‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 63 sur 244 · MONTAIGNE ET LA POSTÉRITÉ · texte numérisé non relu

MONTAIGNE ET LA POSTÉRITÉ

sévère pour lui que pour les jésuites ; traité par Nicole de menteur, de corrupteur et d'dme effrontée, mécoDnu par Halebrarichc, qui ose dire de lui : c II s'est fait plutôt un pédant à la cavalière qu'il ne s'est rendu judicieux et honnête homme >, il fut du moins vengé de ces injures par les plus illuslres représGDlanls du pur esprit français : La Bruyère, Molière, La Fontaine et Mme de Sévigné, laquelle disait : « Oh! l'aimable homme ! qu'il est de bonne compagnie! C'est mon ancien ami; mais, à force de m'ètre ancien, il m'est toujours nouveau. Mon Dieu! que ce livre est plein de sens! •

Au XVIII* siècle, il ne pouvait manquer d'être regardé comme un ancêtre : tout le parti philosophique le traita du moins en précurseur qui avait préparé les voies. Il est certain qu'il semble parfois, à Irarers Saint-Evremond et Bernier, Bayle et Fonteoelle, donner la main à Voltaire qui le loua ainsi :

Montaigne, cet auteur charmant.

Tour à tour profond et frivole.

Dans son château paisiblement.

Loin de tout frondeur mslévole, Doulanl de tout impunément, El se moquant très librement Des docteurs fourrés de l'Ecole...

Pourtant il y eut une part d'illusion ou de calcul dans cett« admiration : car, outre que Montaigne n'aime pas les nouveautés qui dérangent sa quiétude, il estime, comme Pascal lui-même, que l'homme est mauvais par nature. En cela, il s'accorde avec leplus austère jansénisme. Or l'idée fixe des EncyclopédisEes est tout opposée : car ils croient h la bonté originelle de l'espèce humaine, espèrent en sa perfectibilité, et n'attribuent sa corruption qu'à certains vices du régime social. A plus forte raison Montaigne n'eûl-il pas été flatté de se voir placé par Sylvain Uarécbal h côté de d'Holbach et de La Mettrie, dans le Dictionnaire dei Athées.

Le xii° siècle ne lui a pas fait cette injure. En admirant le génie d'un écrivain dont la langue fut comme une source âe Jouvence pour les rénovateurs de l'école romantique, il recennait ses propres qualités ou quelques-uns de ses défauts

dans le scepitcisme tolérant d'un moralisle, qui, selon HUe de Gournay, désenscigtie la sottise, et a pressenti, deviné ou appelé de SCS vœux les principaux progrès de la raison moderne.

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