Voudrait-on qu'il fît un pronuncinmento
à sa vertu oisive, c'est oublier que, dans les temps de crise, les honnêtes gens sont rarement des héros. Leur « foi qui n'agit point » est sinon peureuse, du moins paresseuse : ils invoquent à voix basse l'initiative providentielle, mais se croisent les bras; et en attendant ils se résignent au fait accompli, ou même en tirent parti, non sans le maudire par habitude, prudemment et dans l'ombre.
Ce n'est pas qu'Abner soit incapable de fermeté ni de bravoure, dans le cas où Joad l'exigerait. Mais le pontife qui le gourmande n'a pas besoin de son épée, parce que le Tout-Puissant combat avec lui. Par conséquent Abner est louable, précisément par son inaction. Il vaut en raison de ce qu'il ne fait pas.
lUathan l'apostat. — Sa loyauté, son humanité, s'opposent, du reste, fort heureusement à l'hypocrisie et à la cruauté de Mathan, que n'ont point épargné les critiques. Entre autres griefs, on l'accuse de dire trop de mal de luimême, et de s'avilir gratuitement aux yeux d'autrui. N'at-il pas l'effronterie de se démasquer par l'impudeur de cet aveu :
.... Peux-tu penser que d'un zèle frivole i
Je me laisse aveugler pour une vaine idole, Pour un fragile bois que, malgré mon secours, Les vers, sur son autel, consument tous les jours?
Sans doute ce cynisme nous révolte ; mais Racine l'entendait ainsi : car ôter toute excuse à ce traître, c'est en ménager une à Joad, qui peut en avoir besoin, lorsqu'un extrême péril le réduit à tromper un trompeur. Il fallait donc que son ennemi voulût « à force d'attentats perdre tous ses remords. »
Cette frénésie est conforme à la nature, chez un scélérat qui, cherchant à s'étourdir sans cesse par de nouveaux crimes, met tout son orgueil à paraître cs})rit fort et jioliliijue profond, supérieur à tons les préjugés. L'ambition qai le possède lui faisant voir les choses autrement qu'à nous, il croit se relever à ses propres yeux, en s'ap])laudissant de ce que nous condamnons, et en bravant la conscience
publique avec l'insolence d'un homme heureux qui, enivré par la faveur, étale comme un triomphe sa bassesse d'apostat parvenu.
Ses fanfaronnades et sa haine personnelle contre Joad concourent d'ailleurs au dénouement. Il le prépare, à son insu, par sa malignité vindicative qui s'acharne à éveiller es soupçons, et attise les fureurs d'Athalie. Car il est son mauvais génie. En voulant la rendre aussi cruelle que luimême, il la pousse aux résolutions violentes qui vont la perdre. En aidant ainsi à la progression du péril, il imprime donc un élan à l'action.
Les rôles accessoires. — Les physionomies demeurent tout aussi distinctes chez les autres personnages secondaires, depuis Josabeth qui, témoin de tant de meurtres, en a gardé comme un frisson d'épouvante, et dont la craintive tendresse préfère pour son fils adoptif la sécurité à la gloire, jusqu'à Zacharie et Salomith fraternellement associés aux jeux ou aux prières d'un royal orphelin, jusqu'à Nabal, cet officier subalterne, qui s'attache à la fortune de Mathan sans être sa dupe : car il le dupera luimême, si l'occasion le tente.
Les principales scènes. — Les détails de l'exécution seraient dignes d'une élude plus attentive encore ; indiquons du moins les principales scènes. — Dès le début, quelle ingénieuse industrie dans cette exposition qui nous instruit de tout ce qui importe, le conflit des deux cultes, les menaces d'Athalie et le péril du grand-prêtre, éveille l'attente d'un événement dirigé par une main mystérieuse, laisse entrevoir sous le voile un vengeur armé pour la cause des opprimés, et prélude même au dénouement par une allusion furtive au trésor caché dans le temple * ! Dieu et Athalie ! voilà les deux puissances entre lesquelles la guerre est déclarée, et c'est avec une auguste solennité qu'elle s'engage. Si l'issue n'en peut être douteuse, ses
Tantôt voyant pour l'or sa soif insatiable,
n {Mathan) lui feint qu'en un lieu que vous seul connoissez,
Vous cachez des trésors par David amassés!
incidents seront gradués par des péript'ties de plus en plus pathétiques'.
Dès lors, tous les incidents se tiennent comme les anneaux d'une chaîne, par exemple ce fameux songe qui n'est point un hors-d'œuvre biillant, mais une pièce maîtresse, d'où part le mouvement, puisque, par les frayeurs dont il est (îause, il provoque l'interrogatoire de Joas.
Rien de plus neuf que cette scène où l'on suit avec une émotion toujours croissante la lutte de la faiblesse contre la force,otde la simplicité contre la ruse déjouée par l'innocence. L'instinct de pitié qui surprend le cœur d'Athalie est si naturel et si rapide, qu'il ne dûment pas le caractère. Outre qu'elle se reproche cette défaillance^, sa haine lui revient aussitôt ; et le juge d'instruction le plus expert applaudirait à cette enquête que lui inspire le souci de sa sûreté personnelle.— Rien non plus d'invraisemblable dans la dextérité naïve avec laquelle l'enfant, que nous écoutons anxieux comme Josabeth,se joue autour des pièges, glisse, échappe, et se sauve par des merveilles d'évasive souplesse. Dans ses réponses à double entente qui, dérobant le secret qu'elles semblent trahir, dépistent la curiosité sous apparence de la satisfaire, et donnent le change sans vouloir tromper, pas un mot qui soit mensonge ou calcul ; et cependant cette franchise même ressemble à de l'adresse, jusque dans les témérités dont elle ne se doute pas. Oui, c'est toute une diplomatie qui s'ignore, et ne nous étonne pas, malgré le timbre d'une voix qui a toujours son âge. C'est qu'Eliacin a bien profité des entretiens de Josabeth. Car la sollicitude de ses tuteurs s'est gardée de lui révéler directenjent le mystère de son origine : ils ont enveloppé la vérité de symboles et d'énigmes ;
ATHALIE
Où (lit-on que le sort vous a fait rencontrer .*
i. L'exposition d'Ifhtgenie et de Bajazet peut seule soutenir lo parallèle. 1!, Quel prodige nouveau me trouble et m'eiiiliarrasse
La douctur de sa voix, son enfance, sa grico
Font inscnsililemcnt à mon inimitié
Succéder.... Je Beruis sensible à la pUié