‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 139 sur 244 · I. — Faits HisToniQtiES · texte numérisé non relu

I. — Faits HisToniQtiES

Sans l'oraison funèbre qui fait vivre encore sa mémoire, Marie- Thérèse ne serait guère connue de la postérité : car ses vertus ne firent jamais de bruit; et, parmi les splendeurs de cette cour où elle ne régnait qu'en apparence, sa vie s'écoula toujours dans l'isolement d'une tristesse résignée qui cherchait l'ombre et le silence '.

Fille unique de Philippe IV, roi d'Espagne, et d'Isabelle de Bourbon, elle avait épousé Louis XIV, son cousin germain, le 4 juin 1660, au lendemain de cette glorieuse paix des Pyré- " nées (16b9) qui, grâce au succès de nos armes et à l'habileté de Mazarin, terminait enfin les différends de deux grands empires. On vit bientôt que la politique avait seule engagé cette

éloge funèbre de l'impératrice Placclle, na perssQDage sans physionomie ; mais sujets ingrats.

ORAISON FUNÊBBE DE MABIE-THÉBÈSE. 391

unioa troublée si vite par l'iadépendance d'un cœur trop passionné. Aussi le jour viat-il où, malgré les marques eitérieures d'une estime qui ne se démentit jamais, et valut même à Harie- Tbérèae le titre de Régente, pendant la campagne de Hollande, Il lui fallut reconnaitre avec larmes que le < Roi ne l'aimait plus », et que le mal était sans remède. Certaine de cette infortune, elle en souffrit cruellement : car la constance de son affection fut digne de retour. Cette humiliation qu'il fallait dérober ài tous les regards ne fit que rendre encore plus déliante une timidité naturelle dont l'eKcés eut on ne sait quoi de maladif. « Cette pauvre princesse, dit Mme de Caylus, avait tant de peur du Roi qu'elle n'osait lui parler, ni s'exposer au tèteà-téte avec lui : ses mains mêmes en étaient tremblantes. •

Dès lors, elle s'ensevelit dans une sorte de solitude, où l'amertume de ses pensées ne fut adoucie que par la pratique de ses devoirs religieux et maternels. Encore fut-elle éprouvée par de nouvelles et bien poignantes douleurs : car elle vit mourir cinq de ses enfants, et faillit perdre l'aîné de ses (Ils, le Dauphin, sa seule et dernière espérance. 11 y eut pourtant un éclair de joie dans ces années sombres. Ce fut le jour où la naissance d'un petit-flls promit è. sa race une suite d'héritiers. L'inQuence de Mme de Maintenon commençait à lui ramener les hommages presque repentants de Louis XIV, lorsqu'après un voyage où elle venait de l'accompagner, le 26 juillet 1683, elle fut prise d'mi mal soudain qui l'emporta brusquement le 30 du même mois, & l'âge de 4S ans.

« Voilà le premier chagrin qu'elle m'ait causé >, dit le Roi, sous le coup d'une impression qui dura peu : car t il fut, dit Saint-Simon, plus attendri qu'affligé. Mais, comme tout semble considérable dans les grands, la cour fut en peine de sa douleur. Quelques jours après, Mme de Maintenon parut & ses yeus dans un si grand deuil, et un air si triste, que lui dont la douleur était passé.e, ne put s'empêcher de lui eu faire quelques plaisanteries. ■ Voilà bien — du moins si l'on en croit Saint-Simon qui est un peu sujet à caution, eu pareille matière surtout — t l'homme tout personnel qui ne comptait les autres que par rapport à soi •.

Ce fut à Saint-Denis, le l''' septembre 1683, en présence du

39S BOSSUBT.

Daupbiu, que Bossuet prononça l'oraiBon fuDèbre de la Reine Trente-quatre éloges relentirent en d'autres chaires; mais dans ce concert se distingua seulement la voix de Fléchier, après celle de Bossuet.

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