‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 131 sur 244 · B08SUET · texte numérisé non relu

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des formes primiliïea de l'éloquence. Si rien n'est plus spontané que le culte des morts, si la reconnaissance superstitieuse des moindres peuplades élevait au rang des dieux les chefs ou les bienfaiteurs de la tribu la plus obscure, on ne s'étonnera pas de rencontrer chez des nations fameuses ces solennelles expressions d'une commune douleur. C'est ainsi que les livres saints nous font entendre la plainte de David pleurant le courage de Saûl et la beauté de Jonaihas. Jusque dans cette Egypte monotone oA les mœurs, les coutumes, l'immobiLté des castes, et, suivant l'ingénieuse expression de Villemain, < te muet langage ■ des hiéroglyphes semblaient t avoir établi l'empire du silence >, les privilèges d'une ombrageuse théocratie conféraient aux prêtres, à. en croire Diodore de'Sicile, le droit de soumettre les rois k un jugement posthume, et d'exalter ou de condammer leur mémoire derant une assemblée populaire,

C3ies les AlhéBlena, elle fat nn haiDHace de Teeonnaisa MUMX BMIonale. Son e*ractère démacratlqae. tàcKNdeBr et décadence da (enre. — A plus forte raison la Grèce républicaine ne pouvait-elle manquer de consacrer avec éclat les funérailles des citoyens dont elle voulait perpétuer les exemples. Chez les Athéniens surtout, dans une cité que gouvernait a souveraineté de la parole, ces hommages furent une sorte d'institution nationale. Au lendemain de la victoire ou de la défaite, on recueillait pieuscmeot les dépouilles de ceux qui venaient de succomber pour la défense de la patrie; puis, exposés durant trois jours à la vénération publique, et, le quatrième, ensevelis dans des cercueils de cyprès, ces glorieux restes étaient conduits au lieu de la sépulture sur àes chars qui portaient chacun le nom du dème auquel appartenaient les morts. Nul dévoûmcnt ne demeurait sans honneur; car en ce cortège un cénotaphe représentait les combattants dont les corps étaient restés au pouvoir de l'ennemi. C'est alors qu'un orateur choisi par le peuple, ou désigné par les magistrats, prononçait l'éloge commun des victimes, et animait les vivants soit h. venger leur trépas, soit k soutenir leur renommée par l'émulation des mêmes vertus.

Au sein d'une démocratie jalouse, où le patriotisme fut d'ailleurs le plus naturel des devoirs, ces louanges ne publiaient

OMGINES DE L'OBAISON FUNÈBRE : A ATHÈNES. 361 donc point lea mémorables actions d'un grand homme : elles s'adressaient à la foule des humbles soldats qui s'étaient sacrifiés à une cause généreuse. Le génie d'Athènes remplissait seul un panégyrique anonyme et collectif, qui associait aux lanncs des familles l'enthousiasme dont la fierté respire dans les Penei d'Eschyle < cet Homère de la Grèce historique *, commo l'appelle Villemain. Tels furent tes honneurs décernés aux héros de Uaralhon, de Salamine et de Platée. De ces monuments, le plus antique est celui que nous fait admirer Périclës pariant ainsi des guerriers qui avaient péri dans un combat contre Samos : < Ces hommes sont devenus immortels comme les dieux eux-mêmes ; car nous ne voyons pas les dieux en réalité, mais par le culte qu'où leur rend et les biens dont ils jouissent, nous jugeons qu'ils sont immortels. Or les mêmes signes existent dans ceux qui meurent pour leur pays. > Hais à partir du jour où des conflits fratricides éclatèrent entre les cités, ces pompes traditionnelles devinrent moins imposantes, et finirent même par dégénérer en un cérémonial où les hommes d'État, se trouvant à l'étroit, s'étudiaient à éluder par des digressions politiques les lieux communs d'une rhétorique vulgaire. Thucydide nous en offre un exemple lorsqu'aux débuts de la guerre du Péloponèse, après le premier sang versé, il prêle h Périclës les virils accents de- cette harangue où, faisant un tableau r^ide et embelli d'Athènes, de ses lois, de ses fêtes et de ses mœurs sociables, il oppose cet idéal à la rudesse inhospitalière et à ta sombre discipline de l'oligarchie lacédémonienne. Au milieu de ces détours où se complut un auditoire amoureux de lui-même, il se montre plus soucieux de lui plaire par de flatteurs encouragements, que fidèle au pathétique simple et touchant d'une oraison funèbre. Est-ce dans cette circonstance que Périclès prononça ses mots qu'on lui attribue : ( L'année a perdu son printemps > î On l'ignore. Toujours est-il que Thucydide n'a pas cru devoir reproduire ce trait et que dans l'éloquente mais mile harangue qu'il prête à Périclès, on ne voit plus où celte image élégiaque eût pu se placer. Périclès revient pourtant au ton pathétique de l'oraison funèbre avec une austère sobriété dans la péroraison où son stoïcisme exige des Athéniennes l'impassible résignation des mères Spartiates.

