‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 135 sur 244 · Esquisse littéraire · texte numérisé non relu

Esquisse littéraire

Exarde et |tr«poBltloB, — Par une rencontre qui peut-être ne fut pas fortuite, cette oraison funèbre a pour texte un verset que Cromwell avait fait graver, après la mort de Charles I"", sur une médaille ccnmémorative du régicide ; Et mme, reges, inteUigite; erudimini qui judicatis teiram! Psal. h, fO (Maintenant, ôrois, apprenez I instruisez-vous, juges de la terre!) Hais ce qui n'était alors qu'une sanglante bravade devient ici la pensée maltresse d'un discours qui nous montre Dieu donnant aux peuples et aux rois de < grandes et terribles leçons >. Dans la vie d'une princesse qui « connut toutes les extrémités des choses humaines >,BQssuet cherche donc un double enseignement : d'un côté, celui que comporte une félicité sans bornes, honorée par des vertus dignes d'être proposées pour exemple; — de l'autre, celui que nous offrent des infortunes inouïes noblement supportées par une âme supérieure à toutes les épreuves.

Telles sont les deux parties de cet éloge, dont le plan s'annonce librement dans un exorde majestueux qui, abaissant les pouvoirs humains sous la souveraineté divine, rappelle au monde • le néant de ses pompes et de ses grandeurs >.

Première partie. Seize années • d*nne prospérité accoMplie >, La piété delà relae. blspntea relIslcaBea de l'Angleterre. — La piété de la reine, voilà de tous ses mérites celui que Bossuet devait célébrer avec le plus d'effusion, dans une • fill

OHAISON FUNÈBRE D'HENRIETTE DE FRANCE. 377 de saint Louis. < Mais il ne pouvait en parler comme l'histoire. Aussi convient-il de rappeler que la ferveur intempérante d'Henriette de France eut des conséquences redoutables pour la sécurité de son trône. A une époque où fermentait avec tant de violence la fureur des sectaires, elle flt de nombreux ennemis à Charles l*" par des mesures impolitiques, notamment lorsque le cardinal de Bénille lui persuada d'introduire en pays protestant la congrégation de l'Oratoire. Ces apôtres, qui durent bientôt repasser le détroit, ne réussirent en effet qu'à susciter les défiances d'un parlement ombrageux, et à réveiller les édits Intolérants d'Elisabeth. Les cérémonies dont elle se plut à déployer l'appareil ne contribuèrent pas moins à l'effervescence des haines religieuses. On lui reprocha de vouloir * transformer la cour en un cloître >; et ce grief n'était pas dénué de tout prétexte, si l'on en juge par ce fragment d'une lettre que cite H. Cousin : * Je vous diray que nous faisons une sorte de courent, qui sera comme celuy des vierges Carmélites, en petit; mais j'espère, avec l'ayde de Dieu, que, quelque jour, il y en aura un tout de bon. >

Bossuet partage donc ici les illusions d'un cœur mystique, lorsqu'il nous représente • les agréments infinis > et i le charme inaocenfde l'épouse qui employait son crédit auprès du Roy son Seigneur à procurer un peu de repos aux catholiques accablés *. On croirait entendre ces vers de Racine :

Tout respire en Bsther l'innocence et la paix;... Tout ressent de ses yeux les charmeainnc^cents.... Jamais tant de vertu fut-elle couronnée?

Ces analogies sont surtout sensibles dans la louange d'une souveraine infatigable à * consoler la captivité des fidèles >, en ces temps douloureux où c il fallait cacher la pénitence avec le même soin qu'on eût fait les crimes ■. Elle aussi, elle relevait l'espérance de ses compagnes, et semblait leur dire :

Mes Olles, chantez-nous quelqu'un de ces cantiques

Où vos voix si souvent se mêlant à mes pleure De la triste Sion célèbrent les malheurs.

Sous son règne, les chrétiens < qui ne cherchaient Dieu qu'en tremblant • purent enfin respirer. Aussi est-ce avec complai-

sance que Bossuet arrête ses regards sur ces * seize années d'une prospérité accomplie qui coulèrent sans iaterruption, avec l'admiration de toute la terre, et furent seiEe années de douceur pour l'Église affligée >.

Hais le ton change lorsqu'il aborde ces disputes religieuses qui devinrent une guerre civile, suivie d'une révolution. On pourrait alors appliquer h. son éloquence ce qu'il a dit lui-même de Moïse et de son langage : » Hardi, extraordinaire, propre à représenter la nature dans ses transports, son style marche par de vives et impétueuses saillies; affranchi des liaisons ordinaires que recherche le discours uni, renfermé dans des cadences nombreuses qui en augmentent la force, il surprend l'oreille, saisit l'imagination, émeut le cœur, et s'imprime tout vif dans la mémoire. » C'est ainsi que, s'armant du courrous des prophètes, il condamne « cet esprit de révolte, ce chagrin superbe, et cette indocile curiosité > qu'il compare ■ à la fumée sortant du puits de l'Abime, pour obscurcir le soleil >.. Mais à ces colères se mêle une pitié tout évangélique pour l'aveuglement de ' l'Angleterre qui ne sait plus elle-même à quoi s'ea tenir, et est plus agitée en sa terre et dans ses ports que l'océan qui l'environne *. Si la hautaine orthodoxie de Bossuet s'iadigne et s'attriste de ■ ces prodigieuses erreurs i, dont elle prédit la fin prochaine avec une conflauce démentie par l'avenir, son respect pour la dignité royale persiste aussi jusque dans la sévérité des jugements qu'il porte sur les souverains qui participèrent aux attentats commis contre la croyance. On devra donc remarquer ici la réserve discrète de l'allusion faite ans forfaits d'Henri Vlll, < ce prince en tout le reste accompli, qui s'égara dans les passions par lesquelles fut perdu Salomon >. Celle nuance est un trait de caractère, et découvre l'homme dans l'orateur.

Denxlëme partie Les InforlnneH laonles. Forlntlts de Charles I" et de Cromnell. ËpUodea dramallqnea. Le réfflcldc. — Remonter à la cause des infortunes royales, en exposer le récit pathétique, rendre hommage à l'héroïsme ou à la résignation d'une reine qui ne fut jamais plus auguste que dans l'adversité, tel est le plan de la seconde partie, dont nous indiquerons seulement les plus mémorables passages.

Page 1