ORAISON FUNÈBBE DE LE TELLIER
nona-nous à remarquer la complalsaDCe arec laquelle Boesuet, pour faire valoir son héros, met en lumière les qualités Bolides qu'il aime par-dessus tout, parce qu'il ea est lui-même un modèle parfait ; nous voulons dire te sens, la mesure, la justesse et la raisoD. Voilà les mérites doDt il pare le magistrat qui disait : * Je veux que les lois gouvernent, et non pas les honunes •, En admirant sa modération si ferme, il condamne « ces juges artificieux >, qu'il compare « h des sépulcres blanchis >. 11 y a là comme une mercuriale courageuse dont certains traits font priser h Molière, Racine et Boileau, censurant, eux aussi, de leur vive ironie les lenteurs d'une procédure équivoque, les arrêts ambigus, les faux-fuyants intéressés, en un mot ce que Bossuet appelle « les lâchetés d'une justice si arbitraire et si captieuse i que l'on voit souvent « t'iniquilé sortir du lieu d'où elle devrait toujours être foudroyée ».
Après avoir suivi Le Tellier dans les glorieux emplois qui « vinrent à lui comme d'eux-mêmes », ei où sa main ne fit jamais pencher la balance, il le montre aussi capable de quit' ter les honneurs sans regret que de les accepter sans orgueil. C'est ainsi qu'au jour de sa retraite volontaire, « Chaville le vit goûter un véritable repos dans la maison de ses pères qu'il avait accommodée peu à peu à sa fortune présente, sans lui faire perdre les traces de son ancienne simplicité >. Dans ce tableau, dont la couleur est tranquille et douce, revit une physionomie toute patriarcale. Ajoutons toutefois que ce charme vient ici du peintre plus que du modèle, et que l'éloquence, surtout dans l'oraison funèbre, a ses fictions, comme la poésie.
Deuxième partie. Le polltiqae. — Consacré au rôle du personnage qui fut le plus sur agent de Hazarin, le développement qui suit nous transporte au milieu de la Fronde, sur le théâtre plein d'embûches où se produisit cette figure trop idéalisée par un panégyriste qui pourtant laisse entrevoir les traits dominants du caractère. Le Tellier parut sur cette scène, non pas • comme un génie principal > {ce mot de Bossuet parait excessif), mois en homme de conseil et d'action, < capable de profiter des moments >, habile < à ne pas irriter la haine publique déclarée contre le ministère >..., à • se conserver la créance de tous les partis >..., à manœuvrer parmi les écueils
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• en sage pilote, eans s'étonner des ort^jes •, sachant prévoir et prévenir, parler et se taire, t rompre les liaiBOna des factions, déconcerter leurs desaeios, encourager les bonnes intentions > des égarés, < céder au temps > et à la nécessité, comme aussi faire montre de vigueur, et > aller où la raison d'État ie déterminait >. Dans cette esquisse, la sagacité du moraliste égale donc la clairvoyance du politique.
Signalons surtout, parmi les mérites propres à Bossuet, l'exactitude et la sûreté de ses vues historiques, 11 connaît les ressorts des événements, comme s'il les avait maniés de près. En cela, il est fort supérieur à Fléchier, pour lequel les faits contemporains ne sont qu'un texte d'amplification vague, et non d'allusions fines et précises, adroites et franches, comme l'est par exemple, chez Bossuet, celle qu'il fait à. la captivité des princes. 11 s'y tire d'embarras, sans paraître aucunement embarrassé. Jugez-en : • On en fait des coupables, en les traitant comme tels. Mais où garder ces lions toujours prêts à rompre leurs chines, pendant que chacun s'efforce de les avoir en sa main, pour les retenir, ou les lâcher au gré de son ambition ou de sa vengeance? » Ces euphémismes respectueux sans faiblesse ne sauvent-ils pas toutes les convenances?