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La déc&dence de l'esprit civique devait entraîner celle d'une éloquence dont il est l'Ame. 11 convient cependant de signaler encore, parmi les modèles dignes d'échapper à l'oubli, ce discours où Ljsias appelait la gratitude de ses concitoyens sur les familles décimées par la guerre, dans la ligue qu'Athènes, Corinthe et Thèbes avaient formée contre le joug de Sparte, c Nous n'avons, disait-il, qu'un moyen d'acquitter notre dette : c'est d'honorer les pères des morts, comme enz-mémes l'auraient fait, de chérir leurs enfants, comme s'ils étaient les nôtres, et d'assurer h. leurs femmes la protection qu'elles eussent trouvée dans leurs épouK. II faut regarder comme fortunés ceux qui, bravant le plus noble des périls, ont terminé leur vie sans s'exposer aux caprices de la fortune, et, loin d'attendre la volonté de la mort, ont choisi de leur plein gré la fin la plus glorieuse. Poar moi, j'envie leur trépas; car j'estime que la naissance est un bien pour ceux-là seulement qui, délivrés de ce corps périssable, nous lèguent par leurs vertus un éternel souvenir, i

Si, dans ce genre qui commençait k s'épuiser, Démosthène ne nous a laissé que des fragments dont l'authenticité parut contestable aux anciens eux-mêmes, c'est que son génie militant préférait la lutte au panégyrique. Il ne possédait tontes ses ressources que dans les occasions oi il avait un ennemi h vaincre et un adversaire à persuader. Quoi qu'il en soit, il aurait su pourtant se plier aux formes de la louange, s'il est vrai, ce qui est fort douteux d'ailleurs, qu'on puisse lui attribuer ce passage où il aurait dit, à propos des morts de Chéronée : < Ceux qui tombent sur le champ de bataille ne sont pas compris dans la défaite; tous, ils participent également àla victoire>. Poar compléter cette esquisse, mentionnons l'éloquent Hypéride : car, dans les suprêmes convulsions de la Grèce agonissante, quinEeans après Chéronnée, il brava l'èpée brutale d'Antipater, par l'intrépidité d'une parole qui consacra la dernière libation du sang répandu vainement pour l'indépendance d'Athènes. Il n'assista pas dn moins aux hontes de la servitude. N'ent-il pas, comme Démosthène, la gloire de périr avec la liberléT

L'él*(e fanèhre ft R*itt«. Son caractère «rlil» wtlq«e, Soa r*le soM IVmpIre. — A Borne, nous retrouvons l'oraisoa funèbre (lavdatio) ; mais au Ueu de paraître une sorte de cou-

l'oraison funèbre a ROME. ,163

ronne déposée par la Patrie sur la tombe des flis qu'elle décorait d'un triomphe, elle ne cessa pas d'être une prérogative que les patricieus se réservèrent, avec le droit d'être ensevelis dans un linceul de pourpre. Si dons l'origine le peuple fut convoqué sur le Fonim pour entendre l'éloge de Bnitus et des vertus républicaines, l'usage de louer les morts ne tarda point i, se tourner en démonstrations ambitieuses où s'étalait l'orgaeil d'une aristocratie puissante. C'est ainsi que durant sa questure, sous prétexte de rendre de pieux devoirs b. sa tante Julie et k sa femme Calpurnie, César, non sans arrière'pensée politique, fit remonter l'origine de sa race au sang des rois et des dieux. Ces mensonges solennels furent poussés à un tel excès que les historiens eurent peine à reconnaître la vérité parmi tant d'impudentes falsifications. C'est ce dont témoigne formellement Cicéron : < His laudationUius hisloria rerum nostrartan est faela mendaeior; mvUa enim scripta sunl eU qux facta non sunt, falsi triumphi, plurei œmulatut, gênera etiam falsa (Par ces panégyriques, notre histoire est devenue plus mensongère : car on imagina bien des faits supposés, de faux triomphes, des consulats renouvelés,on même des généalogies controuvées). C'est dans ce mémo genre oratoire, ainsi faussé, que devaient retentir les menaces de tyrannie prochaine, témoin l'apologie du dictateur déclamée par Antoine devant ses restes sanglants. Si, quelque temps après, & une époque où les armées n'étaient plus que des instruments de domination aux mains d'un maître passager, Cicèron put encore, devant le sénat, dans la dernière de ses Philippiques, honorer les morts de la légion de Mars par les accents d'une voix vengeresse, qu'allaient étouffer les sicaires du triumvir, ce fut en vain qu'il tenta d'encourager le patriotisme par la gloire; car le vainqueur d'Actium devait bientôt monter seul à la tribune définitivement < pacifiée >, pour y louer son neveu Marcellus et Drusus, le fils de sa femme. Dès lors, soumise à la censure du pouvoir qui désignait des magistrats pour cet office, l'oraison funèbre ne servit plus qu'à flatteries souvermns; ou plutôt ils jugèrent plus sûr de célébrer eux-mêmes leurs prédécesseurs. Ainsi firent Tibère, Caligula, Claude et Néron que l'on vit, tout enfant, débiter, en l'honneur de son père adoptif empoisonné par le jitets des dieux (à savoir les champignons

