‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 57 sur 244 · Cf. Exlraili de» chrmigiioim · texte numérisé non relu

Cf. Exlraili de» chrmigiioim

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103 GOHHYNE3.

Hontibéry, où il a élé seiri par ses dérauU même, rendant sensibles, par le décousu de sa narration et par l' intermittence comique de ses saillies, tous les à-ooups de l'opération et les accès très variés de l'humeur militante ou fuyarde des comb&^ tants '.

Certes ses narrations n'ont pas l'éclat de celles de Froissart, et le trait pittoresque y est bien rare. Pour qu'il le voie, il faut pour ainsi dire qu'il lui crève les yeui, par exemple le soir de Hontlhèry, lorsque, le duc voulant manger, il < fallut oster quatre ou cinq liommes mors pour lui faire place, et mil l'on deux boteaulx de paille ou se sist •. Il entendra bien encore ua de « ces pouvres genz nudz » demander h boire et verra qu' € on lui getta en la bouche un peu de ptizanne > : mais sa pitié ne va pas plus loin et n'est guère bavarde : à la guerre, comme à la guerre. El puis c'est la victoire, on a gaigné, et il ne faut pas lui demander de s'élever au pathétique du marquis d'Argenson écrivant à Voltaire, du champ de bataille de Fonlenoi, en une situation identique i < Mais le plancher de tout cela est du sang humain, des lambeaux de chair humaine >-

£n revanche, s'il dédaigne les dessus de l'histoire, quelle ardente curiosité de ses dessous, et quelles admirables narration des étals d'tUne de ses héros! Qu'on relise, à ce point de vue, tout son récit de cette même affaire de Hontlhèry, ou les sombres et admirables pages où le ministre de Louis XI ouvre h la fois, sous nos yeux, avec toute la sagacité et la subtilité de l'auteur des Annales, la retraite de Plessis-iès-Tours el l'àme torturée du malheureux roi qui y agonise, prisonnier de ses peurs, se défiant de son [Ils, dèflé par son médecin, rudoyé par son barbier *. Aussi Montaigne écrivait-il en marge de ce livre, comme en tête du sien : « La bonne foy de l'auteur reluit évidemment >.

On peut donc considérer qu'il compense le défaut du pittoresque extérieur, en peignant les dedans, pour ainsi dire, cl qu'au fracas amusant des faits il supplée par l'intérêt concentré

l. Cl. Exlrails dei chronigaeuri (Hachellf. op. cit.), p. 358 sqq.

SON ÉLOQUENCE : COUUYNES ET BOSSUET. lO^t el tout romaoesque de ses analyses psychologiques, par ]a portée de ses idées, par l'intensilé de l'expression, par le mordant de son ironie et en maint endroit par son éloquence.

Son éloqaence. — ComniyneH el Bossnct. — Cette éloquence n'est guère dans ces discours qui sont rares et courts, comme celui-ci du duc Jehan de Galabre : € Or ça, nous sommes il ce que nous avons tous désiré : voy la le Roy et tout son peuple sailly de la ville, et marchent, comme dient nos chevaulcheors; el pour ce, que chascun ail bon vouloir et cueur. Tout ainsi qu'ilz saillenl de Paris, nous les anlnerons a l'aulne de la ville, qui est la granl aulne. ■ Elle est tantôt dans des rédeiioas courtes el incisives sur cet esprit d'imprudence et d'erreur,

De la chute des rois funeste avant-coureur;

dans celle-ci par exemple : c Et ne s'en trouve point pis disné ne pis couché.... A l'heure qu'il y pensera le moins. Dieu luy fera sourdre ong ennemy, dont par adventure jamais ne se feust advisé > ; ou dans cette autre qui renferme en deux lignes toute l'oraison funèbre du Téméraire : « Or sont Hnces toutes ses pensées, et le tout tourné à son préjudice et honte; car c«ali qui gaignent en ont tous jours l'honneur t ; tantôt encore dans une longue tirade, comme celle où il évoque, par ces j'ay ceu pathétiques, la grandeur déchue de la maison de Bour- SOgne : c D'Angleterre y ay veu les deux frères du roi Edouard, le duc de Clarence, el le duc de Clocestre qui puis s'est faict appeiler roy Bichard; de l'autre parti du roy Henry qui estoit de la maison de Lancaslrc, y ai veu toute ceste lignée, ou peu s'en failloit. De tous costez ay veu ceste maison honnoree, et puis, tout à un coup, cheoir sens dessus dessoubz; et la plus liesolee et deffaicte maison, tant en princes que en subjectz, quenuU voisins qu'ils eussent *. Elle est enfin dans tous ces passages où il sonde les cœurs comme Tacite, ou déclare aux grands de la terre, sur le Ion de Bossuet dont on l'a rapproché souvent, < pourquoy la puissance de Dieu se montre plus contre les grans que contre les petiz ». Ne senlnïn pas déjà passer le souffle oratoire du grand sermonnalre, et n'entend-on pis Bonnep l'accent même du Sermon sur Vambilton, dans ces

lOi COMMYNES.

lignes d'une éloquence si pressante et si pathétique : < Hu6 des grands princes el princesses, de leurs grans gouverneurs, et des conseillera des provinces et viles désordonnées et desobeyssans a leur seigneur, et de leurs gouverneurs, qui se informera de leur viet L'information laicte, qui le portera au juge? Qui sera le juge qui en prendra la congnoissance, et qui eu fera la pugnition?... L'information sera la plainte et la clameur du peuple, qu'iU fouUent et oppressent en tant de manières. sans en avoir compassion ne pitié ; les douloureuses lamentations des vefves el orphelins, dont ilz auront faict mourir les maris et pères, dont ont souffert ceulx qui demeurent après eulx; et generallement tous cculx qu'ils auront persécutez, tant en leurs personnes que en leurs biens : cecy sera Vinformatian, et leurs grans criz pour plaintes et piteuses larmes les présenteront devant Noslre Seigneur qui en sera le vray juge, qui, par adventure, ne vouldra attendre a les pugnir jusqucs s, l'autre monde, et les pugnira en cestuycy? »

Place de CoiBOÉjuea dans I« lltlératnre hlatorlque. — Le premier en date des grands mémoriallales. — Voilà certes une éloquence toute nouvelle dans notre langue. Mais elle est plus forte de choses que de termes ; et elle ne suffit pas, vu sa rareté et les défauts du reste, à élever Commynes, comme écrivain, au niveau de ses prédécesseurs ou même de quelques-uns de ses contemporains. La brièveté lumineuse de Villehardooin, , la bonhomie enjouée de Joinville, le coloris de Froissart, font i paraître assez terne et assez gauche la langue de Commynes. Il ' est même au-dessous de Georges Chastellain pour l'ordonnance de la composition et l'allure du récit, comme d'Olivier de la Marche pour la couleur ou le naturel. Néanmoins, par la malU' rite de sa pensée et certaines qualités neuves de sa langue abstraite, il a fait sentir le premier que le français moderne était capable de grandeur et de force, en un mot d'éloquence. Il a apporté dans l'histoire cette auctorilé et cette gravité dont le louait Montaigne, et, s'il n'est pas encore un historien, du moins est-il plus qu'un chroniqueur, le précurseur direct de nos grands mémorialistes, des Retz et des Saint-Simon.

Inférieur aux Ville hardouin, aux Joinville, aux Froissart et même à d'autres chroniqueurs par les qualités du style, il les

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