‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 51 sur 244 · X.E CHRONIQUEUR · texte numérisé non relu

X.E CHRONIQUEUR

AMaljMc de* ^|Ulv« llTre> dea ■ CkrvKiqHc* •. — Froissul, dès les premières lignes de ses Chroniques, en définit l'objet et le contenu. S'il cronisa tout cela, c'est c afln que les

grans merveilles et li biau fait d'armes qui sont avenu par les grans guerres de France et d'Angleterre et des royaumes voisins, dont li roy et leurs consaulz {conseil») sont cause, soient notablemcnlregistréetoutamps présent et jt venir veû et cogoQ ■. Toute celte matière se répartit en quatre livres. Le premier, de beaucoup le plus important et le plus intéressant et qui fut de bonne heure populaire, raconte les événements compris entre 43So et 137S, depuis la révolution de palais qui mit Edouard 111 sur le trône, jusqu'à la mort de ce prince, qui rétablit nos affaires. Il déroule la lugubre épopée de Crécy et de Poitiers, avec les émouvants épisodes des Flandres et d'Ecosse, de la pesl« noire et des Grandes Compagnies, de la commune de Paris et de la Jacquerie. Le deuxième livre nous conduit jusqu'en 1385 et comprend les démêlés du roi de France et du roi de Navarre, le début du Grand Schisme, la suite des guerres de Flandre et de Bretagne, avec les épisodes si curieux de la boucherie des bourgeois flamands à Rosebecque et de la répressioD sanglante des Jacques anglais, fanatisés par Jehan Balle el menés par Wat Tyler. Le troisième livre débute par le long el attachant récit du voyage de Proissarl à travers la France pour gagner la cour de Gaston Phœbua où il amasse les malériatii de cette histoire des guerres d'Espagne et de Portugal (ISâS- 1388), qui est l'objet principal de ce livre. Il se termine par un retour au sujet principal des chroniques, et Froissart y fait le récit des préparalifs de descente en Angleterre, des causes de leur avortement, des démêlés de Richard Jl avec le duc de Glocester, enfin de sa trêve avec Charles VI. Le quatrième Uvre s'ouvre par des tableaux d'entrées et de tournées royales, de fêtes et de tournois. Il se continue par le récit picaresque des exploits des routiers qui mettent à prolil, à leur manière, le départ d'un bon nombre de seigneurs pour un semblant de croisade, à la suite du duc de Bourbon. Il s'assombrit avec la folie de Charles IV et ses suites ; et s'achève enfin, comme le premier avait commencé, par une révolution de palais en Angleterre et l'assassinat de Richard 11.

Lca aomreea «U Fr«tim«M, — Pour tous ces faits, Froissart n'a guère compilé les chroniques qui s'amassaient dans les archives des deux cents princes et hauts leigneura dont il fui

SOURCES : VÉRACITÉ reijltive; préjugés. -19 l'hàlc. L'accès lui en eût élé facile, mais il se borna k deux d'entre elles, à la chronique rimée en français par Jean Cbandos Eur le prince Noir, al à la vie d'Edouard III contée par son compatriote Jean le Bel. Pour le reste, il crut mieux faire d'écrire < selonch la vraie information que j'ay eu, dit-il, des vaillans hommes, chevaliers et escuiers qui les ont aidié a acroistre, et ossi de aucuns rois d'armes et leur mareschaus, qui pat droit sont et doient estre juste inquisiteur et rapporteur de tels besongnes >. On peut prendre son procédé sur le vif dans le récit de son voyage en Béam, soit qu'il interroge infatigablement, tout en chevauchant par monts et par vaux, t messire Espan de Lyon 1 qu'il a rencontré fort k propos, • à main i, comme il dit; soit que dans Orthez, à cet hôtel de la Lune où il est si bien reçu en tant que < François i, il ne dédaigne pas, en quittant la compagnie du comte Phœbus, de s'attabler avec le Bascot de Hauléon, un routier retiré des affaires. Que voulezvous! il faut de tout aux chroniques comme aux entretiens, et notre chroniqueur — nous allions dire notre reporter — s'empresse de coucher le tout sur ses tablettes, écrivant même le récit au fil du débit du narrateur, si celui-ci est assez lente* ment fait.