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choisis par Agrippine), un discours composé par Sénèque. Pins tard Rome applaudit l'apothéoee de Poppée, et Domitien osa parler de sa douleur sur la tombe du frère qu'il venait d'assassiaer. Plusieurs de ces monstres prirent même la précaution de prononcer, de leur vivant, leur propre éloge. Bref, oo peut dire qu'en général les héros valurent les panégyriques. Ëxceptons-en Antonin loué par Marc-Aurèle et Pertînax par Septima Sévère, et surtout AgHcola, beau-père de Tacite, auquel sa mort inspira cette biographie éloquente qu'on peut considérer comme le chef-d'œuvre des Umdatiottes païennes.

fj'oralBOB fnB^bve nnx pr«Ml«ra teaipa de VÉgUati greeqNe et laUne. — il appartenait au christianisme de réhabiliter un genre justement décrié. Aussi respectueux pour la mort que pour la vie des hommes rachetés par le sang du Rédempteur, ouvrant aux &mes les perspectives d'une immortalité qui n'était plus la récompense précaire dèceniés par une patrie terrestre, il transforma l'orateur en un moraliste qui, tout en proclamant notre misère, nous fortifie par le sentiment de notre grandeur, nous révèle nos destinées, nous console par le dogme de la vie future, et nous anime k d'infaillibles espérances par des leçons dont l'autorité s'adresse au riche comme au pauvre, au prince comme au sujet, humiliés dans la même poussière, devant l'égalité que la loi de nature établit enlre toutes les conditions. C'est dire que cet enseignement de l'exemple aura plus d'influence et de portée, s'il nous offre une de ces existences illustres auxquelles est assuré le retentissement durable de l'histoire.

Hais l'Ëglise souffrante ne pouvait nous transmettre que des noms obscurs de héros sanctifiés par le martyre, et leur éloge, comme leurs reliques, dut se dérober k la lumière, dans le secret des catacombes. Même au iV siècle, quand la société religieuse parut au grand jour, les premières oraisons funèbres qui méritent l'attention ne sont point un panégyrique officiel, mais une sorte de sermon où les souvenirs du foyer se mêlent à des conseils édifiants. Tel fut, entre autres, le tribut de regrets dont s'acquitta saint Grégoire de Naziance envers son frère Césaire qui, médecin de la cour impériale, était demeuré fidèle à sa toi, dans le palais même de Julien l'apostat — lequel

l'oraison funèbre chez les pères de l'église. 36S ne l'en estima pas moins d'ailleurs, et ne voulut pas lui opposer d'autres armes que le raisonnement. Ces adieux se distinguent par l'onction d'une sensibilité sincère, et des élans qni ne languissent pas dans le voisinage de Bossuet, témoin cette péroraison qui rappelle le mouvement final de l'oraison funèbre de Condé : « Alors, Césalre, je potirrai te revoir, non plus exilé, non plus enseveli, non plus objet de larmes et do pitié, mais glorieux, triomphant et couronné, tel que souvent, 6 le plus tendre des frères, tu m'apparus en songe, soit par une illusion de mes désirs, soit par l'effet de la réalité même. > A cette homélie domestique nous préférons toutefois l'éclat du discours où il solennisa comme patriarche de Constantinople les funérailles de saint Basile : car l'éloquence de son deuil fut alors digne de l'amitié qui avait uni les cœurs de ces grands évéques, tous deux chrétiens dès le berceau, tous deux aussi épris d'admiration pour les lettres profanes que de ferveur pour les saintes Écritures, tous deux promus aux suprêmes honneurs du sacerdoce, et non moins inséparables par la rratemité de leur apostolat que par celle de leurs talents. Si saint Grégoire n'eut pas le goût irréprochable, s'il manque de pathétique, il rapp^e Isocrate par la richesse des images et la symétrie savante d'une diction ingénieuse.

