‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieuresChapitre 102 sur 133 · Voir p. 53-1, où l'attribution ost exacte · texte numérisé non relu

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neux, tirent la vue et la troublent ». Simple sans platitude, industrieux sans raffinement, plus sobre que brillant, son style est substantiel, plein, sévère, agréable et varié. Il faut louer aussi sa diction saine et circonspecte qui reste pure sans purisme. Mais, à tout prendre, sa poésie n'est que de la prose, et ce classique ne sera jamais de ceux qu'on lit au lendemain de la quatrième.

Babrins. La fable populaire, au moyen âge. Marie de France; le Roman de Rcnart. — Sans nous arrêter à ce Babrius ou Gabryas — dont les fables furent découvertes en 1845 dans un couvent du mont Athos, — qui appartient à la même école, et mit, aux environs du i^"" siècle, les fables d'Esope en vers choliambiques, hâtons-nous de prendre pied en terre gauloise, où la fable, à peine implantée, s'acclimata si facilement qu'elle finit par oublier ses origines étrangères. Tandis que les branches hautaines de l'épopée devaient s'y dessécher avec le temps, l'humble pousse ne cessa pas de verdoyer, de bourgeonner et de fleurir sur un sol dont elle semble la flore indigène, tant il est vrai de dire que, dans le cadre d'une action familière à laquelle suffisait l'ironie native de notre bon sens, la verve de nos aïeux se trouva plus à l'aise que dans les détours compliqués des monuments épiques et chevaleresques. Et puis notre langue alerte et souple se prétait d'elle-même aux devis plaisants et aux narrations enjouées qui, s'adressant aux grands et aux petits, figurent, à côté des chansons de gestes, comme le vaudeville aux environs de la tragédie.

Parmi les ancêtres de La Fontaine, nous compterons tout d'abord une poétesse du xii^ siècle, Marie de France, dont on sait seulement que. Française d'origine, elle vécut à Londres, à la cour de Henri II Plantagenêt, anima de son esprit, de sa grâce ou de son cœur, des apologues d'un tour concis mais élégant, dans lesquels une mélancolie sympathique aux opprimés censure les abus du régime féodal, rendus plus cruels encore par le droit de conquête. Les bêtes de rapine et de carnage, le lion, le loup, l'aigle et le milan, y représentent ceux qu'elle appelle les riches voleurs, les lieutenants de comté, les baillis, les juges et seigneurs. Toujours tondue, suppliante et résignée, la brebis y est l'image du pauvre peuple, sur le sort

LA FABLE : BABRIUSJ MARIE DE FRANCE; LE RESAltT. oll

duquel elle s'apiloic. Sans jiousstM- Ic^ faihli's à la n'-vulie, elle «ul parler avec émotion de justice et d'iiunianité, |iainii les aveiiliiriers avides qui criaient : Malheur aux vaini:iis! Ce litre doit sullire, aujourd'hui surtout, à la sauver de l'oubli. Son recueil qu'elle intitula Isopet, en l'honneur d'Ésope, contenait cent trente-quatre fables, imitées d'une traduction anpio-saxonne aujourd'hui perdue du recueil de fables ésopiques et phédrieunes, en prose latine, qui était attribuée à un certain Romultts et mis entre les mains des écoliers.

