‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 197 sur 244 · V* PÉRIODE : DÉMÊLÉS AVEC VOLTAIRE · texte numérisé non relu

V* PÉRIODE : DÉMÊLÉS AVEC VOLTAIRE

de fu»)l dans les champs et il manque d'être lapidé dans bk maison. C'était un coup de Voltaire. Les Lettres écrites de la Campagne, œuvre assez éloquente du procureur général Tronohin, avaient réduit au silence ses amis de Genève qui taxaient rt'illégal le décret du conseil contre l'Emile et le Contrat social. Rousseau riposte victorieusement par les Lettres êeritet de la Montagne (1764), mais il y dénonçait au passage, comme auteur du Sermon ties Cinquante, Voltaire, qui s'en défendait comme un beau diable, & son ordinaire. La riposte de Voltaire fut rapide, féroce, inexcusable. Il lança le pamplet du Sentiment des citoyens. On y dénonçait k l'indignation publique toutes les tares de la vie privée de Rousseau, l'abandon de ses enfants k l'hôpital, jusqu'à ce costume d'Arménien dont il s'afTUblait, c déguisé en saltimbanque », tandis que le malheureux y trouvait une commodité précieuse pour le traitement de sa maladie. On l'acou^ sait même d'avoir fait mourir la mère de Thérèse, laquelle vivait encore, comme il le fit remarquer, t On punit capitalenient un vil séditieux •, concluait sur. le beau ton le Pasquln, auteur anonyme de cet > infâme petit libelle >, comme on disait à Ferney, d'où il était parti.

Six senuilae* k me SaluUPIerre, — R*KMieati ft Sirtw* hnwrif, à Paris, ft L«ndreH (<1«E-<TM). — Cependant on s'indigne k Beplin ', tandis que Rousseau se réfugie k l'Ile Saint-Pierre, sur le lac de Bienne. 11 en est chassé par les autorités bernoises, fuit à Strasbourg où 11 passe un mois, fêté partout. Puis il traverse Paris, avec un sauf-conduit de Choiseul, et s'y arrête un peu (16 décembre4 janvier), grâce au prince de Conli qui le fait bénéficier du droit d'asile dont jouissait le Temple, sa propriété. Mais il y reçoit trop de visites au gré au tKOuvemement, qui hâte son départ, et il arrive enfin, le 13 janvier 1766, 4 Londres. 11 y avait été attiré par les conseils de ses amis et par le philosophe Hume, secrétaire de l'ambassade d'Angleterre h Paris, qui depuis.... Rousseau l'appelait alors • le bon David, le cher patron •.

Séfanr à Wsetton. — Un aceè« de folle. — TribalaUoiin

tv, par M. A. Jansen. p. IBfl sqq.,

hvGooj^lc

V PÉRIODE : GENÈ9E DES CONFESSIOtiS. 590

mêlée de beaucoup de faits qui en sont inséparables et 'qui compromettraient le secret d'autnii >. Cependant les cruelles nécessités de sa polémique et ses terreurs imaginaires l'amènent plusieurs fois à faire un tableau apologétique de sa vie. Vers la fin de 1761, s'imaginant que les retards tout accidentels de VÉmiie étaient l'effet d'un complot, il écrit des lettres folles au libraire Duchesne et à tous ses amis. Ceux-ci le rassurent, et l'impression s'achève. H. de Malesherbes, alors directeur de la librairie et qui avait patronné Rousseau de son mieux dans toute l'affaire, lui écrit avec une touchante bienveillance, BU sujet -de ■ cette mélancolie sombre qui fait le malheur de sa vie >. Ému, Rousseau répond par les Quatre Lettres à M. kPrégidentde Malesherbes (4, (2, 26, 2S janvier 1762), contenant île vrai tableau de son caractère et les vrais motifs de toute sa con duite », et où il se peint et s'analyse en tratts admirables La Lettre à Christophe de Beaumont lui est une nouvelle occa«i6n de présenter sa vie en raccourci. Ses amis l'invitaient toujours h publier ses mémoires, et, le 24 février 1764, Duclos lui écrit finement : < 11 me semble que vous les aviez commencés Je trouve dans Héloïse et dans Emile des morceaux qui sont plus copiés qu'imités delà nature. Ce n'est pas ainsi qu on imagine > LeSentiment des citoyens, V • infâme brochure » reçue en étren nés, le 2 janvier 1765, vint lever ses scrupules < J ai beaucoup h dire, écrit-il .à Duclos (13 janvier 1765), et je dirai tout > ; et il a tout dit, dieenda tacenda locittus. Les Confessions furent commencées au début de 1765, et le douzième et dernier livre terminé dès le commencement de 1771. Déjà il avait esquissé, en 'guise d'introduction, un fragment intitulé Mon Portrait, titre qui devait être celui de l'ouvrage ; puis dans une introduction, récemment publiée, qui est de 1765, il écrivait : < Ce sont mes confessions à toute rigueur. Il est juste que ma réputation expie le mal que le désir de la conserver m'a fait faire. >

