‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 161 sur 244 · ET DE LEUR DÉCADENCE · texte numérisé non relu

ET DE LEUR DÉCADENCE

("3i> I. — ÉTUDE HISTOHIOUE.

Le Mtoialipe Wîemrj. MoBlesinlen prtlnde A l'Esprit 4e» LaIs par sea étnde» ««r l«s KoaialMa. KUea datident de l*ln.

— Les Considérations furent composées sous le ministère du cardinal de Fleury, dans le voisinage d'un pouvoir ombrageux qui ne tolérait pas les controverses politiques, mais laissait le ohamp libre aux recherches inoITensivcs de l'érudition ou de l'histoire. En même temps qu'il fermait le Club de l'Entresol, le cardinal de Fleury favorisait des travaux où se distioguèrent alors Bouhier, dom Calmet, dom Bouquet, dom Rivet, le

LES COflSIDÊBATIONS : OPUSCULES PRÉLIMINAIRES. 481 P. Brutnoy, Préret, d'Olivet, Rollin et Hably. C'était le temps où Voltaire lui-même écrivait Charles XII. Ces régions sereines ne déplaisaient point à un publiciste dont l'esprit était plus lumineux qu'ardent; et il se tourna d'autant plus volontiers vers cet asile, que, depuis longtemps, il avait conçu le dessein d'essayer sur le peuple romain la méthode dont il devait un jour appliquer les procédés aux lois de l'humanité tout entière. 11 disait plus tard : • Je me trouve fort dans mes Maxime» lorsque j'ai pour moi les Romains >. Sans insister suc un manuscrit latin de soixante-dix huit pages, où le jeune écolier de Juilly avait réduit en un résumé substantiel toule l'histoire do la république romaine, rappelons du moins qu'il lut, en 1716, devant l'Académie de Bordeaux, une dissertation sur la Politigue des Romaim dam la Religion, et, en 1731, devant le Club de l'Entresol, le Dialogue de Sylla et d'Eticrate, et surtout que dans la cent trente et unième lettre persane, Hhédi entretient Rica de Rome avec une éloquence où l'on pressent toute celle de l'œuvre future. Ce sont les premiers symptômes d'un projet que dut raviver ce voyage d'Italie, où le spectacle de la Ville Eternelle agit puissamment sur une intelligence toute pleine de l'antiquité. Il est du moins permis de croire que ces émotions ne furent point étrangères à la pensée d'un sujet qui méritait de solliciter une telle plume. N'a-t-il pas fait cet aveu : < On ne peut jamais quitter les Romains; c'est ainsi qu'aujourd'hui même, dans leur' capitale, on laisse les nouveaux palais, pour aller. chercher des ruines >î

Durant son séjour en Angleterre, cette idée ne l'abandonna pas; et son fils nous apprend qu'à Londres < il commença d'immenses lectures » dont elle fut le centre. Parmi les sources qu'il consulta, figura sans doute un Essai sur le gouvernement de Rome, rédigé par le puritain Moyle, membre de la Chambre des Communes. Divisé en deux parties, ce travail envisageait à la fols les causes qui firent la fortune de la République et celles qui précipitèrent sa ruine. N'était-ce pas déjà le plan que se proposait l'auteur des Considéraliom^

TntTMBX préUiMinairea. PrNdence dn pnbUelsIe. Prevriëre édlUoii, 4T34. I«dliréi«nce pabUqne. Sneeès * Lm^Amb el * BertlB. — A son retour, il poursuivit de plus près encore

itUDES LRtikAIRIE. U. — 31

des études auxquelles collaborait un bénéâictin de Saint-Haur qui, mécontenl de son cloître, vint demander l'hospitalilé &u ch&teau de la Brède. Deux mémoires présentés à l'Académie de Bordeaux, l'un en 1731 sur la Campagne de Rome, l'autre en 1732 sur l'Intempérance des anciens Romains, précédèrent l'apparition de l'ouvrage qu'il fit imprimer en Hollande,' par l'iotermédiaire de l'ambassadeur des Pays-Bas, le comte de Vanhœ. Usant d'un surcroît de précautions, Montesquieu avait eu soin de soumettre les premières épreuves à un jésuite, le P. Castel, prot^sseur au collège Lo ni s-le -Grand, celui que Voltaire appelait • le fou de mathématiques >. Il le pria de • corriger religieusement > tous les passages qui pouvaient sembler périlleux. Docile h ses conseils, il supprima tout un chapitre sur la constitution anglaise, une phrase sur Charles 1°^, uu double élc^e du suicide, et quelques traits qui se souvenaient trop des Lettres Persanes. Ainsi revisée, la première édition vit le jour en 1734. Un second tirage Tut rapidement épuisé avant que le livre pAt obtenir en France le privilège du Roi. Quelques mois après, il parut enfin h Paris, chez Huart; et, dans les Mémoires de Trévoux, le P. Castel eu publia deux extraits qu'accompagnait un éloge de l'auteur encore anouyme. L'édition définitive fut celle de 1748 que Montesquieu revit lui-même. Il y ajouta au moins quarante pages, modifia la plupart des anciennes notes, en intercala quelques-unes, retoucha le style en maint endroit, supprima l'apologie du suicide, et arrêta le texte qui depuis n'a plus varié.

En ce moment, les hommes d'État n'étaient préoccupés que de la succession de Pologne, où la diplomatie française se battait pour sauver au moins notre honneur mililaire. Quant au Parlement et au Clergé, que venaient de passionner les miracles du diacre Péris, ils continuaient à se quereller sur la Bulle Vnigenilm. De leur côté, les savants ne parlaient que do voyage de Maupertuis et de Clairaut, partis pour déterminer la figure de la Terre. Enfin, les mondains et les philosophes favorisaient de leur engouement le roman de Manon Lescaut et les Lettrée Anglaises. Aussi l'attention publique n'eut-elle plus guère de loisir pour les Humains de Montesquieu^

Mais, si de beaux esprits de salon osèrent dire que les Lvt'

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