JOURNÉE DE LA MA5S0URE. B
Gaulierde Cnreil, qui disait : ■ Nul ne nous peut défendre de ce péril, excepté Dieu. Toutes les fois qu'ils nous lanceront le feu, je suis donc d'avis que nous nous mettions sur nos coudes et nos genoux pour supplier Notre Seigneur. »
Bref, ils perdirent cinquante jours en travaux inutiles; or, lin beau malin, grâce à un Bédouin, ils découvrirent que le fieuïeélail guéable. Ils le traversèrent donc h pied, vers l'aube, le 8 février, sous les traits des Turcs qui les attendaient k l'arriïée '. Alors commença cette série de combats qui, livrés parmi des chances diverses, du mardi gras 8 février 1230 au samedi suivant, se terminèrent par la défaite et la captivité de Louis IX.
4»«rBée de ■• MASSonre. — Un peintre de bataille. — La première journée fut une victoire, mais chèrement achetée, no fût-ce que par la mort du comte d'Artois, frère du roi, jeune homme bouillant d'ardeur, qui, sourd à de sages conseils, se porta le premier en avant, sans être appuyé par des renforts promis, renversa loul sur son passage, et, entraînant par son eiemple Télite des Templiers, se lança bride abattue, tête baissée, dans la ville de la Hassou'rc (Mansourah), où, enveloppé d'ennemis invisibles, en des rues étroites et barricadées, il périt avec le sire de Goucy et toute la fleur de la chevalerie, Cependaot, Joinville se défendait de son mieux dans la plaine contre nne nuée de mameluks, notant, dans le las, d'horribles plaies, celle d'Erard de Siverey, par exemple, frappé d'un tel coup d'épée « que le nez lui tombait sur la lèvre •■ Blessé luimême d'un coup de lance, et jeté à bas de sa monture, il appelait à son aide • monseigneur Kainl Jacques • , son patron, lorsque au milieu de sa détresse il entendit un grand bruit de fanfares, de trompes et de timbales. C'était le roi qui, averti du danger de son frère, accourait avec son corps de bataille. -Uops Joinville, qui l'aperçut de loin arrêté sur nne hauteur, laisse échapper ce cri d'admiration : ■ Jamais si bel homme armé ne vis; car il paraissait au-dessus de tous ses gens, des
épaules jusqu'à la lète, un heaume doré sur son chef, une épée d'Allemagne à la main. » N'est-ce point le cas de redire avec Sainte-Beuve : • Peintres de balaîlles, que vous en semble? Dans le fond, la Massoure où s'est enfoncée k corps perdu la téméraire avant-garde ; partout, dans la plaine, des groupes épars, la mêlée çà et là, d'uD cùlé la masure où s'appuient Joinville et ses preux harcelés par un essaim de Turcs, de l'autre, dans le fond opposé, le canal où Sarrasins ot chrétiens s'engoufifrent pÊle-mële avec leurs chevaux noyés ou à la nage; et, au premier plan, saint Louis, sur un tertre, dans ce glorieux appareil de combat. >
Oui, voilà bien le point lumineux du tableau, le moment décisif de cette rude affaire où on ne luttait plus à l'arbalète, mais de près et corps à corps. Le roi lui-même, cerné par sis assaillants qui tenaient le frein de son cheval et l'emmenairat prisonnier, dut se dégager tout seul à grands coups d'épée,: puis il délivra, sous une pluie de feu grégeois, le comte d'Anjou, fait prisonnier. On peut afTinner que, par ses prodiges de valeur, il sauva son armée, dans cette journée qui fut en sa personne le suprême épanouissement comme le bouquet de la chevalerie chrétienne. Plus tard il y aura des fastes militaires où l'héroïsme ne sera pas moindre, mais il sera inspiré par l'honneur, et non plus par ta seule gloire de Dieu.
Au coucher du soleil, les Sarrasins étaient dicon^ta, comme dit le chroniqueur; et le i^oi de France pouvait coucher sur son champ de bataille. Joinville, qui ne le quitta pas, le reconduisit vers sa tente : chemin faisant, il le pria d'ôter son heaume • et lui bailla son chapel de fer, pour qu'il eût frais au visage >. Ce fut alors qu'à Joinville demandant des nouvelles du frère du roi, du comte d'Artois, Louis IX répondit qu'il en savait, < car il ne doutait pas qu'il ne fût en Paradis >. Mais, tout en louant Dieu • de ce qu'il lui donnait >, il avait < des larmes qui lui tombaient des yeux moult grosses >.
L«8 IléaBx d'Egypte. — Beiraite. — Désasireia. — SbIbI LobIb et JalnvlUe prlsonnlcFs. ^- Au lendemain de cet avantage inespéré, le mieux eût été de retourner au plus tôt à Damiette- Mais on ne le fit pas, et il n'y eut plus qu'une suite d'irréparables malheurs : aux menaces de l'ennemi s'ajoutèrent la