‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 39 sur 244 · LES MANUSCRITS · texte numérisé non relu

LES MANUSCRITS

du corps saint. Il entendit l'oraison funèbre prononcée par le frère Jehan de Samois, qui, en célébrant la loyauté du roi, invoqua le témoignage de Joinville, lequel n'avait garde de se faire là l'avocat du diable, car il consacra à saint Louis un B.ulel dans sa chapelle de Saint-Laurent, k JoinTiUc.

Ce fui peu de temps après qu'il entreprit ses Mémoires, pour satisfaire au désir de la reine Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel, et mère de Louis le Hutin. Comme elle mourut, le 2 avril 1305, avant que l'œuvre cdt été lenninéc, Joinville dédia son livre au fils de cette princesse, Louis le Hutin, qui n'était encore que roi de Navarre, par conséquent vers 1309. En 13iS, convoqué sous l'oriflamme pour marcher contre tes Flamands, le vieillard, toujours vert, répondit à cet appel, comme l'atteste une lettre écrite au roi dans cette occasion '. Revenu de cette campagne vers 1317, il mourut le 16 juillet 1317, à l'âge lie quatre-vingl-treiie ans.

Val«mr relative des maiinscrita. L'exenplalre de Louis le HnHm, <30S. Les textes de Braxellea, de LnciiBes, de M, BrlBMrt-BlHé. — Quant au principal monument de sa reconnaissaoce, il fallut plusieurs siècles pour qu'il put être restauré dans sa simplicité primitive, h peu près tel qu'il fut dicté par l'aimable sénéchal dont l'imagination restait si fraiche, en dépit de ses cheveux blancs. Il est du moins certain que nous n'avons pas le texte original offert h Louis le Hutin, non plos que les copies faites peu de temps après, du vivant même de l'auteur, notamment celle qu'il avait dû garder en ses archives. Après la mort du roi, le précieux parchemin n'est signalé ni parmi les vingt-neuf volumes de sa bibliothèque, ni dans l'inventaire de sa veuve, la reine Clémence, ou de Jeanne d'Eïreui, épouse de Charles le Bel. 11 est vrai que le catalogue de Charles V et Charles VI mentionne, en 1414, un texte qui fut ou l'original ou une copie récente *. Mais, depuis, ses traces ont été perdues.

1. Elle e« daiée dn second dimanche de inin 131S. Voir édition rfe Waillj/, in-j, p. 4-&.

3. 11 ost ainsi déiùgaé : • Une grsnt partie de la vie et des fais menaeignear SiintLoys qne Sat faire le seignear de Jaunville; tr«s bien escrïpt et historié. Escript de lettres de Tonne en frantois ï deux ealombes; commenCMit an

46 OINVILLE.

De lous tes exemplaires qui ont échappé à ce naufrage, le plus ancien est celui de ta Bîbliottièque nationale, iascrit sous le n" 2016. Il avait appartenu aux ducs de Bourgogne, et fut rapporté de Bruxelles par le maréctial de Saxe, comme un troptiée de sa campagne de 1744. Si l'on en juge d'après les formes de l'ortliograptie qui rappelle le français parte bous Cliarlea V, et dut être rajeunie, ce texte remonte à la lin du xiv siècle '. Pourtant, malgré ces altérations, il est sans contredit le plus pur : aussi a-t-il justement servi de base k nos éditions savantes, depuis Capperonnier (1784) jusqu'A M. de Wailly (1867-1874).

On connaît encore un autre manuscrit d'autorité moindre. Découvert à Lucques par Sainte^Palaye, en 174t, il date probablement du xvi" siècle ; mais il a conservé parfois l'empreinip du texte primitif que le scribe eut sous tes yeux. 11 provenait de ta Duchesse Antoinette de Bourbon, femme de Claude de Lorraine, premier duc de Guise, et seigneur de Joiaville '. En 1^0, elle l'avait communiqué h Louis Lasseré, chanoine de Saint-Martin de Tours, qui en usa pour composer un Abrégé de l'histoire desainl Louis.

Enlin, un particulier, M. Brissart^Biné possède un troisième texte, qui doit être de la même époque, comme le prouvent les méprises du transcripteur qui, ne sachant pas les rè^es du vioTix français, par exemple celle de Vs ', prend souvent des singuliers pour des pluriels, ou change absolument le sens de mots tombés en désuétude. Du reste, ces trois leçons ne se distinguent que par des variantes grammaticales : car, pour ce qui est du fond des choses, il y a presque partout concordance,

I.«B pplnctpalen édlliona, 4e 1547 à 1874. — 11 convient de citer aussi, mais seulement pour mémoire, deux manuscrits

1. Los retouches sont anotagucs à cel manuscrit des .tf™cfc* de laitit Zo«i., -

ouvrage du confesseur do la reiro

MsrguBrite —, dont nons avona le texte nr Joinville.

9. Il est coté, i. la BlbliothËque royale d çaÎB. Sur la pramière page, une miniature i. Louis le Hulin.

milif, contoniporain des mémoires do

e Lucques, n" 206, supplÉmont franropréscnle Joinville offrant son livre

3. Cotte règle attribuait à la plupart de lier, quand ils étaient le sujet do la phra

e. Cette lettre disparaissait au cas

régime. i;inverse avait lieu au pluriel, p

du ivi- siècle eurent *lre copiés sur

l'original conservé au chSieau de Joinvill

LES PRINCIPALES ÉDITIONS. il

qui ont péri : celtii du roi René de Sicile, et celui de Laval rencontré en 16(6 dans les papiers d'un ministre protestant. L'un servit à l'édition publiée à Poitiers, en 1547, par Pierre de Rieux qui, la dédiant à François I", se vante d'avoir su • polir son auteur, et te dresser en meilleur ordre >. L'autre fui le modèle reproduit, non sans des retouches trop nombreuses, par Claude Ménard, en 1617. Tous deux furent collalionnés par Du Gange qui, en 1668, essaya de les corriger par une mutuelle recension. C'était le premiei pas de la critique ; mais l'épée du maréchal Je Saxe (it plus pour Joinville que la plume des savants. Car c'est au texie de Bruxelles que nous devons la bonne fortune lie pouvoir lire le gentil chroniqueur avec une connance que ne ronnurent ni Montaigne, ni Pénelon. Dans les doctes travaux dont il a été l'objet, la meilleure part de notre gratitude doit revenir h H-. Natalis de Wailly, dont l'érudition prudente et hardie a tinî par rétablir la langue même de l'auteur, avec ses formes particulières et les habitudes constantes d'une syntaxe où se combinent le dialecte champenois du xiii" siècle et celui d« l'Ile-de-France. Le savant éditeur a fondé ses inductions sur une lettre authentique de Joinville, de 1315, «ur le texte original de son Credo, et sur 26 chartes rédigées par la chancellerie du sénéchal, depuis 1238 jusqu'à sa mort Les pièces sur 'eiiquelles reposent ses conjectures sont très correble^ Le copiste devait être un clerc assez lettré. Il applique 500 fois la règle de l'article, et ne l'oublie que trois fois. Celle du sujet singulier est respectée 835 fois, et négligée 7 fois seulement. Quant à ceUe du sujet pluriel, il y a 6 infractions contre 3SS passages fidèles au principe '.

La mémotre dn c«e«ir ehes Joinville. — Aalorilé de mck •wnveni». __ Mais laissons là ces détails ingrats pour considérer l'œuvre elle-même. La chronique de Joinville n'a pas été composée, comme celle de Viilehardouin, dans le feu des événements et parmi les chances incertaines de leur issue. Depuis longtemps la croisade avait dit son dernier mot; et c'est vers

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