‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 1 sur 411 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

S'il y eut un livre d'usage universel pour tous les degrés de l'enseignement, ce fut, sans contredit, le recueil intitulé Théâtre classique; car, depuis le commencement du siècle, il a été le pain quotidien des écoliers. Les programmes avaient beau changer de fond en comble, il était inamovible : il survivait à toutes les crises.

Il en résulta que, dans le monde scolaire, Corneille et Racine n'existèrent pour ainsi dire pas en dehors du Cid, des Horaces et de Polyeucte, de Britannicus, d'Esther et à'Athalie. Quant à Molière, il se réduisit tout entier au Misanthrope.

Aussi avons-nous applaudi à la décision par laquelle le Conseil supérieur de l'Instruction publique en a fini avec cette routine qui encourageait l'ignorance, sous un faux air de tradition. Le Théâtre complet de nos deux plus grands poètes tragiques devra donc figurer désormais dans le nouveau plan d'études, à côté des Femmes Savantes, de V Avare et du Tarlujfe.

Or, c'est pour satisfaire à ces légitimes exigences que nous publions ce volume consacré spécialement à Corneille, Racine et Molière.

Nous croyons qu'il rendra service à la jeunesse]; car chaque maître sait par expérience que beaucoup d'élèves, même parmi les meilleurs, sont fort embar-

TI PRHFACE.

rassés, lorsqu'on les invite à dire leur sentiment, de vive voix ou par écrit, sur les ])ièces les plus populaires, sur celles dont ils récitent couramment les plus beaux passages. D'ordinaire, ils s'en tiennent alors soit à des lieux communs appris par cœur, soit au bégaiement d'une analyse difluse, servile et inanimée.

A plus forte raison demeurent-iis interdits et muets devant les œuvres dramati((ues dont ils ne connaissent guère que les titres, de loin, et par ouï-dire.

En supposant même qu'ils approchent directement ces textes, il faut bien reconnaître que le sens critique s'éveille très tardivement à un âge où opèrent surtout les facultés passives. Aussi le zèle des mieux doués a-t-il besoin d'être secondé par un guide exercé qui signale les bons endroits, indique les points de vue,- habitue l'œil à regarder, en un mot apprenne à des intelligences novices l'art si rare et si difficile de lire avec cette réflexion clairvoyante qui transformé en idées nettes des instincts vagues ou confus.

Voilà ce que font tous les jours les maîtres de l'Université; mais la parole est fugitive; et, outre que le temps peut manquer pour un cercle d'éludés fort étendues, leurs leçons risquent de ne pas produire tous leurs fruits si elles ne sont point réunies par un lion qui les assemble, et les fixe sous des regards souvent distraits.

Sans doute, dans les principales Histoires de notre littérature, il y a d'excellentes api)réciations sur le génie de Corneille, de Racine et de Molière ^ Mais, éjjars en des livres destinés au grand public, ces aperçus généraux ne peuvent suflire aux nécessités

1. KsUl besoin de sigtiali-r MM. .^aiIllc-ii»,•uvl' el Nisard, dont loul criliqiio esl I'oIjIi^c '.'

Page 1