‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 36 sur 244 · NARRATIONS, HARANGUES ET STYLE · texte numérisé non relu

NARRATIONS, HARANGUES ET STYLE

comme daDs les harangues, est, outre la limpidité des expreS' slons el la netteté du contour des phrases, une sobriété poussée jusqu'au laconisme. On a cherché la cause de c« laconisme séïère daoa l'indigence et la rudesse de sa langue. Pour voir rinsufrisance de cette explication , il suffît de se rappeler la fluidité de sljle des trouvères épiques et lyrii^ues de l'âge précédent. Or cette fluidité, bien loin de se figer dans la prose de l'âge suivant, deviendra l'abondance quelque peu fastidieuse d'autres prosateurs presque contemporains de Yillehardouin, comme les romanciers en prose du cycle breton. Elle se retrouve dans les chroniques de Henri de Valencieones et de Robert de Clari, sans pousser jusqu'au ménestrel de Reims déjà si raffiné. En réalité, Yillehardouin lit de la langue du xii^ siècle, si claire, si rapide et déjà si française, un usage adapté à la nature de son esprit. Sa concIsioD est voulue. C'est le capitaine qui partout donne le ton aux récits de batailles; c'est le diplomate qui met en clair tes intrigues : c'est l'orateur d'affaires qui coupe court aux développements de pure rhétorique. Voilà pourquoi Villehardouin a retrouvé, pour son compte, la sobriété qui est la caraclérislique de nos meilleures gestes. C'est la la ressemblance la plus réelle qu'il ait avec leurs auteurs anonymes, et uous venons de voir qu'elle tenait à des causes toutes personnelles.

VUlebHDl**)», Hérodote et Jnlea Cé»ar. — Dans le voisinage de la décadence des chansons de' gestes, il est une exception; et il diffère autant des chroniqueurs qui l'entourent ou le suivent immédiatement, que le Roland diffère des prolixes romans bretons ou antiques.

Sans doute, ce premier en date de nos chroniqueurs succède aux trouvères épiques, comme Hérodote à Homère. On a jn^mc pu signaler chez lui l'im perso un alité objeelive du poète vpjque, quelques formules importées directement de nos épopées, et notamment ce procédé si caractéristique de la naïveté de tous les temps, depuis Homère jusqu'aux Contes de ma mire l'Oy«, qui consiste à exprimer les mêmes choses dans les mêmes termes, à l'occasion, avec les légers changements nécessaires, mMtatis mulandis, comme disent les scoliastes. 11 n'est pas jusqu'à la division de son récit en paragraphes, semblables aux

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