LETTRES DU XVII- ET DU XVIII* SIÈCLE
I, — Faits historiques.
Il» ClmiiHoii de Boland, et les tradlUoDa hlstorlqnca. — Éginbkrd. — L'Astronome Untonsln. — Si l'épopée a le privilège de charmer l'enfance ou la jeunesse des peuples, on ne saurait nier que la France, elle aussi, et plus qu'aucune autre nation moderne, ait entendu la voix de la Muse héroïque. En cfTet, durant les temps qui riirent l'aurore du moyen âge et de la société féodale il y eut une telle floraison de poésie guorrièrc et chrétienne, chevaleresque et galante, Féerique et romanesque, que la critique achève à peine de s'orienter parmi la masse de ces poèmes dits, dès le XlU' siècle, chansons de Geste, dont le nombre est d'une centaine et dont l'étendue va de mille
ÉTDPEB LUTrilUnEg. Il- — t
2 lA CHANSON DE ROLAND.
à" vingt mille vers. Ils gravitent autour des noms idéalisés par l'enthousiasme populaire , et se ramènent à ces trois groupes dits du cj/cie français, du cycle breton et du cycle antique, que le trouvèi'c Jean Bodel d'Arras distinguait déjà, en CCS termes, au début de sa Chcmion des Saxons (.\iir siècle) :
Hais ce n'est pas ici le lieu d'opter les problèmes qui inléressenl cet épanouissement touffu de poèmes indigènes '. Il nous sufllra d'observer que chaque grande famille, chaque province, chaque race eut ses héros, et qu'au*dessus de ces ligures em pruntées à des légendes locales grandit et linit par dominer celle de Charlemagne, et que lie toutes les chansons dont ses gestes ou hauts faits furent le centre, la plus mémorable est celle de Roncevaux.
Elle fut inspirée par le retentissement prolongé d'un fait historique, du moins s'il faut en croire ce que raconte le vieux chroniqueur Angilbert, dans une page des A nnales qu'on a longtemps attribuées à Eginhard. La voici traduite du latin oi-tginal : t L'an du Christ 777, Charlemagne était à Paderborn, lorsque l'émir Ibinalarabi vint se présenter à l'empereur, avec d'autres Sarrasins ses compagnons, pour lui faire don de sa personne et des cités que le roi des Sarrasins avait conliées à sa garde. L'année suivante, cédant aux conseils des Sarrasins, et entraîné par l'espoir bienfondé de conquérir uneparlie de l'Espagne, Charlemagne rassembla son armée, et se mit en marche. Il franchit la cime des Pyrénées, dans le pays des Gascons, attaqua d'abord l^ampelune, dans la Navarre, et reçut la soumission de cette ville. Ensuite il passa l'Ébre à gué, s'approcha de Cœsaraugusta (Saragosse), capitale de cette contrée, emmena les otages que lui offraient Ibinalarabi, Aubuthaur et quelques autres chefs, puis revint à Pampelunc. Il en rasa les murs jusqu'au sol pour que ses habitants ne pussent se révolter. Alors, résolu au retour, il
1. On ifonvers un résuma do l'6tal flctusl de la pbilologio et de 1* critiquo aiir ;Vn«?BiK[«rM. EoBènol-intilhat, t. 1. ï-éd., p. «-59 (Paris, André-Gii Won).