En 1770, comptant que son séjour à Paris serait toléré par Choiseul, il y accourt pour faire son apologie. Le précieux manuscrit des Confessions h la main — manuscrit terminé è l'encre de Chine puisqu'il croit qu'on lui dérobe l'encre ordinaire, — il en fait des lectures k des auditeurs choisis. Hélas! le succès est de scandale, et les auditeurs vont au dehors tra-

Tâstir les faits, les journaux aidant. Rousseau en. gémit, s'en désespère, regrette même dans son Testaient (1771) d'avoir été dupe du 4 prestige de l'amour-propre >.

Alors, aiguillonné par son délire, il rédige, entre la fin de 1772 et le commencement de 1776,^ l'opuscule étrange qui a pour titre : Bousteau, juge de Jean-Jacques Rousseau. Dialogues. Le délire y est visible ; il pousse l'auteur jusqu'à vouloir porter Bon manuscrit sur l'autel de Notre-Dame, avec la auscription : ( Dépôt remis à ta Providence », et avec l'espoir que cet éclat fera» parvenir son manuscrit jusque sous les yeux du roi »,Une grille fermée l'arrête dans l'exécution de ce projet et il reprend la plume, remaniant et multipliant les manuscrits de ses Confeslions et de ses Dialogues. Enfin, dans une période d'accalmie, il écrit le supplément auxCoR/'eMion«,tantdefoisannoncé,cesdix Riverie» du Promeneur solitaire, suite de celte infatigable apologie de sa vie et de ses œuvres, que la mort seule interrompit.

Tous ces écrits, sur la volonté expresse de Rousseau, ne devaient voir le jour qu'au xix" siècle, et parurent peu après sa mort. Le manuscrit définitif des Confessions avait été remis BOlennellement par Rousseau lui-même aux Moultou, des amis Rùrs, de passage à Paris, en 1776. Paul Uoultou en piri)lie à Genève les six premiers livres eu 1781, et son fib Pierre y publie les six autres en 1788, le tout très expurgé. Du Peyrou proteste contre cette édition tronquée et donne aussi la sienne, arec une clef. Enfin une troisième édition avec les noms en toutes lettres, et sans aucuns ménagements, mais sans critique, et qui laisse encore à désirer l'édition définitive, malgré les rééditions ultérieures, parait en 1793. Elle est à peu près complète et conforme au texte intégral du manuscrit offert h la Ck>nvention par Thérèse Levasseur, qui signe ■ famé dcu gean iacque rousseau >, lui survécut vingt-trois ans et exploita sa mémoire sans vergogne.

Les tanit demlferra annéesi — BaBBaean tiitlnte> — Il y en avait dix qu'il était mort, quand parut cette édition complète de ses Confissions. Il avait habité, pendant les huit dernières années de sa vie, rue Pl&trière, le quatrième étage d'une maison qui faisait hier encore le coin de la rue Jean- Jacques-Rousseau et delà rue Coquillière (présentement n" H). 11 en sortait dès

Page 1