Saint Grégoire de Nysse, frère de saint Basile, fit aussi son éloge, et, quelques mois après, ceux de Pulchérie, fille de Théodose, et de l'impératrice Flaccile. Il ne sera pas sans intérêt de rapprocher ces deux discours, l'un de l'oraison funèbre de la duchesse d'Orléans, l'autre de celle de Harie-Thérèse.

Si l'église latine est inférieure à sa sœur d'Orient, élevée à l'école de la Grèce, il serait pourtant injuste de méconnaître le mérite de saint Ambroise et de saint Jérôme. L'un, qu'immortalise l'arrêt dont il osa frapper le crime de Théodose, loua son frère Satyrus, avec le charme des sentiments vrais, en dépit des défauts d'un style gâté par la rouille de la barbarie. L'autre ne monta Jamais dans la chaire pour présider à d'illustres obsèques, mais quelques-unes de ses lettres sont émues d'une tristesse pathétique, entre autres celles que lui inspira la mort de Népotien, le plus cher de ses disciples, ravi dans la fleur de l'âge à ses religieuses espérances, et la perte plus cruelle

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encore de Pauta, cetu flllc des Scipions qui, préférant Bethléem à Rome, aima mieux nourrir les indigents et veiller près du lit des malades que goûter les hommages du monde et briller parmi ses splendeurs.

Le pwa^srriqae •■ m»jttm ft^e et a^rès 1b HeHal»- ««■ee. ~- Tel fut l'héritage que devait recueiUir le siècle de Louis XIV. Hais avant l'avènement des noms ^orieux il nous faudrait traverser la période ingrate qu'arOigèrent les épreuves d'une société dont les éléments féconds s'orgfuiisaient comme au sein d'un chaos.

Pour nous en tenir à l'objet qui nous occupe, nous aimerions à dire un mot de saint Bernard et des plainles mystiques inspirées à ce belliqueux apâtre par le regret d'un frère chéri {In obitu tUmuni Humberti, monacki Clarxvalletais ; sermo, 1066). On pourrait citer aussi le sermon n^ que Robert de Sinceriaux versifia sur l'héroïque trépas de saint Louis, le roi U plus preudomme et U plus droiturier. Nous rappellerions encore l'éloge que l'évéque d'Auxerre fit entendre, devant Charles V, dans la basihque de Saint-Denis, aux funérailles du connétable du Guesclin. Quant au xvi< siècle, on y verrait llgurer des orateurs funèbres, tantAt ouvrant le paradis à l'àme de François 1°^, comme Pierre du Catel, évéque de Hàcon, non sans paraître téméraires aux docteurs de Sorbonne; tantAt célébrant les malheurs de Marie Stuart et sa Un tra^que, comme Claude d'Ëspence et Renaud de Beanne; ou bien fêtant l'immortalilè de Ronsard, comme le cardinal du Perroo; ailleurs jouant un rAle factieux parmi tes violences des guerres civiles, comme ce Pierre Pigenat, curé de Saint-Nicolas-des- Champg, qui osa prêter ces vers parodiés des imprécations de Didon, à la duchesse de Guise ;

(Qtte de nos ouements se Uve un vengeur qui powstiioe paf le fer et k feu {m tyrom Valois!); puis rivalisant de zèle, tels que CoefTeteau et Cospéan, et qbinze autres, pour pleurer avec la France « le bon roi Henri », frappé par un poignard qui blessait ta patrie au cœur.

