‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 53 sur 244 · SA PHILOSOPHIE ET SA POUTIQUE · texte numérisé non relu

SA PHILOSOPHIE ET SA POUTIQUE

et à Dieu, comme nous allons voir, et de ta 11 tire une politique et une morale.

bi yolUl«Me de CeatatTiiM. — Sa politique est la science des causes secondes de l'histoire, et son grand secret est d'en savoir manier les principaux acleurs suivant* leurs complexions différentes », comme s'y essayait le connétable de Saint-Pol entre le duc de Bourgo^^e et le roi. Quant aux acteurs secondaires, l'art souverain consiste à les corrompre, à < pratiquer à gaigner >, Dieu aidant, suivant la recette de Louis XI. Aussi notre auteur eùt-il pu se vanter, à meilleur titre encore que Robert Walpole, de connaître le tarif de toutes les consciences de l'Europe, en commençant par la sienne. Enfin, pour tous et en tout, le commencement et la fin de l'entreprise, c'est de ■ besongner en dissimulation >. Aussi de quel prix sont les diplomates dont la mission évidente est de tromper par < quelque bonne couleur et ung peu apparente ■ ! Ce n'est pas lui, on le voit, qui eût protesté contre cette définition moderne des ambassadeurs, qu'ils sont d'honnêtes gens chargés de mentir à l'étranger pour leur pays. De celle nécessité univereelle de ruser, découlent ses conseils sur le choix des ministres, sur t'humililé dans les succès comme dans les revers, sur la modération dans l'enjeu des parties qui se jouent sur les champs de bataille, enfin tous ces préceptes sur l'art de conduire les hommes qui classent son livre parmi ces histoires dont il recommande la lecture k la jeunesse des princes en ces termes '. t Es quelles se voyent de grans frauldes, tromperies et paijurements, que aucuns des anciens ont faict les ungz vers les aultres, et prins et tuez ceulx qui en telles seuretez s'estoient flëz. 11 n'est pas dict que tous en ayent usé; mais l'exemple d'ung est assez pour en Caire saiges plusieurs et leur donner Touloir de se garder >. Aussi a-t-il eu l'honneur d'être médité par Charles-Quint, Henri IV et Richelieu, et est-il vraiment le bréviaire des rois ; « El croyez que Dieu n'a point estably l'office de roy ne d'aoltre prince pour estre exercé par les besles! »

Ce chroniqueur du xv" siècle a compris que les Etats et les princes de l'Europe, placés en opposite, étaient les uns pour les tatres des aiguillons, et la portée plus que morale de cette observation peut passer pour une certaine conception de l'équi-

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libre européen; de même qu'à travers son éloanement devaDl les grandeurs et ta puissance des Alkmagnes perce an vague pressentiment de leur expansion future. 11 a défini les avantages de la concentration monarchique, et loué les libertés nécessaires du régime représentatif, notamment le libre consentement de l'impôt. U raillait déjà l'avidité des Français, plus grande qu'en nul lieu du monde, pour les ofllcfs ou estais, c'està-dire, en style moderne, notre goAt national pour le fonctionnarisme. Avant Jean Bodin et Montesquieu, il formulait la théorie de l'influence du climat sur le caractère des nations, cl intitulait un de ses chapitres (liv. V, chap. xix) : Caractères du peuple fi-ançais et du gouvernement de ses rois. Il a su tirer la philosophie des grands et des menus faits. U a senti toute l'importance de l'histoire pour suppléer au défaut d'expérience, ( car nostre vie est si briefve >, tandis qu'on en a grand besoin pour se garder, car < nous sommes affaiblis de toute fo; et loyaulté les ungz envers les aultres >. Enlln nul ne fait mieux goûter ce plaisir dont Montaigne était si friand et qui consiste f à revenir les choses escriptes par ceulx qui ont essayé comme il les fault conduire ».

Dieu dKBS lliIatolFe, et 1« momie <e CABUTne*' — Hais on n'aurait pas toute la pensée de Commynes, si l'on se bornall h dire qu'il considère la politique comme une science à part, Ee sufllsant à elle-même. Ici il diffère profondément de Machiavel qui, tout en dogmatisant cyniquement les théories que notre Commynes exprime par fragments, au courant des faits, a eu du moins la pudeur d'exclure Dieu de son système. C'est que Commynes n'avait garde de se faire illusion sur l'infaillibilité des spéculations de cabinet, et de croire qu'à la guerre, comme ailleui-s, * les choses tinssent aux champs comme elles sont ordonnées en chambre •, Il a reconnu dans les < petites mouvetei et occasions i les moyens dont Dieu se sert pour les « accomplissemens des œuvres •. Il a vu que « les batailles sont en sa main > et que la prospérité ou l'adversité des princes t procède de sa divine ordonnance ».

Hais comment concilier cette croyance, évidemment très siQcère, à l'intervention décisive de la Providence dans le train des choses de ce monde, avec las étranges préceptes ds corrup-

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