La peinture à l'huile
La paresse de l'huile, allant avec lenteur, Du plus tardif génie attend la pesanteur....
Mais la fresque est pressante, et veut sans complaisance Qu'un peintre s'accommode ù son impatience, La traite à sa manière, et d'un travail soudain , Saisisse le moment qu'elle donne à sa main. La sévère rigueur de ce moment qui passe Aux erreurs d'un pinceau ne fait aucune grâce: Avec elle, il n'est point de retour à tenter, Et tout, au premier coup, se doit exécuter. Elle veut un esprit où se rencontre unie La pleine connoissance avec le grand génie, Secouru d'une main propre à le seconder, • Et maîtresse de l'art jusqu'à le gourmander.; Une main prompte à suivre un beau feu qui la guide, Et dont, comme un éclair, la justesse rapide Répande dans les fonds, à grands traits non tâtés, De ses expressions les touchantes beautés'.
Telleest son exécution grandiose, et ardente, aussiprompte que siàre*, étrangère aux timides retouches, enlevant i'onivre de premier jet, d'inspiration, par cet irrésistible élan qui sait profiter de l'heure décisive où la rapidité du coup d'œil fait gagner la victoire. De là cette franchise, parfois même cette crudité d'une langue hardie, passionnée, pittoresque, primesautiére, indépendante, toute populaire, et dont le relief, la couleur, et l'opulence nous font penser à Villon, à Rabelais, à d'Aubigné, à Régnier, j'allais dire à Bossuet (car Molière a la même ampleur), à Saint-Simon (car il est son égal par l'imagination, et le surpasse par la science du choix ou de la mesure). Ne soyons donc pas surpris que la fine et mystique délicatesse de Fénelon n'ait pas goiité comme il convenait ces prodigalités d'une verve aussi éloignée de Virgile et de Térence, que la manière de Rubens ressemble peu à celle de Raphaël'. Mais si quelques