-le très haut, toujours étranger aux intérêts et aux passions comme aux vanités de l'esprit, Bossuet, dans le détail des opinions particulières, a pu se méprendre avec les plus sages de sou temps , mais, tout en étant soucieux des bienséances, il ne cessa pas d'être, en face des puissants, l'orateur évangélique dont le premier devoir est de diriger les consciences; Là où d'antres se sèment épuisés en précautions, il raconte tes' faits, ou juge les acteurs avec une franchise aussi ferme que décente. Voilà ce qu'attestent les passes périlleuses qu'il sut, en mainte rencontre, franchir sans faiblesse. * Là où Bossuet a manqué, dit M. D. Nisard, c'est de l'humanité, non d'un homme en particulier. • Lui reprocherons- non s de n'avoir pas tout dit et que certains passages de ses oraisons funèbres masqiient somptueusement de ÉTDDES Ln-ctnAiREe. "■ — 34
tristes choses, comme les sépulcres blanchis dont parle TertullieD? C'est le cas de répéter avec BulTon : * Dans l'histoire, le silence mutile la vérité ; il ne l'offense pas dans l'éloge ». Voulait-on qu'il jouât dans la chaire, devant un cercueil, le rôle de l'avocat du diable, et ne lui suffisait-il pas de ne dire que la vérité, et d'être sincère, et- d'avoir le droit de s'écrier, dans l'oraison funèbre de la reine de France : < Nous ne donnons point de fausses louanges devant ces autels >? Quant au souci de convertir les âmes, il éclate dans toutes les parties de son discours, mais surtout en ses péroraisons, où sa charité fait pour ainsi dire des sommations instantes à ces auditeurs profanes qu'il veut ramener au pied de la Croix, confondus et repentants.
Aussi n'a-t-il trompé personne en disant de lui-même : '< Ce n'est p^s un ouvrage humain que je médite, je m'élève au-dessus de l'homme, pour faire trembler toute créature sous les jugeiqéibls de Dieu *.
De là, tant de fortes pensées, qui ont ici pour centre l'idée flLe de la mort dont les leçons retentissent parmi les oublis et les enchantements du monde. Hais cette tristesse religieuse n'exclut pas de son cœur une émotion sympathique aux intérêts des rois et des peuples, les éclats de l'enthousiasme, et les mouvements d'une sensibihté que passionne le spectacle des fortunes humaines : c Car ce contempteur de la grandeur et de ia gloire, selon ta judicieuse remarque de H. Patin, en est touché comme nous; il est homme en même temps qu'apâtre; aussi leur donne-t-il ses louanges et ses larmes. > Dans ses accents, nous reconnaissons bien l'ami du prince de Condé, l'admirateur de TurGnne, celui qui tombait évanoui en apprenant sa mort.
NanvesaMn 4e l'cr^Ban toBèbre ehex Beasnet. Canip«^. tloB, él'«catla>i st^le. — Sa supériorité ne paraîtra pas moins éminente si l'on ne considère que la perfection de son industrie oratoire. En effet quelle majestueuse économie dans la structure de ces plans dont les lignes se développent avec tant d'ampleur et de souplesse, sans jamais s'asservir à l'usage des divisions scolastiques I Qu'on lui compare, par exemple, M«scaron et Fiéchier, célébruit la mort de Turenne^ et divisant et subdivisant ienr vaste sujet; 4 Le héros, remarque ici M. Ville-
COMPOSITION ET STYLE DE SES ORAISONS FUNEBRES. 371 main, n'en paraissait pas plus grand, et les orateurs en sont moins naturels. * Bossu et est logicien, sans 4es procédés de la logique. C'est la différence de l'ordre et de l'arrangement. 11 est de ces grands esprits qui ne raisonnent que par les idées principales. Au lieu d'indiquer sa route par des procédés qui ne semblent qu'un secours fait pour la mémoire, il s'avance d'un pas libre et naturel, déploie les événements à mesure qu'ils se produisent, selon le degré de leur importance, et ne montre son héros que dans le cadre où l'histoire le découvre à son iotuition profonde. De l'ensemble ressort une physionomie vivante, qu'il éclaire des lumières de la foi : car tel est le foyer permanent d'une éloquence où le théologien et le poète ne font qu'un.
