‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 138 sur 244 · II. — Esquisse littéraire · texte numérisé non relu

II. — Esquisse littéraire

Bxorde et proposition. — La notice qui précède est déjà le commentaire d'un discours qui justifia si bien ce texte de l'Ecclésiaste : Vanité des vanités, tout n'est que vanité. Aussi bornonsnous h indiquer les principales lignes du développement.

Un exorde aussi simple qu'ému, et dont la première pensée

est une allusion h l'oraison Tunèbrc de la reine d'Angleterre, annonce que Bossuet veul, t dans un seul malheur, déplorer toutes les calamitÉs du genre humain, et, dans une seule mort, faire voir la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines >. Hais comme il ne faut pas * permettre à l'homme de se mépriser tout entier », il enseignera : d'un côté, * que tout est vain, si nous regardons le cours de la vie mortelle » ; — de l'autre, • que tout est précieux et important, si nous contemplons le terme où elle aboutit, et le compte qu'il en faut rendre,). C'est ce que démontre l'exemple de la princesse pleurée par la France. 11 examine donc d'abord < ce qu'une mort soudaine lui a ravi > ; ensuite < ce qu'une sainte mort lui a donné >.

PreaUère partie. Ce qu'âne ^ort aondalne loi ■ rKi-l. — Passant en revue les avantages les plus enviés, la naissance, l'esprit et la beauté, Bossuet trouve, dans les impressions religieuses qu'il veut produire, l'occasion même des éloges discrets qu'il consacre aux mérites gracieux ou solides d'une princesse qui fut sa pénitente, et dont il peut dire avec autorité : c Elle étudiait ses défauts, et aimait qu'on lui en fit des leçons sincères : marque assurée d'uue âme forte que ses fautes ne dominent point, et qui ne craint pas de les envisager de près, par une secrète confiance des ressources qu'elle sent pour les surmonter ».

De ces traits distincts, et sous lesquels tressaille l'accent d'un regret personnel, ressort une physionomie rendue avec autant de puissance que de délicatesse par un génie sublime et touchant qui concilie toutes les nuances. Ne croirait-on pas entendre Fénelon, lorsque le pathétique récit de sa mort, interrompu par des sanglots, se continue par cette plainte? t Madame a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs. Le matin, elle fleurissait; avec quelles grâces! vous le savei : le soir, nous la vîmes séchée; et ces fortes expressions, par lesquelles l'Ecriture sainte exagère l'inconstance des choses humaines, devaient être pour cette princesse précises et littérales. > Si une mélancolie presque virgilienne anime cette élégie oratoire, elle se termine par ces sombres couleurs : « Notre corps prend un autre nom : même celui de cadavre ne demeure pas longtemps. 11 devient un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune

OBAISON FUNÈBRE D'HENRIETTE D'ANGLETERRE. 389 langue; tant il est vrai que tout meurt en lui jusqu'à ces termes funèbrea par lesquels on exprimail ses malheureux restes ! • Denilème partie. Ce ^■'■■ne Mil«te MorI Inl * donné. ^—

Mfds de même que la justice de Dieu confond notre orgueil, en ae faisant de nous qu'une même cendre, sa bonté qui nous aime ne nous détruit que pour réparer nos ruines. Cette transition conduit Bos3uet à la seconde partie de son discours, qui se résume en deux mots : la mort do la princesse est une consolalion et un enseignement.

Après nous avoir aftligés par le spectacle de notre misère, il nous relève par celui de notre grandeur. Venant de Dieu, l'ftme en effet c se sauve de ce débris universel et inévitable >. Elle peut donc * mépriser la mort i, si elle se rend digne d'être

< réunie à son principe >, par la vertu de la Grâce, qui nous fait « sortir du temps, et entrer dans rélernitc ».

Expliquant alors par des images sensibles ce miracle de ta prédestination, le théologien et le philosophe la montre & l'œuvre dans la vie de celle qu'il nomme « son héroïne chrétienne >. C'est avec une sorte de tendresse qu'il t glorifie *, dès sa naissance, cette âme privilégiée « que Dieu prit sur ses ailes, comme l'aigle prend ses petits, et porta lui-même dans le sein de l'Église ». Pour la lui donner, * il avait fallu renverser tout un royaume 1 • N'en soyons pas surpris, dit-il. Car l'Éternel

< remue le ciel et la terre, pour enfanter ses élus >.

Mais à la faveur de cette vocation manifeste devait s'ajouter celle de la persév^-ance : et, revenant au récit d'une mort soudaine qu'il appelle « le dernier combat >, Bosauet la propose comme un exemple digne d'envie. « Ne mêlons pas, s'écrie-t-il, de faiblesse à une si forte action, et ne déshonorons point par nos larmes une si belle victoire! > Il aime mieux y chercher un enseignement pratique pour < ces lâches chrétiens * qui craignent d'avancer leur fin en recevant les sacrements suprêmes. Combien fut différente l'ardeur empressée avec laquelle < Madame appela les prêtres plutôt que les médecins ! Tout était simple, tout était solide, tout était tranquille, tout partait d'une âme soumise el sanctifiée. » Aussi, qu'importe t que le temps ait été courlî L'opération divine a été puissante, la fidélité pai^ faite. > Alors, sans oublier les moindres détails d'une scène

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religieuse à laquelle il assista de si près, U laisse à ceux qui pleurent ce témoignage consolant : ■ Je me confie pour Madame en cette miséricorde qu'elle a si humblement réclamée. Elle a Etimé, eu mourant, te Sauveur Jésus. Les brai lui ont manqué plutàt que l'ardeur d'embrasser la Croix ; j'ai vu sa main défaillante chercher encore en tombant de nouvelles forces, pour appuyer sur ses lèvres ce bienheureux signe de notre Rédemption. N'est-ce pas mourir entre let bras et dans le baiser du Seignewrl .

PérarklsoB. — Elle aussi, la péroraison a l'onction mystique d'un adieu qui pressent l'éternel retour, et dont la tristesse, douce comme une espérance, est sereine comme la foi.

DE UAHIE-TUiRÈsE D'AUTRICHE, HE[NE DE FRANCE (1S83)

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