Bien que la part faite h Michel Le Tellier soit certaîncmeDt trop belle, Bossuet ne diminue pas celle de Hazarin et du cardinal de Retz. L'un, < ce Judicieux favori », qu'il ne loue pas sans quelque réserve, il le représente parmi les joies d'une paix glorieuse • troublé tout à coup par la triste apparition de la mort, mais dominant encore jusqu'entre ses bras, et au milieu de son ombre t. L'autre, qu'il juge avec une sympathie involontaire, nous le voyons * aussi fidèle aux partis que redoutable à l'État, d'un caractère si haut qu'on ne pouvait ni l'estimer, ni le craindre, ni l'aimer, ni le haïr à demi...; ferme génie, qui remua tout par de secrets et puissants ressorts. Après que tous les partis furent abattus, il semble encore se soutenir seul, et seul encore menacer le favori victorieux de ses tristes et intrépides regards. » Cette page qu'il faut lire tout entière est digne de la main qui traça le portrait de Cromwell : c'est, avec une sorte de mélancolie clémente, en plus, la même pro fondeur d'observation et la même énei^ie de style.
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Tr*lslèaie yarUe. Le eh*Mceller. — En iatroduisant te chancelier parmi les grands hommes qui précédèrent un règne privilégié, Bossuet vante son ministère avec un ton de grave sérénité qui rappelle tantôt les dialogues philosophiques de Cîcéroa, tantôt les remontrances d'un L'Hôpital ou d'un D'Aguesseau. C'est l'imposant commentaire de cette parole : « Ne doit-on pas sa vie k Dieu, au prince, à l'Élat! > laquelle rappelle de si près ces vers de Palyeuete :
Vous n'avez pas ta vie ainsi qu'un h<irilage :
Le jour qui vous la donne en m£me temps l'engage ;
Vous la devez eu prince, au public, k l'Ëlat.
Dans l'exposition des actes qui confirment cette pensée, Bossuet aborde résolument la question si délicate des rapports de l'Église et du pouvoir séculier. Il le fait avec le bon sens pratique et l'esprit conciliant d'un évèque soucieux d'entretenir una durable concorde entre les deux puissances. A l'impression d'un si judicieux langage, se mêle cependant pour nous le regret d'entendre ici la même voix saluer la révocation de l'édit de Nantes, comme * le plus bel usage de l'autorité, et le miracle d'un nouveau Constantin, d'un nouveau Théodose *. Ces applaudissements donnés & une iniquité aussi préjudiciable & la religion qu'à la France affligent vraiment notre admiration. Déplorons qu'une raison si pure ait pu se laisser aveugler ainsi par les préjugés de son temps. Mais n'oublions pas non plus que Bossuet fut étranger aux conseils qui préparèrent une mesure si néfaste- 11 est du moins certain qu'il repoussa toujours du troupeau confié à sa garde des violences dont il ne partage point la responsabilité. Ne soyons donc pas trop sévères pour un oubli fâcheux que nous expliquent les entraînements de l'opinion ; et bornons-nous à constater ici comment les oraisons funèbres raniment parfois sous nos yeux les mœurs, les idées et les passions d'un âge disparu. A l'attrait de l'éloquence elles ajoutent l'intérêt des mémoires.
Ititatrlèate partie. Le chrétien. — Mais Bossuet redevient ce qu'il est, éminemment évangélique, lorsqu'il nous propose la leçon édifiante d'une fin chrétienne qu'il avait encouragée de ses exhortations, et accompagnée de ses prières. L'accent d'un
souvenir personae! est ici sensible sous les détails ftuniliers que nous rend précieux l'émotion du prêtre. Il y a autant de simplicité que de grandeur dans ce spectacle du juste s'entretenaot avec la Mort, d'un esprit si calme et si détaché * qu'on croirait assister k la paisible audience d'un ministre, ou à la douce conversation d'un ami commode >.
P<roral««B. — Cette vie i dont le dernier jour fut le plus heureux », lui semble faite pour enseigner aux grands le mépris des honneurs et des richesses : tel est le motif de la péroraison, qui se termine par cette apostrophe célèbre : » Dormez votre sommeil, riches de la terre, et demeurez dans votre poussière!... Ah! si quelques générations, que dis-jeT quelques années après votre mort, vous reveniez, hommes oubliés, au milieu du monde, vous vous hAteriez de rentrer dans vos tombeaux, pour ne voir pas votre nom terni, votre mémoire abolie, et votre prévoyance trompée dans vos amis, dans vos créatures, et plus encore dans vos héritiers et vos enfuits. Est-ce là le frait du travail dont vous vous êtes consumés sous le soleil, tous amassant un U^sor de haine et de colère éternelle, au juste jugement de DieuT > A de telles beautés que ne pardonnerait-on pas} Et il y a du reste si peu h pardonner!