‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 74 sur 244 · H^^IC · texte numérisé non relu

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le procès; il fut même eDvenùné bientôt par la témérité d'uD Jésuite, le Père Pirut, qui, vers la fin de 1657, payant d'audace en son Apologie tles casmttet, ne parlait de rien moins que de précipiter les Jansénistes dans le Rhône. Cette maladresse renouvela l'émoi du monde ecclésiastique ; et, le 7 janvier 1958, l'assemblée des curés de Paris dénonça ce libelle aux vicaires généraux qui administraient le diocèse pendant l'exil du cardinal de Reti. Un blâme finit par être prononcé en octobre 1636, elle soulèvement de la conscience publique fut tel que, sous celle pression, le saint-siège dut, en 1659, condamner les violences du Père Pirot. C'étaient les Provinciales qui, prises même à dose légère, opéraient jusque sur les tempéraments les plus réfractaires. Panni les témoignages qui l'attestent, signalons le sixième des dix Pactums ou EcrUs pour Us eurés de Paris, un de ceux (premier, dettxiènte, cinquième et siseième) auxquels une tradition, que ne dément pas l'examen du texte, veut que Pascal ait collaboré, Raillant le ton plaintif et les doléances patelines des Jésuites, les auteurs de ce sixième des £crifs des cura de Paris disaient : « Vojlà comme celte superbe Compagnie tire vanité de sa confusion et de aa, honte ; mais il faut réprimer celte audace impie d'oser mettre en parallèle son obstination criminelle à défendre ses erreurs avec la sainte et divine constance de Jésus-Christ et des martyrs à souffrir pour la vérité. Car, quelle proportion y a-t-il entre deux choses si éloignées? Le flls de Dieu cl les martyrs n'ont fait autre chose qu'établir les vérités évangéliquea, et ont enduré les plus cruels supplices, la mort même, par la violence de ceux qui ont mieux aimé le mensonge. Or les Jésuites ne travaiUent qu'à détruire ces mêmes vérités, et ne soutirent pas la moindre peine pour une opiniâtreté si punissable. >

Tandis que ces protestations retentissaient autour des chaires, les Petites lettres, traduites en latin par Nicole sous le nom de * Wendrock, théologien de Salisbury », avec plus d'élégance que de fidélité, mais avec des amplifications qui n'étaient nullement destinées à les rendre moins fortes, ne tardent pas i faire le tour de l'Europe. Dès 1657, en même temps que l'édition in-4°, dite de Cologne, signalée ci-dessus, il en avait paru ï Londres une traduction anglaise, intitulée les Provinciales, or

VICTOIRE DE l'AUTEUH DES PROPINCIALES- 169 the Hystéries of Jesuitism, attribuée, non sans de grandes probabilités, à John Evelyn, homme de bien et de science. Les Provinciales eurent beau être mises à l'index par la cour de Borne, et condamnées au feu à Paris, le H octobre 1690, sur le commandement exprès du Boi et de la Reine, la plainte universelle força deux papes, Alexandre Vil en 1665, et Innocent XI en 1679, sinon à lancer une bulle en forme contre la morale relâchée, du moins k réprouver certaines de ses maximes. Mais c'est surtout à l'Eglise de France que revient l'honneur d'une sentence décisive. Déjà l'assemblée de 1682 prit l'initiative d'une enquête qui aboutit à nu projet de censure rédigé par Bossuet. Si le crédit des prévenus réussit à suspendre l'arrêt pendant diï-huit années encore, l'assemblée de 1700 eut Je courage de frapper le coup longtemps ajourné. Ce fut encore le vigilant gsrdien de ta tradition gallicane qui dressa le réquisitoire. Ne s'écriait-il pas : * Si, contre toute vraisemblance, et par des considérations que je ne veux ni supposer, ni admettre, l'assemblée se refusait à prononcer un jugement digne de l'Église, seul, j'élèverais la voix dans un si pressant danger; seul, je (évélerais à toute la terre une si honteuse prévarication; seul, je publierais la censure de tant d'erreurs monstrueuses • ?