S» vévMdté iwUUve. — Ses pvé^tgém. — lBanna**e« d« M waraJe- — Un pareil procédé ne garantit pas une exactitude scieDtiAque. Que de transposition de dates et même de villes dans Froissart! Hais si le temps et les lieux se brouillent, avec la distance, dans la tête des acteurs mêmes des événements qu'ils narrent ii notre chroniqueur, la physionomie en reste vivante, et c'est elle qu'il nous conserve à merveille. Qu'importent après cela les erreurs de chronologie ou de géographie? Ce sera affaire aux historiens à venir de compiler l'amas des cArûniçvtfs que notre chanoine dédaigne pour les doeumtntg humains, comme on dit aujourd'hui.

Hais la critique a des corrections plus graves k apporter aux chroniques de Froissart. Elle ne lui reproche pas seulement quelques inexactitudes de détail, sa tendance à substituer à des causes très humaines < l'œuvre du diable >, mais encore de s'être fait çà et le, jusqu'à la palinodie, l'écho de complaisances ou de rancunes évidentes h l'endroit de tel ou tel person-

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nage '. El que d'autres raisons elle a pour lui peruser ce titre d'historien qu'il revendiquait en ces tennes : t Si je disoie : Ainsi et ainsi advintence temps, sans ouvrir n'esclaircir la matière.. .ce serait croniqtte el non pas histoire I » Certes il a réalisé la moilié de cet idéal de Lucien elde Fénelon : ■ L'historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays •. Froissart n'est d'aucun pays, mais il est bien de son temps, par ses efTorls pour voir et peindre, malgré tout, à l'image des chansons de gestes et des romans de la Table ronde, la chevalerie et la société du xiv siècle, si vicieuses sous leurs élégances ; par ses ironies tout aristocratiques et qui, chez lui pourtant, n'ont pas l'excuse de la race, à l'adresse du povre commun, de celte ribattdailte que les chevaliers assomment et que les valetségorgent aux applaudissements du narrateur, lequel ajoute rroidemenl : * ni nulle pitié il n'en avoient non plus que che Tussent chien > ; par son indulgence pour les pilleries et les moeurs des héros de tant de batailles et de tournois, de fêtes et de caivlle»; voire même par une sympathie trop peu cachée pour ces povre brigants qui t gaegnoient è desrober et pillier les villes et les chastiaus » un avoir qu'il compte trop curieusement. Ne va-t-il pas jusqu'à trouver toiHili (subtils) certains des tours les plus pendables de ces hftuts voleurs qui épousent des nièces de reine, comme Eustache d'Auberchicourt, quand ils ne finissent pas en place de Grève, comme Aymerigot Marchés? Vraiment ces personnages regrettent chez lui cette c bonne vie >, avec une éloquence suspecte, s'écrianl, comme le même Aymerigot ou le sire d'Albret en personne : • Par ma Toy, ceste vie cstoit bonne et belle.... Et si fait si bon et si bel voiler (ce mot est ici un terme de fancotmerie, il est pris au sens noble) en Auvergne et en Limousin que meilleur n'y peult faire? > Hais quoi! le bon chanoine était chroniqueur, comme deux siècles plus tôt il eût été trouvère, el il changeait de point de vue ainsi que de patron ou de camp, fidèle seulement au point d'honneur chevaleresque, à ta beauté des coups donnés, et surtout à son plaisir de les narrer.

SoB manque de sa(Bellé Usloriqne- — L'insuMsance de sa moralité est donc évidente; mais elle tient moins encore aux

1. Cf., pour quelques exaraples d«ci^ lï-desEns, Inaroy, Extniti dri chiiiniqaean (HwhBtte, op. c), p. 190 sqq.

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