Il convient de rappeler aussi les fabulistes épiques ou satiriques du moyen âge, entre autres certains trouvères qui collaborèrent aux diverses branches du Roman de Renart {xw siècle) : Pierre deSaint-Cloud (xvi" branche); Richartde Lison (xii" branche) ; « uns preslres de la Croix-en-Rrie » (ix" branche) ; Jacqucinard Gelée, auteur de Renart le Nouvel (xiii* siècle). Dans ces divers Renarts dont le mérite littéraire va en décroissant, tandis que croit l'audace de la raison, nous apparaît la hiérarchie du monde féodal, avec ses castes, ses préjugés, ses mœurs, ses abus et ses vices. Autour de Goupil le renard et d'Ysanrjrin le loup qui personnifient la ruse et la violence, nous voyons se mouvoir ici toute une ménagerie qui (igure l'aristocratie et la plèbe des animaux et des hommes : Noble le lion, dame Piére la lionne, Henneline la renarde, Hersent la louve, Tyberl le chat, parfois l'ami et le complice de Renart, Bernard, l'àne, son apologiste; puis vient la série de ses innombrables victimes, dont le trouvère dit que faire cesser leurs plaintes serait li feu gries (le feu grégeois) à estahidre : Chantecler le coq, Tierrelin le corbeau, VEscoufle le milan, et juscju'au limaçon. Tardif. Sophiste, diplomate, casuisle, courtisan, llalteur, enjôleur, prêt à porter tous les masques et à user des expédients les plus équivoques pour triompher partout et toujours, contre tout droit et toute viaisemblance, compère Renard tient à la fois de Pathelin, de Paiiurge, deTartnlle, de (iil Hlas, de Figaro et de Robert Macaire. Il déploie mille prodiges d'adresse pour eoutpiérir andouilles, jambons et poulets. Les scènes amusantes où il joue ce rôle de chevalier d'industrie sont la parodie de tout ce qu'avaient révéré les siècles précédents. Ce ne fut d'abord qu'une ironie sour- Doise et tempérée par un fond de bonhomie joviale ; mais avec

Philippe le Bel et ses luttes contre le saint-siège, cette innocence primitive ne tarda pas à s'évanouir ; et, sous les grondements d'une voix qui s'exaspérait, retentirent bientôt les murmures de Jacques Bonhomme. Est-il besoin d'ajouter que dans ce monument composite s'essaie maladroitement l'art d'un peuple enfant? Fabliaux, moralités, chansons, sermons, légendes, histoire, mascarade, caricature, sagesse et folie, tous les genres s'y confondent. C'est une matière diffuse qui déborde en toute licence, et dont les épisodes se présentent à nous sans lien ni suite. Il y a pourtant une concision élégante dans les épisodes (branches) les plus anciens, dont quelques-uns {Si corne Renart manja le poisson aux charretiers, in^ branche, v. 1-149; Si corne Renart fit avaler Ysengrin dedenz le puits, branche iv, v. 350 sqq.) sont des modèles de vivacité, de naturel et même de style, tels que Marot ne fera pas mieux et que La Fontaine ne doit pas Iqs faire oublier. Le reste va du médiocre au pire, et le réoit se déroule languissamment en longues digressions. On dirait l'interminable complainte d'un conteur qui bégaye ou balbutie et ne parle net que pour médire et satiriser à toute outrance.

La fable savante, an XVI° siècle ; Haudenl, Onéronlt, Habcrt. — Bien que la Renaissance ait souvent rompu avec les traditions du moyen âge, la fable fut pourtant alors protégée par son origine antique contre le dédain des érudits; mais, prenant le style du temps, elle se fit élégante, devint un objet de savante étude, ou parla même en vers latins pour se mettre à la mode du jour. Tel fut le recueil de Faerne, mort en 1561, et dont les fables latines furent publiées par le pape Pie IV. Sans insister sur les fabulistes du xvi° siècle — tels que Guillaume Haudent qui, avant La Fontaine, a traité des animaux malades de la peste, dans sa Confession de VAne, du Renard et du Loup; ou Guillaume Guéroult et sa fable du Lion, du Loup et de V Ane qui le rapproche de La Fontaine, — qui eurent l'instinct comique ; ni sur Gilles Corrozet et François Habert, qui ne manquent ni de grâce, ni de naïveté, noua citerons Marot qui en 1525, dans son épître adressée à Lyon Jamet, usa si ingénieusement de l'apologue du Lion et du Rat pour solliciter l'assistance d'un ami dont les bons offices pouvaient l'aider à sortir du Châtelet : c'est pétillant d'esprit et de malice, mai un peu

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