Victoire de Pascal. — Il II pliis qn'U ne vonlat. — H est donc vrai de dire que ce grand procès de la morale chrétienne fut gagné par Pascal, au sein même de l'Église, à plus forte raison devant la société laïque pour laquelle l'auteur des ProvinciaUs n'a pas cessé d'être un témoin et un juge. Elles purgèrent ainsi la France d'un casuisme qui, venu de l'Espagne, menaçait d'infester le sanctuaire. Bien que préoccupé d'une pensée tout évangélique, Pascal a même contribué à un i^ultat qu'il ne visait point, et qui l'eût eSfrayé, s'il l'avait prévu. Nous entendons par là qu'en soumettant au tribunal de l'opinion des questions réservées jusqu'alors à l'autorité ecclésiastique, il a hâté l'établissement d'une morale séculière. Dès lors, le temps n'est pas loin où l'on passera de la critique des théologiens à celle de la théologie.

11 pourrait donc bien avoir fait plus qu'il ne voulait; et il est permis de se demander s'il se reconnaîtrait dans plusieurs de ceux qui, depuis, se sont autorisés de son livre, les uns sans

l'avoir jamais lu, les autres avec un esprit fort peu sympathique au sien, et qui l'eût cerlainemeut aDligé. Pascal était pourtant bien hardi lorsqu'il disait : • Le motide devient méfiant et ne croit Ut choses que qtumd il les voit.... Ils ont jugé pins à propos et plus facile de ceosurer que de repartir, parce qu'ii leur esl bien plus aisé de trouver des moines que des raisons.... Laissons là leur différend : ce sont des disputes de théologiens et non de théologie. Nous qui ne sommes pas docteurs, nous n'avons que faire à leurs démêlés. > Il ouvrait ainsi la porte &u libre examen, et préparait les voies à de plus audacieux que lui. < En discréditant le poison, dit Sainte-Beuve, il risqua de mettre en défiance même contre le remède. ■

Ajoutons que Pascal et Molière se vinrent en aide, à leur insu. Jouées en 1059, les Précieuses ridicules dégagèrent la ^ire des Provinciales du faux goût qui régnait à l'entour. En revanche, les Provinciales devançaient et annonçaient Tartuffe*.

Lea ëdltlana 4c« Praviaelales. — Pour épuiser ce préambule historique, rappelons certains détails de bibliographie qui ne sauraient être dédaignés, lorsqu'il s'agit d'un si grand nom. Chaque lettre parut isolément, dans le format in-quarto, avec une pagination distincte. Quelques exemplaires d'une même lettre offrent de notables différences, ce qui ne doit pas nous étonner; car le même texte s'imprimait clandestinement en plusieurs endroits, chez Petit, un des libraires de Port-Royal, dans les caves du collège d'Harcourt, et dans certain moulin situé entre le Pont-Neuf et le Pont au Change. Le premier recueil des Prwiaciaks fut publié par Nicole, en 1657, comme nous l'avons expliqué ci-dessus; elles sont accompagnées, dès cette première édition, d'un avertissement dont la rédaction était évidemment antérieure à la publication de la XVII1« Provinciale, laquelle fut encartée dans le recueil, à la dernière heure, en belle page. La pagination ne se suit pas, les caractères changent d'une lettre

1. Qaaai an fond dn débat et aux réserves à faire tant aar la roanièrs do cuer de PascaJ que sur la Idgitimiié d'une certaiDe casuistique, voir d'une pa" M. Joseph Bertrand ; /et Prorintialet (Kevue dos Deux Monde», 1" aeplembrc 1800); M. F. Brunotière, f/ne apologie de la ea>Ki,Hque (Histoire et litléralnrB. t. II, Paris, CalnuuiQ Lëïj); et tout le commentaire lilstorique et littéraire. enlln si clair, dos Prtn-inciairt et Jos documenls y relatif», iiar M. P. Faucere, dan» |-<ktition des Grandi Hckvnini (Hachette, 1886-91).

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