I. — Faits historiques
ta ealîale de l'iIAtel de Bouillon. — C'est encore Euripide que nous retrouvons avec Phèdre qui parut pour la première fois, soit à Versailles devant Louis XIV et Mme de Montcspan, soit plutôt à l'Hôtel de Bourgogne', le vendredi, l"' janvier de l'année 1677, quelques jours avant la pièce de Pradon jouée au théâtre Guénégaud, le dimanche suivant, par les comédiens du roi. Malgré les mérites de Racine et de la Ghampmeslé à laquelle il avait appris son rôle vers par vers, l'accueil fait à l'un et à l'autre ne répondit point à l'attente publique ^ Quoi qu'il en coûte
1. Dans un de ses manuscrits inédits, Brossette raconte que la pièce parut h Versailles; et, dans son commentaire de l'Epitre VII de Boileau, il affirme avec le Mercure qu'elle fut représentée au tliéâtre de Bourgogne.
2. Le 4 octobre 1676, Bayle écrivait à Minuloli, professeur à Genève: « M. de Racine travaille à la tragédie d'IIippoljtc, dont on attend un grand succès. »
de raconter les causes d'une disgrâce qui fut la honte de la société lettrée, en un siècle si réputé pour la délicatesse de son goût, il faut bien cependant nous résigner à résumer ici les incidents d'un complot où ne figura plus seulement la tourbe des envieux, mais une élite de femmes distinguées et de grands seigneurs*.
Cette conspiration fut ourdie, comme on sait, à l'Hôtel de Bouillon, oià une duchesse, nièce de Mazarin, régnait sur une cour de beaux esprits, parmi lesquels se rencontrèrent plus d'une fois Molière, La Fontaine, et même le vieux Corneille Hardie, impérieuse, spirituelle, redoutable à qui avait le malheur de lui déplaire, très vive à la riposte, se piquant de faire elle-même dos vers, do donner le ton aux élégances, d'inspirer les talents, et de dicter des arrêts, elle s'était érigée en juge des renommées; et il fallait compter avec ce tribunal-. Son frère, Philippe Manciiii, duc de Nevcrs, mêlait aussi des prétentions de Mécène à sa vanité de raétromane; encensé par la coterie des Boyer, des Segrais et des Bcnserade, collaborateur anonyme du pamphlet composé par Saint-Sorlin contre Boi- Icau'', il partageait les préventions d'un groupe hostile à Racine; déjà même on l'avait vu patronner d'une épître