‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 167 sur 244 · JEUNESSE. DÉBUTS SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

JEUNESSE. DÉBUTS SCIENTIFIQUES

son gouverneur t'Allemand Hinckmanii, et fut son compagnon de plaisir et d'études, pendant Irois ans, à travers la France méridionale, Jltalie septentrionale, la Suisse et l'Angleterre. Ce dernier séjour surtout dut être particulièrement utile à un esprit dont la vocation jusqu'alors indécise allait bientôt devenir dèAnitive. Ce fut à Londres qu'informé de tout ce qui s'était accompli de considérable dans l'ordre de la science, il entra résolument dans les voies ouvertes par Newton elles physiciens de son école. Il y conçut l'idée de ses premiers écrits, qui furent deux traductions, la Statique des Végétaux de Haies (1735), et la Méthode des jlttxions et des suites infinies de Newton iilHi). Dans la préface déjà, magistrale du premier de ces ouvrages, il s'annonce comme un fervent admirateur de Bacon. < C'est par des expériences fines, raisonnées et suivies, y écrivait-il, que l'on force la nature à découvrir son secret; toutes les autres méthodes n'ont jamais réussi, et les vrais physiciens ne peii' vent s'empêcher de regarder les anciens systèmes comme d'anciennes rêveries ; ils sont réduits k lire les nouveaux comme on lit les romans. Les recueils d'expériences et d'observations sont donc les seuls livres qui puissent augmenter nos connaissances. > D'autres travaux spéciaux qui suivirent, et en particulier un mémoire sur l'expérience qui renouvela les miroirs (wdents d'Arekiméde, attirèrent sur lui l'attention du monde savant. Mais, si précoce qu'ait été sa maîtrise, elle avait été devancée par la plus haute des récompenses, car il avait remplacé de Jussieu h l'Académie des sciences, dés 1733. Il allait s'employer à justifier ce choix prématuré.

Disons-le toutefois ; dans cette première période, Buffon, géomètre rigoureux et circonspect, ne promettait .pas encore d'être ce qu'il sera plus tard, à savoir ce généralise leur hardi qui, trop prompt parfois à subordonner les faits aux idées, adressa un jour au chimiste Guyion de Horveau cette réponse qui lui a fait du tort : Le meilleur creuset, c'est l'esprit.

Dans ces débuis, nous ne soupçonnons pas non plus le peintre dont l'imagination aura toujours besoin de se donner carrière, comme il le confessa plus tard avec une sorte d'ingénuité, lorsqu'il écrivit dans une de ces introductions oratoires qui lui sont familières ; < Nous retournerons ensuite à nos

détaiis avec plus de courage : car j'avoue qu'il en faut, pour s'occuper continuellement de petUs objett, dont l'examen tu permet rien art génie •. Ce mot nous avertit que la longue aptitude à la patience, h laquelle BufTon réduit le génie, n'exclura pas de ses œuvres le feu sacré du poêle et les grandes vues du philosophe. Ces deux caractères vont en effel se combiner dans ses aptitudes scientilLques, et gon admiration associera de plus en plufl le culte de Millon à celui de Newton et de Descart^. Mme Necker dit expressément : c il fait plus de cas de Milton que de Newton •.

L'«ee«sl*B qnl décide ■> vaeatiMi dn nalnrallste. Ses «•Ua^oratcBva. — Hais à son ardent désir de renommée il fallait un champ de travaux précix et une occasion de se produire. Or elle lui fut offerte, en 1739, lorsqu'à son lit de mort le savant DuEay, intendant du Jardin du Roi, eut l'heureuse pensée de désigner Buffon au choix de Louis XV, comme son plus digne successeur. Il put donc se vouer enfin au grand projet de décrire la jmlure, d'en raconter l'histoire, et d'en expliquer les lois. Ce fut dés lors son idée fixe, et ii ne cessa plus de la poursuivre avec une constance qui procédait d'un secret enthousiasme.

Pour exécuter un plan si grandiose, il lui fallait d'habiles auxiliaires qu'il pût animer de son soufUe. Parmi les notlaborateurs qui travaillèrent dans son atelier, et eurent l'honneur do contribuer à la beauté de ses tableaux, il n'est que juste àc signaler ici son compatriote, l'exact et laborieux Daubenton, qu'il s'adjoignit pour la partie descriptive et surtout anatomique. Le concours de Guéneau de Montbéliard ne lui fut pas moins précieux ; car cette plume ingénieuse sut, mieux que toute autre, dérober au maître quelques-uns de ses procédés. N'oublions pas non plus l'abbé Bexon qui mit la main à l'fiî^loirfi des Oiseaux. Leurs titres à notre souvenir ne sont toutefois que secondaires; car la présence du maître s'atteste, jusque dans leurs essais, par des retouches qui leur communiquent l'empreinte de son style.

Ce fut en 1749 que parurent la Théorie de la Terre et VHisloire naturtlte de l'homme, c'est-à-dire les trois premiers volumes de VHMoire naturelle, ce monument dont le titre seul exerçait une

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