l'oraison FUNÈBBE en FRANCE AVANT BOSSUET. 367 Certes des occasions s'offraient en foule aux panégyristes. Mais, si l'on excepte quelques bons esprits, le cardinal du Perron, le père Sén&ult supérieur général de l'Oratoire, Nicolas Gmllié, évéque d'Uzès, et Claude de Lingendes, qui échappèrent plus ou mains à la contagion enrironnaote, la plupart des œuvres qui datent de cette époque font aujourd'hui sourire la critique par des défauts applaudis alors comme des beautés. Aux parodies macaroniques des Menot, des Maillard et des Barlet, avaient succédé l'étalage d'une érudition pédantesque, la confusion du profane et du sacré, le luxe des fausses couleurs, l'incohérence d'images disparates, bizarres ou triviales, en un mot une recherclie de bel esprit qui compromettait par des jeux puérils le sérieux du ministère évangélique. Non seulement on citait pêle-mêle Pythagore et Moïse, Virgile et Salomon, Plutarque et saint Jérôme, Platon et Tertullien Aristote et les Prophètes, Homère et saint Paul — comme Arnaud Sorbin, évéque de Nevers, dans son oraison funèbre de Charles [X — ; mais dans les déclamations d'une prose indigeste s'eDtre-croisaient des épigrammcs, des odes, des sonnets, des épitaphes et autres bagatelles si frivoles que la sévérité des conciles dut, mais en vain, proscrire ces fantaisies ridicules. Pour ne pas parler des plus obscurs, jugez-en par cet exorde d'un prédicateur en vogue, de Jean Camus, évéque de Belley, ouvrant ainsi son éloge du maréchal de Bantzau, à la date du 23 septembre 1850 : t Tant de vertus qui ont esclaté en Iny ont esté comme cette myrrhe, cet aloès, ce benjonin, ce storax, cette cannelle et cet ambre dont le roy Prophète parle, qui s'exhale des vest«ments des personnes vertueuses.... Ce que fit matériellement la reine de Saba qui apporta tant de parfums en Jérusalem que les rues par où elle avoit passé en estoient toutes remphes, se peut dire moralement de ce grand homme que nous louons; et, tandis que notre jeune Salomon a esté daos la couche de sa minorité, son nard a respandu tant d'odeurs dans tous les emplois dont il a esté honoré, que, comme la panthère laisse au repaire où elle a demeuré une nuit une suavité qui y dure tout le jour suivant, et, comme toutes les odeurs de l'Arabie se trouvent ramassées dans les cendres du lit, du nid ou du buscher du phénix, ainsi cet excellent per-

sonnage qui est veau fondre ea nostre France, et y laisser ses os qu il a V avoit pas pris, après avoir remply les païa cstran gers de I odeur de son nom, nous a laissé, par son exemple, de quov mourir en l'odeur de ses parfuma par l'imilation de ses veKuï héroïques. * Écoutez encore cette apostrophe dédiée a la reine mère, avec privilège de Sa Mtyestè, dans un éloge de Louis XIll ( Quoy! corps précieux, soufTrir jusqu'à estrerougé tout vivant des vers qui anticipent la proje de la mort! vers (.xé(.rables que vous me faites d'horreupl vers favorables, que vous msinuez d'amour dans mon cœur I Je vous déteste, petits criminels de lèse-majesté 1 On ne peut sans impiété toucher à un de ses cheveux, et voua succez la mouelle de ses os I Je vous chéris exécuteurs de la douce rigueur d'une amoureuse Provîdenue Cessez, cessez, tas ! 11 en est aux derniers abois. Achevez, achevez* Ah! la belle victime! d'un roy, un ver, qui crie au roy des roys : Ego vermis et non httmo. » Voilà donc oii en étaient les talents à la mode, aux environs du Discours de la Méthode au lendemain du Cid, d'Horace, de Cinna et de Potyeucte (1636-4643). Quelle distance entre ces prétentieuses misères et les préludes de fiossuet prenant enlin possession du domaine ou il allait régner souverainement!

Béftnne dn cetwe. AvèneMeat de B*8«Bet. — Dans l'intervalle, une réforme avait sans doute été préparée par de salutaires influences, entre lesquelles il faut compter celle de Pascal et de Port-Hoyal. Mais, pour assurer la victoire au bon sens, il fallait qu'un maître inaugurât une tradition par la vertu de ses exemples, et que son génie surgit tout à coup comme un lever de soleil qui chasse la nuit et ses hrouillards. Tel fut l'effet d'une parole dont les essais même, après quelques rapides tâtonnements, révélèrent jusqu'en leurs plus audacieuses saillies les prodiges d'un art déjà presque définitif.

Puisque Bossuet nous propose des modèles accomplis, indiquons les traits essentiels du genre qui, chez lui, tient à l'histoire par le récit des faits, à la politique par les jugements portés sur la conduite des personnages et les révolutions des empires, à la morale par la peinture des caractères, eniln èi .la religion par l'obligalion constante de démontrer qu'elle est le tout de l'homme, c'est-à-dire le principe et la fin d'une destinée

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