FAITS HISTORIQUES
s'engageadans les déQlés des Pyrénées; mais les Gascons s'étaient placés en embuscade au sommet dea monts. Ayant assailli l'arrière-garde, ils jettent l'armée tout entière dans une ifrande confusion. Les Francs semblaient supérieurs par Tarmement et la valeur; mais le désavantage des lieux et la nouveauté d'un combat trop inégal causèrent leur défaite. Dans celte affaire périreut la plupart des olliciers du palais [aulkonan] chargés par le roi du commandement des troupes ; les bagages furent pillés. et l'ennemi, favorisé par la connaissance qu'il avait du paya, se dispersa aussitôt de toutes parts. Un si cruel revers obscurcit presque entièrement dans le cœur du roi la joie des succès remportés en Espagne '. »
D'aiUeurs Ëginhard lui-même, dans la Vie de Cliarkmagne, sod maître, avait narré ainsi le désastre : • Tandis que l'armée, dan% un étroit déOlé, se trouvait forcée de marcher sur une seule ligne, longue et mince, les Gascons, embusqués sur la crèle des montagnes, où l'épaisseur des forêts favorise les surprises, fondirent en courant sur la queue des bagages et les troupes d'arrière-garde. Ils les culbutèrent au fond de la vallée, et là se livra une bataille où les Francs furent anéantis jusqu'au dernier.... Dans ce combat périrent Eggihard, maitre d'hétel du roi, Anselme, comte du Palais, Roland, préfet de la marche de Brelagne (Bruodlandus Britaimici limilis pnefectus), et beaucoup d'autres '. » On ne saurait donc nier un événement attesté par des t«moigiiages si précis dont l'authenticité ne parait pas douteuse, et par un deuil universel dont la douleur fut si profonde qu'un autre chroniqueur, VAslrotume Limomin, pouvait dire : « Je me dispense de citer les noms de ceux de l'arrière-garde royale qui furent lues à celte même montagne, parce qu'Us sont connus de tous ^ >.
Le déMstr« d« RaneevKiiK. ^~ Les «nBchroNisMea de I* légeade popnbUre. — Ajoutons qu'une tradition constante place le théâtre de cette défaite à Ronceveaux, en Espagne, à deux pas de notre frontière, sur la route qui va de Pompe-
1. Édition de la Société de l'Hisloire de France, 1. 1, p. 110 {Vie de Charta),
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lune h. Saint-Jean-Pied -de-Port ' . Déjà, près de deux siècles auparavant, en 635, un des douze lieutenants de Dagobert envoyé par lui contre les Gascons qui pillaient l'Aquitaine, avait succombé pareillement, non loin de ce défilé, dans la vallée de Su6oJo ou Mauléon. Plus tard, en 8)2, au lendemain d'une expédition en Espagne, Louis le Débonnaire faillit aussi être surpris dans ces gorges nérastes. Enfin, en 824, ces mêmes montagnards écrasèrent les ducs Èble et Asinaire qui avaient voulu châtier leurs continuelles déprédations.
Tous ces griefs se confondirent bientôt en un seul, celui qu'illustrait la grande mémoire de Charlemagne : car le peuple aime à simplifier ses souvenirs par des anachronismee où se complaisent ses oublis et ses ignorances. Gr&ce à la même illusion, l'instinct national ne tarda pas à falsifier les circonstances du drame lointain qui avait ému le cœur de la France. Sous le coup de l'ef&oi causé par les invasions musulmanes, on s'était habitué à ne voir que des Sarrasins dans toute armée embusquée derrière les Pyrénées; et l'idée fixe du péril présent ou prochain préoccupa tellement les esprits, qu'ils attribuèrent à l'ennemi permanent le guet-apens de Roncevaux. Cette erreur s'accrédita d'autant mieux que l'idée de la croisade germait déjà dans les foules. Lors même que le poète aurait su la vérité, il se serait bien gardé de ladite; car ses auditeurs n'eussent pas voulu l'entendre. Pour les émouvoir, il fallait réveiller leurs colères et prêcher la revanche. A la veille du jour où la guerre sainte allait éclater, le rapsode ne pouvait donc que préluder aux belliijueux sermons de Pierre l'Ermite. Voilà pourquoi son chant devint un appel aux représailles qui prétendaient écraser les vautours dans leur nid et détruire Mahomet au siège même de son empire.
Ubiquité de Boland. — Il détint l'Achille ehrétlen dm moyen Age. — C'est ainsi que se joue le caprice de la légende; elle aime à exaller et à transfigurer les humbles. Tandis que l'ombre s'épaissit sur les héros historiques dont l'apparition a ébranlé la terre, et que le silence pèse sur les exploits d'un Sésostris, d'un Cyrus, d'un Attila ou d'un Gengis-khan, la fantaisie de la
1. En ITSJ, les Français renversèrent un monument i\ovi par les Espagnols,