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bévues et les prévarications d'une justice bavarde, ergoteuse, vénale et aveugle. II y eut donc du courage dans cette révolte du bon sens : elle eut une portée politique, et si considérable que ses éclats de rire ont parfois je ne sais quoi de tragique. Quand le chien Labès* était cité pour avoir volé, non un chapon, mais un fromage de Sicile, chacun se rappelait les concussions commises en cette province par le stratège Lâches. C'était un procès intenté aux institutions d'un peuple; Aristophane exerçait là comme un ministère public.
Racine ne Gt qu une satire inoffensîve des mceurs du Palais. Cabale des procureurs. — Il ne pouvait en être ainsi de Racine. Outre que Louis XIV n'eût pas toléré des libertés audacieuses, le sel d'Aristophane paraissait trop mordant à un délicat dont le goût préférait à des crudités parfois brutales Fatticisme tempéré de Térence -. Sa malignité se tourna donc uniq.uement contre les gens dérobe; et encore s'en prit-il à leurs plus innocents travers, au jargon barbare et scolastique des uns, à la morgue ou à la cuistrerie des autres. Sa prudence n'alla pas au delà des plaisanteries traditionnelles qui ne tiraient guère à conséquence. Les agents subalternes plus que les gros bonnets furent mis en cause ; et il se garda bien de risquer un regard téméraire dans les arcanes de la procédure, d'étaler au grand jour les complaisances vénales, les sollicitations éhontées, les hypocrisies odieuses, les guet-apens de l'instruction criminelle, ou les horreurs de la torture.
Ceux qui le lui ont reproché sont vraiment fort injustes ; car, malgré sa réserve, une gaieté qui ne voulait point briser les vitres ne fut pas alors sans péril. Certains magistrats s'en émurent comme d'un sca.ndale, et Valincourt écrit à d'Olivet qu' « un vieux conseiller mena grand bruit contre une comédie » qui lui parut un crime d'État. Je soupçonne même que la* cabale des avocats ou des procureurs ne fut pas étrangère à la froideur du premier