Panni ces merveilles d'une imagination qui se met toujours au service de la doctrine, et ne vise qu'à persuader ou à convaincre par un enseignement efficace, à peine a-l-on le loisir de remarquer les incomparables richesses d'une diction qui, égalant les mots aux choses, ne fait aucun effort pour s'élever au sublime, et sait redescendre au ton le plus familier, sans que sa simplicité vraiment auguste ait jamais l'air de déroger. Ne pouvant analyser ici tous les mérites originaux d'un écrivain qui n'a point une forme particulière, mais s'accommode k chaque sujet par une franchise ingénue, dont le trait dominant est la justesse autant que la grandeur, rappelons du moins que la moelle des deux antiquités nous semble être le fond même de sou style. Nourri des livres saints, dont les tours et les images sont devenus le mouvement naïf et l'involontaire essor de sa parole, son français si neuf, si plein et si substantiel découle directement du latin, qu'il pratiquait avec autant d'aisance que sa langue maternelle et dont il usait quotidiennement dans les disputes de l'école, dans les lettres adressées aux prélats étrangers, dans les notes dont il chargeait les marges de ses livres. Ainsi s'explique celte abondance de sève qui se fait sentir non seulement dans l'expression, mais dans la contexture de ses puissantes périodes, et la liaison de ses phrases. Ses latinismes n'ont rien d'accidentel; ils lui échappent spontanément : c'est son habitude intime et, pour ainsi dire, le geste naturel de son éloquence. Même quand il invente, pour mieux dire ce qu'il
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veut, c'est encore dans le sens de l'analogie, et en vertu de
l'hérédité latine. Aussi ses hardiesses ne sont-elles jamais des
témérités; elles obéissent & la logique de l'insUnct populaire, et
ces coups d'autorité s'acceptent comme des institutions nécos-
saires.
Mais il faut nous boraer : terminons notre élude par la revue rapide des noms que l'erreur du goût contemporain opposa, préféra même h. Bossuet. Bussy n'osait-il pas dire que l'oraison funèbre de Coudé < ne faisait honneur ni au mort, ni à l'orateur >, et Mme de Sévigné ne reproche-t-elle pas à Bossuet < le parallèle un peu violent » de Turenne et de Gondéî
Ses éMulc* RB «x-aeptième Mlèele. — Parler de ses rivaux, c'est continuer son éloge : car, sans les déprécier, nous n'hésitons plus entre son génie et les talents qui lui font cortège ; Fléchier par exempte, que distinguent — dans ses oraisons funèbres de la duchesse de Hontausier (1672), de la duchesse d'Aiguillon (1675), de Turenne (1676) — une composition adroite, un développement soutenu, l'élégance d'un style grave, la science d'une sjmétrie cadencée, une coquetterie ingénieuse, la noblesse, l'harmonie, la mesure, la discrétion, le Uni des nuances, parfois même la magnificence ; mais qui, ne s'ouhliant jamais, calcule ses moindres effets, combine toutes ses émotion!,, et ne nous offre que l'excellence d'un langage académique. Pour ce qui est de Mascaron, il eut ses journées triomphales, et nous ne lui refuserons pas ce que Mme de Sévigné appelait des * bouffées d'éloquence >. Accordons même que son oraison de Turenne (1679) fut, comme disait son admira- Irice, • une action pour t'immortaUté >. Mais il y eut trop d'intempérance dans sa verve marseillaise, et les écarts de soa goût compromettent trop souvent des beautés de premier ordre. Bourdaloue, non plus, ne soutient pas ta comparaison; et, malgré l'énergique simplicité d'une forme toute désintéressée, son panégyrique de Condé prononcé cinq semaines après celui de Bossuet et devant lui, n'est, suivant le mot de Féneton, que ( l'ouvrage d'un grand homme qui ne fut pas orateur >. Quant à Massiltoa, dont la prédication ouvrit avec tant d'éclat un Age , il dessine trop faiblement les caractères pour que 1 funèbre nous le montre tout entier. Cependant celle