‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 97 sur 244 · SES FABLES : LE PAYSAGISTE · texte numérisé non relu

SES FABLES : LE PAYSAGISTE

Sa distance me fait juger de sa grandeur : Sur l'angle et les cAtés ma main t& détermine. L'ignorant le croit plat ; j'épaissis sa rondeur, Je le rends immobile, et la terre chemine.

Le p«r«astste. — S'il se soutient sans effort dans les plus hautes régions, il n'a pas besoin, pour se déployer à l'aise, que la nature lui propose ses maguiflcences ; son train familier et quotidien suffît à lui inspirer la tendresse ou l'admiration ; croyons-en ce cri parti du cœur ;

Solitude, oiy je trouve une douceur secrète.

Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais.

Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le fraist

Ohl qui m'arrêtera sous vos sombres asiles!

Quand pourront les neuf Sœurs, loin des cours et des villes,

M'occoper tout entier, et m'apprendre des cieui

Les divers mouvements inconnus à nos yeux,

Les noms et les vertus de ces clartés errantes

Par qui sont nos destins et nos mceurs diflérentes!

Que si je ne suis né pour de si grands projets.

Du moins que les ruisseaux m'ollrent de doux objets.

Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie!

(Livre XI, table :ï.)

Il imite ici Virale. 11 dit ailleurs, en l'égalant d'original :

Je n'ai jamais chanté que t'ombrage des bois. Flore, Écho, les zéphirs, et leurs molles haleines, Le vert tapis des prés, et l'argent des Fontaines.

Ce ton virgilien n'esl-il pas préférable aux effusions des contemplateurs pris par le vertige du panthéisme? La Fontaine n'est pas, en effet, de ceux qui se noient ainsi dans les abîmes infinis; car son bon sens ne perd jamais l'équihbre, et cependant quelle vivacité de sentiment! En un temps où la littérature, tout abstraite et psychologique, n'offrait pas à l'œil un brin d'herbe ni une feuille d'arbre, il fut, avec Mme de Sévigné et Balzac, çà et là dans sa correspondance, le seul qui sût goûter la douceur d'un paysage rustique. Avant Rousseau, pour lui appliquer un mot de Sainte-Beuve, il a mis du vert dans notre littérature. Que de tableaux dont la couleur est toute locale! Comme le trait en est toujours net et franc! Ces im-

meases plaines de blé où le possesseur des champs se promène de grand matin, et où l'alouette cache son nid, ces bruyères et ces buissons où fourmille tout un petit monde, ces jolies garennes dont les hôtes font la cour â rauron, parmi le thym et la rosée, n'est-ce pas la Beauce, la Sologne, la Champagne ou la Picardie? On en reconnaît les fermes avec leur mare, leur basse-cour, leur colombier, et leur courtil, où les plantes utiles a'égayeiit de fleurs bourgeoises qui feront un bouquet à la ménagère.' Voilà bien le clos attenant, derrière sa haie vive, toute parfumée de troène ou d'aubépine. Ici rien de factice ni de convenu, ce ne sont plus des réminiscences de la Grèce et de Rome; mais le procédé n'en est pas moins antique par l'expressive sobriété d'un pinceau qui, n'appuyanl jamais, éveille l'imagination du lecteur, et lui laisse achever la peinture. Son grand secret fut de peindre de sentiment, à grands traits, comme Virgile, et non à la façon de Delille, dont les descriptions sont des inventaires.

S« poéHqne. — Le enlM des Miclena. I.lM>i(«tl«n orlglBale et hupirée. — Sa poélique, il l'explique volontiers lui-même en ces pièces diverses où il se plail à converser comme à cœur ouvert. Et d'abord, écoutez-le raillant la manie du bel esprit, quand il fait dire à Uranie, dans sa comédie de Clymine (1671) :

Chacun Torge des vers; mais, pour ta poésie. Cette princesse est morte, aucun ne s'en soucie. Avec un peu de rime on va vous fabriquer Cent versiScAleurs, en uq jour, sans manquer.

S'il fustige Oronte, il ne ménage pas non plus Vadius et Trissotin; car il écrit :

Un sot plein de savoir est plus sot qu'un autre homme : Je le ruirais jusqu'à Rome, Et j'aimerais mille fois mieux Un glaive aux mains d'un furieux Que l'étude en certains génies. ,

Ronsard estdur, sans goût, sans choix.

Arrangeant mal ses mots, gâtant par son français

Des Grecs et des Latiiis les grâces infinies.

Nos aïeux, bonnes gens, lui laissaient tout passer,

Et d'érudition ne se pouvaient lasser.

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