Acte I, BC'ine i
MOI.InRE. 'ill
on a pitié de ce pessimisme qui serait fâché de trouver les hommes équitables ; mais on ne tarde pas à lui faiïe fête, dès qu'il apostrophe ainsi les médisants :
Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour ; Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour : Cependant aucun d'eux à vos yeux ne se montre. Qu'on ne vous voie en hâte aller à sa rencontre, Lui présenter la main, et d'un baiser flatteur, Appuyer les serments d'être son serviteur '.
De même, au moment où le tribunal des maréchaux veut arranger sa fâcheuse affaire avec Oronte, nous approuvons le bon sens de cette réponse :
Quel accommodement veut-on faire entre nous? La voix de ces messieurs me condanmera-t-elle A trouver bons les vers qui font notre querelle^?
Mais n'est-ce pas son malin démon qui lui souffle ce trait plaisant :
Hors qu'un commandement exprès du roi ne vienne De trouver bons les vers dont on se met en peine, Je soutiendrai toujours, morbleu ! qu'ils sont mauvais, El qu'un homme est pendable, après les avoir faits!
Passez ainsi en revue toutes les situations qu'il traverse, et vous conclurez avec nous que Molière ne traite point avec irrévérence
ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
Bien au contraire : n'a-t-il pas entouré son héros de toutes les sympathies, depuis les avances d'Oronte et d'Arsinoé, jusqu'au dévouement de Philinte, jusqu'au caprice de Gélimène, qui se décide à lui dire qu'elle l'aime ^ jusqu'aux attentions discrètes d'Êliaute dont la réserve laisse deviner plus d'un aveu? Par conséquent, l'honnête homme est ici hors de cause, et ne relève de la comédie que par ses dé-