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très bien armés, et ea fort bel attirail, puis se vinrent arranger près de nous. »
Quant au roi, on lui avait conseillé de rester en sa nef, et d'y attendre Tissue des opérations, comme fera plus tard Louis XIV au passage du Rhin. Mais il se refusa résolument à rester attaché par sa grandeur; et dès qu'il eut ouï dire que l'enseigne de Saint-Denis était à terre, traversant à grands pas son vaisseau, malgré le Légat du pape qui voulait le retenir, t il sauta dans la mer, où il eut de l'ean jusqu'aux aisselles >. Alors, ( l'écu au col, le heaume en la tète, et le glaive en main, il alla jusqu'à ses gens qui étaient sur te rivage. Quand il aperçut les Sarrasins, il mit son glaive en arrêt, et leur efit couru sus, si ses prudhommes l'eussent eoulfert. >
N'est-ce point là une page d'épopée? Dans le rapide éclair de ce souvenir brille la Âamme de la jeunesse; il est radieux comme l'enthousiasme d'une heure victorieuse. On put croire un instant que la Croix allait faire miracle : car, malgré les imprudences de l'assaillant, les Sarrasins furent saisis d'effroi , et, après une ou deux charges, ne recevant aucun ordre de leur Sultan qui souffrait d'une maladie mortelle, ils abandonnèrent brusquement aux Français la cité de Damiette qu'il leur eût été si facile de défendre, se contentant d'en brûler le riche bazar. Or, s'ils avaient tenu bon, que serait devenue cette multitude campant sur le sable, sous un soleil brillant, avec femmes et enfants, en grand désordre, dénuée de tout ce qui est indispensable à l'entretien ou à la subsistance d'une armée? Har la foi qui avait inspiré la croisade faisait oublier les moyens humains qui en eussent préparé le succès. Ce qui nous frappe ici dès le début, c'est la confusion d'une guerre féodale où des chefs s'engagent témérairement avec un désarroi que compliquent bientôt fautes sur fautes.
Sé|*Br h Dmnletle. — Marebe sar le CUre. — Le fen (reccDla. — La première de ces fautes fuj la résolution de passer à Damiette l'été de 12't9, jusqu'au jour où les eaux du Nil commenceraient leur retraite, pour y attendre Alphonse et sa réserve; car ces retards aggravèrent Tindiscipline ordinaire h toute armée du moyen âge. Favorisée par l'inaction, la licence se mit de plus en plus dans cette foule qui s'énerva sous les
séductions d'un climat corrupteur. L'exemple partit de haut : * Les barons, qui auraient dû garder du leur pourle bien employci' en lemps et lieu, se prirent à donner les grands mango-s el les outrageuses viandes. > Nous ne parlons pas du reste. Le menu peuple suivit, et l'orgie la plus brutale eut ses coudées franches, c à une porléc de petite pierre autour du pavillon royal >. Le bon roi on fut réduit h fermer les yeux; car il n'était pas maître dans son camp : peut-être aussi s 'entendait- il mieux à tranEformer les mosquées en églises, ou à ordonner des processions, qu'à organiser un plan de campagne, et à faire œuvre do général ou de politique.
Cependant, dès que la saison parut propice,- on se mit on marche vers Babylono, c'est-à-drre vers le Caire, ainsi que l'avait conseillé le comte d'Artois, Mais que d'obstacles dès le premier pas! 11 s'agissait do traverser un des bras du Nil, el l'on n'y parvint qu'après de vains et gauches elTorts, toujours déjoués par des attaques ou des ruses qui détruiraient en quelques heures l'ouvrage de plusieurs semaines. Le plus terrible engin fut le feu grégeois ' lancé sur les tours en bois (ou ehatsnhdteau.t) que les croisés construisaient pour soutenir les travailleurs. ■ Sa façon était telle qu'il venait par devant aussi gros qu'un tonnel de verjus, et la queue enflammée qui en sortait était bien aussi grande qu'une lance. Il faisait un tel bruit en venant qu'il semblait que ce fût la foudre. On eût dit un dragon qui volait par l'air. Il jetait telle clarté que l'en voyait aussi clair pai'mi le camp que s'il eût été jour. » Pour les croyants d'alors il y avait là je ne sais quelle magie diabolique. Aussi, toutes les fois que détonaient ces fusées, le pieux roi se dressail-il sur son lit; et. les mains tendues vers le ciel, il s'écriait en pleurant : ■ Beau Sire Dieu, gaidez-moi mes gens », prièi'es • qui nous firent grand profil dans le besoin », ajoute Joinvillc; car, lui aussi, il était persuadé que des oraisons étaient la n^eiUeuro garantie contre ces formidables bor-, dées. En cela, il pen=ait comme un de ses frères d'armes.