LES DIALOGUES ET LES RÊVERIES
plus pasiionnant, pour employer nu néologisme qu'il eût pardonné.
Les Dlalosnes t L'teatnre d'nite « laugluatioH effartm-
cli«e ï. — Les Confessions s'arrêtent à boq départ de l'Ue Saint- Pierre, mais deux ouvrages leur font suite. Le premier en date est composé de ces trois étranges dialogues intitulés : fiotisseou juge de Jean-Jacques, où Rousseau discute sur Jean-Jacques, avec un Prançait prévenu contre lui. H y défend pied à pied, contre les préventions de son interlocuteur, l'Innocence de ses actes et l'authenticité de ses écrits. Il dispute à ses persécuteurs, à ( nos messieurs >, aux ■ ligueurs >, aux t complots et aux complices i, son < cadavre moral », pour le ressusciter. Il proteste de sa bonté, de sa • passion la plus vive et la plus i-aine i|ui était d'être aimé >; et il en appelle là-dessus h tous ces témoins de sa vie, t h son chien, à sa chatte, à un serin > dont » il était l'ami, presque l'esclave >. 11 y plaide enlln le pour et le contre avec une prolixité dont il se lamente, avouant qu'il est incapable d'y • mettre un peu d'ordre et de suite >, et que le dégoût « et le serrement de cœur l'étouffent ». Et pourtant à travers cette plaidoirie haletante, œuvre de ■ son imagination efTarouchée », nous voyons briller des aperçus sur sa vie et son œuvre dont nous avons mis plus haut à profit la netteté. Et çâ et là quels accents pathétiques, tandis qu'il met sous nos yeux son « cœur transparent comme le cristal » ! ou encore quelle biiarrerie dans les saillies d'une verve qui grimace douloureusement, par exemple dans cette étrange comparaison de Rousseau et du héros picaresque LaïariUe de Termes, qui donnera la mesure du reste : t Quand le pauvre Lazarille de Tormes, attaché dans le fond d'une cuve, la tète seule hors de l'eau, couronné de roseaux et d'algue, était promené de ville en ville comme un monstre marin, les spectateurs extravaguaient-ils de le prendre pour tel, ignorant qu'on l'empêchait de parler, et que, s'il voulait crier qu'il n'était pas un monstre marin, une corde tirée en cachette le forçait de faire à l'instant le plongeon î Supposons qu'un d'entre eux plus attentif, apercevant cette manœuvre et par là devinant le reste, leur eût crié : L'on vous trompe, ce prétendu monstre est un homme, n'y eùt-il pas eu plus que de l'humeur à s'offenser de cette exclamation,
comme d'un reproche qu'ils étsieot tous des insensést > Patir pauvre Rousseau! mais c'est encore Bousseau. Il ne passa pas moins de quatre années de ce ■ délire ■ dont il évalue la durée à dix ans, h écrire ces dialogues, monument navrant du chaos de son esprit envahi par la folie.
Le« • ■êverle> an PrftBicn«iir •allUdre -. — Vm lBl«rvalle de pleine qnlétade. — LKBc«eHr deUelense et limpidité ■■allérable da style, — A cette triste période succéda • un intervalle de pleine quiétude et de repos absolu », qui devait durer jusqu'à la crise obscure de la dernière heure, et auquel nous devons les Rêveries du Promeneur solitaire, • suite, dit'il, de l'examen sévère et sincère que j'appelai jadis mes Con/éssiofU >. Il l'appelle ( un informe journal de ses rêveries >. Gardons-nous bien de le croire sur parole. Ce dernier écrit de Rousseau est fécond en sensations toutes nouvelles. On y est eo face d'un Jean-Jacques attendri, bâtissant encore des châteaux en Espagne tels que le : Si j'eusse été poisesteur de l'anneau de Bygès (Vf Promenade), qui fait pendant au i Si fêlais riche, de l'Emile; étendant son i Âme expajisive > sur tous les êtres : • Je sens, écrit-il, des extases, des ravissements inexprimables è. me fondre, pour ainsi dire, dans le système des êtres, à m'identiller avec la nature entière >. Et ce sont de touchantes descriptions de ses derniers divertissements, de ses herborisations savantes — jusque « sur la cage de ses oiseaux i ou à travers les champs de la banlieue — et surtout du besoin d'aimer de sa vieille Ame sensible. Un invalide ayant accepté que Rousseau paye son péage pour gagner cette lie des Cygnes — où il fut question de placer son tombeau, — il est ■ assez enfant pour en pleurer d'aise ». Mais le voilà distribuant, au bois de Boulogne, des oublies & une bande joyeuse de petites filles, et cherchant dans les yeux d'un enfant encore en jaquette une • pure caresse », avec ce cri de remords à l'idée de ses propres enfante abandonnés : < Ah I je ne serais pas obligé de chercher panni les animaux le regard de la bienveiUance i • Mais un petit garçon de cinq h six ans a saisi ses vieux genoux : quelle alarme alors! c mes entrailles s'émurent; je me disais : c'est ainsi que f aurais été traité des miens ». Ailleurs il analysera ses sensations après un heurt terrible, avec une curiosité toute